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AA 62 : Allaitement et sport

Mise à jour le Dimanche, 18 Avril 2010 22:07

 

Cet article a paru dans Allaiter Aujourd'hui n°62, LLL France, 2005

Le point sur...

Allaitement et sport


Un des obstacles à la poursuite de l’allaitement dans notre pays est certainement la vision déformée qu’on en donne : allaiter, ça fatigue, il faut beaucoup se reposer, sinon l’organisme de la mère n’y résistera pas, ou alors c’est son lait qui va se tarir, ou devenir mauvais, etc.

Pas étonnant dans ces conditions que tant de mères croient incompatibles allaitement et activités sportives (1).

Pourtant, toutes les études récentes montrent qu’il est non seulement possible mais souhaitable d’avoir une activité physique quand on allaite.



Exercice physique, sécrétion lactée et croissance de l'enfant

Une seule étude a évalué à long terme l'impact de l'exercice physique chez des femmes allaitantes (Dewey et al, 1994). Entre 6 et 8 semaines, des femmes ont été réparties par tirage au sort en deux groupes, un groupe témoin et un groupe pratiquant régulièrement un exercice physique modéré, et ce pendant douze semaines. Il n'y avait aucune différence entre les deux groupes pour ce qui était de la composition du lait ou de la croissance de l'enfant.
Plusieurs études ont évalué l'impact à court terme de l'exercice physique (variation dans la composition du lait avant et après une séance d'exercice). L’une d’elles, largement diffusée dans les médias, avait cru constater que l'enfant consommait moins de lait pendant une tétée qui suivait une séance d'exercice, attribuant ce fait à l'acide lactique présent dans le lait, et dont l'enfant n'aurait pas aimé le goût.  D’autres études (2) ont montré que si le taux lacté d'acide lactique est effectivement plus élevé après un exercice intense (en moyenne 0,09 mmol/l avant contre 0,21 mmol/l après), ce n'est pas le cas après un exercice modéré. Et elles n'ont constaté aucun impact sur la prise du sein par l'enfant ou la quantité de lait, que l’exercice ait été modéré ou intense. Une autre étude encore (3) n’a trouvé aucun impact de l’exercice physique même intense sur le taux lacté des principaux minéraux (phosphore, magnésium, sodium et potassium).

Une étude a évalué l'impact d'un exercice intense sur les facteurs immunologiques du lait maternel. Les auteurs ont enregistré un taux plus bas d'IgA 30 minutes après la fin de l'exercice, le taux étant revenu à la normale 60 minutes après la fin de l'exercice. Cette étude était cependant entachée de nombreux biais méthodologiques. Et même si le résultat obtenu était confirmé par d'autres études, cet impact sur le taux d'IgA était ponctuel. Une autre étude (4) a montré qu’un exercice physique modéré et régulier n’avait pas le moindre impact sur le taux lacté d’IgA, de lactoferrine ou de lysozyme.



Exercice, état cardio-vasculaire, métabolisme et équilibre psychologique

La pratique régulière d'un exercice physique modéré par une mère allaitante améliore nettement  son état cardio-vasculaire, ainsi que d'autres paramètres métaboliques : élévation du HDL, meilleurs résultats au test d'hyperglycémie provoquée.

Une étude dont le but était d’évaluer le vécu de femmes allaitantes pratiquant un exercice physique régulier (5) a montré qu’elles se sentaient mieux dans leur corps, pleines d’énergie, plus calmes, détendues et positives, et que cela facilitait leur maternage.



Exercice, régime et poids

On considère dans l'ensemble qu'il est préférable de ne pas perdre plus de 2 à 3 kg par mois pendant l'allaitement (voir le point sur régime et allaitement dans AA n° 55, page 7), et que la combinaison régime + exercice physique est préférable au seul régime. L'exercice physique permet en effet de conserver la masse musculaire (la perte de poids se fait uniquement aux dépens de la masse grasse), d'augmenter le niveau du métabolisme, et de favoriser la mobilisation des graisses.



En conclusion


Environ 7 % de mères qui allaitent font état de difficultés d’allaitement après un exercice physique intense (difficultés, ajoutons-le, tout ce qu’il y a de temporaire : uniquement à la première tétée après la séance d’exercice), sans qu’on sache exactement pourquoi (on ne trouve pas toujours d’augmentation du taux lacté d’acide lactique). Mais il est sûr qu’un exercice modéré et régulier n’a que des avantages et aucun inconvénient, toutes les études le montrent. Alors pourquoi s’en priver ?

(1) Un exemple tout récent : dans un article du magazine Jogging international sur « Grossesse : courir mais en sécurité », un encadré déconseille de reprendre l’entraînement de course à pied « durant toute la période d’allaitement en raison du risque préjudiciable à l’esthétique de la poitrine. En cause, les secousses et le risque sur la quantité de l’allaitement à cause de la déshydratation au cours de l’entraînement » !
(2) Infant acceptance of breastmilk after maternal exercise, KS Wright et al, Pediatrics 2002 ; 109(4) : 585-89.
(3) Major mineral concentrations in human milk do not change after maximal exercise testing, Fly AD et al, Am J Clin Nutr 1998 ; 68 : 345-49.
(4) Effect of exercise on immunologic factors in breast milk, CA Lovelady, CP Hunter, C Geigerman, Pediatrics 2003 ; 111 : e148-52.
(5) Physical exercise and the lactating woman : a qualitative pilot study of mothers’ perceptions and experiences, Rich M et al, Breastfeeding Review 2004 ; 12(2) : 11-17.



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