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AA 20 : Hypoglycémie et vitamine D

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Cet article a paru dans Allaiter Aujourd'hui n°20, LLLFrance, 1994

 

le bébé et l'hypoglycémie



Pendant la grossesse, c'est l'hyperglycémie qui est recherchée chez la future mère, alors qu'après la naissance, c'est l'hypoglycémie qu'on veut prévenir chez le nouveau-né.

La glycémie est le reflet du métabolisme (utilisation) des glucides par l'organisme. Elle peut être normale (le plus souvent), trop élevée (hyperglycémie) ou trop basse (hypoglycémie). L'insuline, hormone sécrétée par le pancréas, a une grande responsabilité dans l'équilibre de cette glycémie.

Que se passe-t-il chez le nouveau-né ?

Le nouveau-né a peu de réserves en sucre. Quand tout se passe bien (c'est le cas le plus fréquent), elles lui suffisent, car le colostrum lui apporte différents types de sucre, dont les oligosaccharides du lait humain, assimilables immédiatement. Ils n'ont pas besoin d'être transformés par le foie pour être utilisés, et permettent de maintenir une glycémie correcte.

L'hypoglycémie n'entraîne souvent aucun symptôme clinique chez le nouveau-né. Elle peut cependant provoquer agitation et trémulations, chute de température, et d'autres symptômes plus graves si elle persiste.

Dans certaines circonstances, un nouveau-né peut voir ses réserves de sucre s'épuiser.

Un diabète mal équilibré de la mère pendant la grossesse

Dans un tel cas, le foetus a reçu beaucoup de sucre, et a pris l'habitude de fabriquer beaucoup d'insuline pour faire face à cet excès. A la naissance, le pancréas risque de temporairement à fabriquer trop d'insuline. On voit donc l'intérêt, en cas de diabète insulino-dépendant ou de diabète gestationnel, d'équilibrer au mieux la glycémie maternelle (voir témoignage page 11), afin de prévenir l'hypoglycémie réactionnelle chez l'enfant.

Le poids du bébé et son terme

A la naissance, les nouveaux-nés de plus de 4 kg, "trop bien nourris" pendant la vie foetale, ont une activité insulinique intense, et risquent également une hypoglycémie.

Les prématurés, qui n'ont pas eu le temps de constituer leurs réserves, dorment beaucoup et se refroidissent vite, sont aussi dans cette population "à risque", tout comme les jumeaux qui ont dû se partager les réserves, et sont souvent un peu prématurés.

Les enfants ayant un retard de croissance et les post-matures (ayant dépassé le terme) sont aussi dans ce cas pour les mêmes raisons.

Le stress de la naissance


Certains bébés ont subi à la naissance un stress important, et doivent puiser dans leurs réserves pour l'affronter (1) :
- stress thermique pour un nouveau-né qui a eu froid à la naissance (rappelons que le meilleur moyen de réchauffer un nouveau-né est de le placer dans les bras de sa mère sous une couverture) ;
- stress métabolique à type d'hypoglycémie réactionnelle chez le nouveau-né pouvant survenir à la suite d'une perfusion de sérum glucosé chez la mère pendant le travail ;
- stress dû à une hypermédicalisation de la naissance, l'enfant étant précocément séparé de sa mère pour recevoir très vite toute la série des soins et examens systématiques ;
- stress dû à un accouchement long difficile, qui a entraîné des gestes de réanimation.

L'aspiration gastrique et les obstacles à l'allaitement


Le passage de la sonde gastrique, réalisée pour dépister précocément l'atrésie (obstruction) de l'œsophage et suivie d'une aspiration du liquide gastrique, prive le bébé de réserves nutritives constituées par le foetus en avalant du liquide amniotique. Dans certains cas, cela peut contribuer à l'installation d'une hypoglycémie.

La mise au sein retardée (2), les horaires stricts de tétée, la limitation de la durée de chaque tétée, la séparation de nuit (qui prive la mère du contact avec son nouveau-né et l'empêche donc d'apprendre à déchiffrer les signaux parfois subtils qu'il lui envoie pour exprimer son besoin de téter), tout cela peut être à l'origine d'un véritable jeûne du nouveau-né, et entraîner une hypoglycémie.

Comment prévenir l'hypoglycémie

De tout ce qui précède, on peut conclure que la prévention de l'hypoglycémie néonatale passe par la surveillance de la grossesse, une naissance accueillante, et des tétées d'autant plus fréquentes que l'enfant est à risque. Si l'enfant est bien positionné au sein, il peut y passer ses journées sans blesser les mamelons de la mère. C'est ce que font spontanément beaucoup de nouveaux-nés laissés en contact peau à peau avec leur mère. D'autres au contraire, après une tétée en salle de naissance, s'endorment ensuite pour plusieurs heures. Là aussi, laisser ces bébés tout contre leur mère, permet à celle-ci de proposer le sein au moindre signal d'éveil.

La plupart des nouveaux-nés à terme en bonne santé n'ont donc pas besoin d'une surveillance de leur glycémie s'ils tètent assez souvent.

Quand une surveillance plus précise est jugée nécessaire en maternité, elle se réalise par un destrotix, test réalisé avec une goutte de sang recueillie au talon. On parle d'hypoglycémie lorsque le taux est inférieur à 0,30 g/l. Dans le cas d'un résultat à la limite de la normale, on pourra obtenir un taux plus précis par une prise de sang.

Des mises au sein fréquentes, efficaces (on entend l'enfant déglutir), vont le plus souvent faire remonter la glycémie. Si l'enfant tète mal, la mère pourra tirer son lait et le donner à la tasse, au compte-gouttes, à la cuillère, à la seringue sans aiguille (moyens alternatifs au biberon, pour éviter une confusion sein-tétine préjudiciable à la poursuite de l'allaitement). Si le médecin le juge nécessaire, l'enfant pourra recevoir, en plus des tétées, du lait enrichi de dextrine maltose, sucre à dégradation progressive, pour éviter un phénomène rebond qui existe lorsqu'on donne du glucose par voie orale. Idéalement, c'est le lait de la mère qui sera enrichi, ou sinon du lait humain de lactarium ou du lait hypoallergénique. Ce n'est que dans des cas rarissimes qu'il faudra avoir recours à une perfusion IV de sérum glucosé, ou à d'autres thérapeutiques.

Conclusion

A la naissance, le colostrum est là pour permettre à l'enfant de se constituer ses réserves de glycogène dans lesquelles il puisera ultérieurement de façon à maintenir une glycémie stable. Une mise au sein dès la naissance, des tétées rapprochées (huit à douze par 24 h), durant lesquelles la mère accompagnée par le personnel apprend à observer que l'enfant tète bien (bonne position du bébé au sein, succion efficace avec bruits de déglutition, tétées suffisamment longues, signes d'éjection du lait chez la mère, bébé repu après la tétée...), constitueront la plupart du temps le meilleur moyen de prévenir l'hypoglycémie chez le nouveau-né.

Marie Courdent et Christine Bechetoille

(1) "L'hypoglycémie redoutée, si l'on exclut le grand hypotrophe ou le bébé de mère diabétique lorsque le diabète est mal contrôlé, est plus le fait d'un environnement inadéquat, évaporation et refroidissement, que d'un défaut d'apport" (A. Henocq, M.F. Grancher, D. Lepetit, E. Badescu, "De l'utile à l'agréable. Conseils d'allaitement en maternité", Rev. Inter. Pédiatr., 1993, 230, 9-14).
(2) Des études ont montré que le taux de glucose sanguin baisse après la naissance et atteint son plus bas niveau entre 1 h et 2h après l'accouchement, pour remonter ensuite progressivement. C'est un argument supplémentaire pour des tétées précoces.

à lire
Breastfeeding Answer Book , LLLI, 1991.
Leaven, LLLI, May 93, pp.36-37.
Hypoglycémie du nouveau-né et allaitement, feuillet n¡7 du Programme des associés médicaux.
Les compétences du nouveau-né / Marie Thirion, Albin Michel.
New Beginnings, LLLI, March-April 92.
"De l'utile à l'agréable. Conseils d'allaitement en maternité", A. Henocq et al., Rev. Inter. Pédiatr. , 1993, 230, pp.9-14.
Breastfeeding and human lactation / J. Riordan et K. Auerbach, 1993, pp.223 et 503-504.
"Hypoglycemia in the newborn", Betty L. Crase, Medical Associates Newsletter, Winter 1994.


Peut être reproduit, imprimé ou diffusé à condition de mentionner la provenance de cet article.


Mise à jour le Lundi, 08 Juin 2009 16:32