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DA 51 : Allaitement et santé maternelle

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Article publié dans les Dossiers de l'Allaitement numéro 51 (Avril – Mai – Juin 2002)

Effects of breastfeeding on the mother. MH Labbok. Pediatr Clin North Am 2001 ; 48(1) : 143-58  Mots-clés : lactation, santé maternelle.

Depuis une trentaine d’années, la communauté scientifique a « redécouvert » que l’allaitement était la méthode normale d’alimentation de nos enfants. Malheureusement, bon nombre de recherches faites sur le lait humain l’envisagent toujours comme une « alternative intéressante » au lait industriel, ou ont comme but caché de trouver le moyen « d’améliorer » les laits industriels. Peu d’études sont encore faites sur l’impact du non-allaitement sur la santé maternelle. Il est cependant indéniable que l’allaitement induit chez la femme un certain nombre de modifications physiologiques susceptibles d’avoir un impact à court et à long terme.

Des études ont constaté que l’allaitement abaissait le risque d’hémorragie du post-partum, en raison d’une meilleure contractilité utérine. L’allaitement semble aussi abaisser le risque de cancer du sein et de cancer ovarien. L’impact de la lactation sur la densité osseuse a fait l’objet de nombreuses études ces dernières années. Outre son impact sur la santé physique de la femme, l’allaitement semble aussi avoir un impact sur sa santé « émotionnelle » : un allaitement réussi augmente le niveau de confiance en elle de la femme et lui donne un sentiment d’accomplissement. Toutefois, les résultats d’un certain nombre d’études restent controversés, en partie en raison des biais méthodologiques dont souffrent bon nombre d’études (le principal biais étant l’absence de données précises sur l’allaitement).

Dès 1920, des auteurs avaient rapporté que les femmes qui n’avaient jamais allaité présentaient un risque plus élevé de cancer du sein. Une des difficultés du sujet est la possiblité d’une différence suivant que la femme est ménopausée ou non. La majorité des études sur l’impact du non-allaitement sur le risque de cancer du sein en post-ménopause n’ont retrouvé aucun impact. Cependant, 2 grandes études récentes ont constaté un risque plus élevé de cancer du sein en post-ménopause chez des femmes qui n’avaient pas allaité, ce qui relance la controverse. 11 des 20 principales études sur le risque de cancer du sein en préménopause ont retrouvé une augmentation du risque chez les femmes qui n’avaient pas allaité. Il faut noter que les 9 études qui n’ont pas retrouvé cet impact portaient sur des femmes qui avaient allaité dans l’ensemble peu de temps, et que bon nombre d’entre elles portaient sur des groupes de trop petite taille. A noter aussi une étude ayant retrouvé un risque plus bas de cancer du sein lorsque la femme avait été allaitée. Diverses hypothèses ont été soulevées pour expliquer l’impact du non-allaitement : absence de maturation normale du sein qui n’a jamais allaité, présence de certains biomarqueurs locaux, climat hormonal…

Pendant longtemps, l’allaitement a été considéré comme un facteur protecteur vis-à-vis du cancer ovarien. Cette hypothèse a été relancée dans les années 70. On estimait alors que cet impact était lié à la « mise au repos » des ovaires pendant la lactation. La plupart des études effectuées depuis ont constaté un risque plus élevé de cancer ovarien chez les femmes qui n’avaient pas allaité. L’effet « dose-dépendant » de l’allaitement reste cependant controversé.

Les travaux sur la densité osseuse ont fait couler beaucoup d’encre, à partir des études ayant constaté un abaissement de la densité osseuse pendant la lactation. Cependant, l’étude de la littérature publiée sur le sujet montre que cet effet est lié au climat hormonal spécifique de la lactation, la densité osseuse revenant à la normale pendant le sevrage. Il semblerait même qu’il y ait un impact positif à long terme sur la densité osseuse. Il serait utile de faire des études sur le sujet, selon une méthodologie rigoureuse.

L’allaitement est une méthode d’espacement des naissances connue depuis la plus haute antiquité. Les mécanismes physiologiques de l’infertilité lactationnelle ne sont pas tous élucidés. Il existe une réponse pituitaire plus faible et une suppression de la sécrétion de GnRH, mais de très nombreux autres facteurs peuvent être en cause. La succion de l’enfant semble être le facteur principal pour le maintien de l’infertilité ; même après le retour de couches, des tétées fréquentes induisent une hypofertilité. La reconnaissance de ce phénomène a conduit à définir les conditions de la MAMA (Méthode de l’Allaitement Maternel et de l’Aménorrhée) comme méthode de régulation des naissances en post-partum. Elle repose sur 3 critères : l’enfant a moins de 6 mois, il est exclusivement ou presque exclusivement allaité, et la mère n’a pas eu son retour de couches. Lorsque ces conditions sont respectées, le risque de grossesse est, selon les études, de 0 à 1,5% en l’absence de toute autre méthode de régulation des naissances. L’infertilité liée à la lactation est importante pour la santé maternelle et infantile, tout particulièrement dans les pays en voie de développement. Des recherches plus poussées sont nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes physiologiques à l’origine de l’infertilité lactationnelle. Mais cette dernière peut d’ores et déjà être largement proposée aux mères en post-partum.

La lactation puise dans les réserves maternelles. Les mères bien nourries vivant dans les pays industrialisés peuvent assurer une lactation sans dommage pour leur santé. Mais cela peut représenter un handicap pour les mères malnutries, dont les réserves sont faibles, et qui sont généralement déjà carencées. La réponse a trop souvent été, dans les pays en voie de développement, de donner des suppléments alimentaires aux enfants, avec pour principal résultat un abaissement de la durée de l’allaitement et une augmentation de la morbidité infantile. Il semble que le meilleur moyen de briser le cercle vicieux de la malnutrition est de s’assurer que les adolescentes, puis les femmes enceintes et allaitantes, ont un bon statut nutritionnel, afin de mettre au monde et d’élever des enfants en meilleure santé. Ces femmes devraient recevoir des suppléments apportant des calories, des protéines et des micronutriments.

L’impact émotionnel de l’allaitement sur la femme est beaucoup moins bien étudié, et les études sur le sujet souffrent de biais importants. Les hormones sécrétées pendant l’allaitement peuvent avoir un impact sur la santé émotionnelle et psychologique de la femme. Il semble que la prévalence de la dépression soit plus basse chez les mères allaitantes, et que l’allaitement donne à la femme un sentiment d’accomplissement et de compétence. Une autre approche est d’étudier des mères tirant leur lait pour leur bébé prématuré ; la plupart des mères estimaient que leur vécu était difficile, mais qu’elles en retiraient des gratifications. Ce domaine mériterait d’être davantage exploré.

Toutes les femmes et leurs familles devraient être informées du fait que le non-allaitement peut avoir un impact négatif sur la santé de l’enfant, mais aussi que le blocage de la fonction naturelle qu’est l’allaitement en post-partum est susceptible d’avoir un impact négatif sur la santé de la mère. Il appartient aux professionnels de santé de donner aux familles toutes les informations qui leur permettront de faire un choix en toute connaissance de cause.