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DA 42 : Reflux gastro-œsophagien : en contrepoint

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Article publié dans les Dossiers de l'Allaitement numéro 42 (Janvier-Février-Mars 2000)

Dr Martine FAUVEL – Pédiatre – Consultante en lactation – LYON (69)
 
Suite à l’article sur le RGO paru dans le n°41 des Dossiers de l’Allaitement, et à ce que j’ai constaté dans ma pratique professionnelle, je souhaite vous faire part de quelques réflexions.

L’épaississement du lait est souvent prescrit en cas de RGO, c’est-à-dire, dans les faits, quand un nourrisson présente des régurgitations répétées, même s’il est nourri au sein. Or, cette prescription est plutôt déroutante pour les mères qui allaitent, et elle les met en difficulté car, en pratique, comment épaissir le lait maternel ?

Plusieurs questions à choix multiples se posent alors à la mère pleine de bonne volonté, la boite de  Gélopectose® dans une main et le mode d’emploi dans l’autre :
• Comment préparer l’épaississant ?
A. avec son lait extrait préalablement (alors qu’elle n’a pas obligatoirement envie de tirer son lait, ne sait pas comment procéder pour ce faire, ou n’y arrive pas) ?
B. avec de l’eau ?
C. avec un autre lait que le sien ? lequel ? elle n’ose y penser car c’est son lait qu’elle voudrait donner à son bébé, mais convient-il en la circonstance (le doute n’est pas loin) ?
• Quand donner l’épaississant ?
A. avant la mise au sein ?
B. pendant la tétée, en interrompant celle-ci pour une « pause épaississant » ?
C. dans un biberon ? à la cuillère ?

… Et nous voilà devant un autre problème, qui s’apparente à l’administration d’un complément, mais en plus compliqué puisqu’il faut y ajouter la préparation de l’épaississant (je passe sur les détails du dosage-chauffage-mélange-refroidissement des différents ingrédients selon le mode d’emploi ; à cet égard, le prescripteur gagnerait à avoir fait lui-même la préparation au moins une fois avant de la prescrire). Pour la mère, c’est donc la quadrature du cercle.

Et d’ailleurs, dans l’estomac du bébé, est-ce que l’épaississant-complément va effectivement attendre le lait ingéré pendant la tétée au sein, et va-t-il se mélanger avec lui (question potentielle à prévoir par le prescripteur de la part de la mère, afin de pouvoir y répondre) ?
Quant à moi, ma réponse est la suivante. La prescription d’un épaississant ne peut s’adresser qu’à des enfants nourris au lait industriel et au biberon. C’est d’ailleurs la dernière formule performante mise au point par les fabricants de lait industriel eux-mêmes, qui proposent depuis quelque temps des laits épaissis prêts à l’emploi « pour bébés crachouilleurs », remarquons-le ! En cas d’allaitement, il me paraît plutôt indiqué de réhabiliter le bavoir, comme le suggère le Professeur Turck, et comme je le propose moi-même aux parents. Cette solution a l’avantage d’être simple, facile à mettre en œuvre (autrefois prévue dans le trousseau des bébés dès avant leur naissance), peu onéreuse, et de ne pas interférer avec l’allaitement. En cas de régurgitations importantes, sources de complications, le traitement postural et médicamenteux reste réaliste.

Cependant, il me semble que la grande différence, en cas de RGO, entre un enfant allaité et un enfant nourri au lait industriel, est que le lait maternel prévient la survenue d’une œsophagite ; il est spécifique de l’espèce humaine, et n’induit pas de réaction inflammatoire allergique de la part des muqueuses avec lesquelles il est en contact : muqueuse œsophagienne en cas de RGO, mais aussi muqueuse bronchique en cas d’inhalation, muqueuse ORL en cas de reflux par le nez et de diffusion vers les trompes d’Eustache. Il semble aussi logique, pour la même raison et pour ne pas induire de réaction inflammatoire intercurrente, que l’enfant suspecté de présenter un reflux ne reçoive pas d’autres aliments que le lait maternel pendant les premiers mois. Reste la question de l’acidité liée au reflux de liquide gastrique : est-elle vraiment pertinente ?

Nous manquons probablement d’observations qui prennent en compte clairement cette distinction entre lait maternel et lait industriel : là aussi, nous sommes souvent dans la confusion mentale « sein-biberon ». Mais les études sur le RGO ne sont-elles pas souvent initiées et financées par les laboratoires pharmaceutiques qui fabriquent les médicaments anti-reflux et par les fabricants de lait industriel, pour qui tout enfant allaité ou non est un consommateur potentiel ? Pour eux, et dans cette optique commerciale, pas de distinction !

Note : Et vous, autres lecteurs prescripteurs, quelle est votre pratique ?

Mise à jour le Mercredi, 18 Mars 2009 13:21