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Article publié dans les Dossiers del'Allaitement n°53 (Octobre – Novembre – Décembre 2002)
Reverse pressure softening. Jean Cottermann, infirmière, consultante en lactation IBCLC. Dayton (USA)
De nombreux professionnels de santé ont constaté que les mères qui avaient reçu un volume important de liquide en IV pendant l’accouchement pouvaient avoir un retard de la reprise de la diurèse. L’augmentation de l’œdème pendant le post-partum précoce accroît l’engorgement, aggrave la résistance du tissu sub-aréolaire, déforme le mamelon, et interfère avec une prise efficace et confortable du sein.
L’auteur a mis au point une technique qui s’est avérée très efficace pendant les premiers 7 à 14 jours post-partum. Elle l’a appelée « Assouplissement par Contre-Pression » (ACP). Cette manœuvre utilise une pression positive douce ; elle peut être effectuée par un professionnel de santé, et/ou montrée ou expliquée à la mère si nécessaire, éventuellement au téléphone.
Le volume de liquide intersticiel peut augmenter jusqu’à 30% au-dessus de la normale avant que cela devienne visible à l’œil nu*. En conséquence, l’utilisation précoce de l’ACP à titre préventif peut faciliter un meilleur transfert du lait, prévenir les douleurs et les lésions au niveau des mamelons, et accélérer la résolution de l’engorgement.
Au contraire, une contre-pression appliquée au niveau des mamelons à cette période est susceptible d’aggraver l’œdème dans le tissu situé sous l’embout du tire-lait, tout particulièrement lorsque l’appareil est réglé sur la puissance maximale. L’application d’un tel « facteur supplémentaire d’œdème » peut effectivement écraser les sinus lactifères situés dans le tissu aréolaire enflé. Lorsque cela arrive, ni l’action de la langue de l’enfant, ni le massage aréolaire au doigt ni l’expression avec le tire-lait lui-même ne pourront exprimer le lait correctement.
Le meilleur moment pour effectuer l’ACP est juste avant chaque mise au sein, autant de fois que nécessaire. La pression douce et continue, orientée vers le gril costal, sera exercée pendant 60 secondes, davantage si nécessaire, en se focalisant sur la zone où l’aréole rejoint la base du mamelon (on peut encourager la mère à chanter une berceuse plutôt que de regarder une pendule).
Si la mère a les ongles courts, elle peut appuyer avec le bout des doigts recourbés des deux mains ensemble (6 à 8 doigts), l’extrémité des ongles touchant le bord du mamelon. L’objectif est de créer un anneau de 6 à 8 « fossettes » tout autour de l’aréole à la base du mamelon. Si la manœuvre est effectuée par un professionnel de santé, la pulpe des deux pouces peut aussi être utilisée, créant de chaque côté du mamelon une contre-pression au niveau d’une zone d’environ 2,5 cm, au-dessus et au-dessous du mamelon. Il sera alors nécessaire de répéter la manœuvre sur les quadrants opposés pendant 60 secondes supplémentaires, en recouvrant partiellement la zone précédemment traitée, afin d’assouplir la totalité de la zone entourant la base du mamelon (voir illustrations page suivante). Si la zone aréolaire est très dure et que la pression est exercée avec les doigts des deux mains, on peut exercer la pression pendant 2 à 3 minutes (utiliser un sablier de cuisine est habituellement plus agréable pour la mère). Si la pression est exercée avec 2 doigts, alterner les quadrants à plusieurs reprises en appliquant la pression pendant 60 secondes à chaque fois.
L’impact de cette technique est triple :
L’excès de liquide intersticiel est temporairement évacué en direction du système lymphatique. La compression des sinus déplace le lait en amont vers les canaux lactifères, ce qui aide à réduire la distention aréolaire et rend la mise au sein plus confortable. L’élasticité de la zone aréolaire est importante pour que l’enfant puisse prendre correctement le mamelon et la zone aréolaire dans sa bouche, et pour que le mamelon s’étire sous l’action de la langue de l’enfant. L’éjection du lait est automatiquement déclenchée par la stimulation des terminaisons nerveuses situées dans le mamelon et l’aréole, ce qui amène plus rapidement le lait au mamelon, habituellement en moins de 5 minutes.
Après avoir exercé l’ACP, et s’il est utile d’assouplir encore plus l’aréole, l’expression manuelle du lait par massage aréolaire est beaucoup plus facile, agréable et efficace. Si l’engorgement est sévère, on pourra appliquer une contre-pression supplémentaire pour créer une « niche » plus souple pour le menton de l’enfant, ce qui lui permettra de prendre encore mieux le sein.
L’ACP en pratique.

L'assouplissemnt par contre pression sera exercé avec les deux mains, soit avec 3 ou 4 doigts de chaque main, soit avec un doigt de chaque main (pouce ou index). Appuyez doucement vers la poitrine pendant 60 secondes, en alternant les quadrants, lorsque la presion est exercée avec un seul doigt de chaque main. Répéter si nécéssaire.
Dr Elien Rouw. Bühl (Allemagne)
En Allemagne, la plupart des accouchements se passent normalement. Peu de mères reçoivent un volume important en perfusion, et nous voyons peu d’engorgements sévères. J’ai eu toutefois récemment un tel cas. Une sage-femme m’a appelée pour une mère qui avait eu un travail très long, et avait été abondamment perfusée. Elle présentait un œdème mammaire important, et le bébé ne pouvait pas prendre le sein. Elle avait essayé de tirer son lait, et cela avait été un désastre. La mère était complètement découragée, et envisageait de renoncer à l’allaitement. Nous lui avons appliqué l’ACP, et cela a été un vrai miracle. L’engorgement aréolaire a disparu, le bébé a pu être mis au sein, la mère était enchantée, et nous avons trouvé cela très gratifiant.
Rachel Myr, sage-femme, infirmière, consultante en lactation. Kristiansand (Norvège)
Cette mère avait présenté une hypertension gravidique avec œdème. Elle a accouché par césarienne, et a reçu un volume liquidien important pendant l’opération. Deux jours après la césarienne, elle a présenté un engorgement important, et ses seins étaient durs comme de la pierre. Le bébé ne pouvait pas téter. La mère a tenté de tirer son lait sans résultat, la tentative ayant de plus été douloureuse.
On lui a expliqué la technique d’Assouplissement par Contre-Pression. Au bout de 30 secondes, le lait commençait à goutter. Au bout d’une minute, on pouvait voir sur l’aréole les dépressions créées par les doigts de la mère, et l’aréole était devenue souple aux endroits où la pression avait été exercée. L’œdème était tellement important que l’ACP a été effectuée deux fois de suite pour bien traiter toute l’aréole avant que le bébé puisse prendre le sein.
J’ai aussi utilisé cette technique chez une mère qui avait un engorgement uniquement au niveau des aréoles et des mamelons. Elle avait accouché par césarienne en urgence en raison d’une complica-tion pendant sa grossesse. Le bébé avait 37 semaines d’âge gestationnel, ne semblait pas du tout intéressé par le sein, et il a été impossible de le mettre au sein. La mère a commencé à appliquer l’ACP juste avant de tirer son lait 48 heures après l’accouchement (elle voulait stimuler sa sécrétion lactée et son bébé n’avait pas encore pris le sein). A partir de ce moment, son bébé s’est « réveillé » et il a tété correctement. La mère avait une sécrétion lactée abondante, et elle savait comment faire pour « préparer » ses mamelons avant la tétée.
Depuis que j’utilise cette technique (tous les jours maintenant), les résultats sont toujours bons. La plupart du temps, aucune autre mesure n’est nécessaire. Il est utile de l’appliquer quelle que soit la cause du gonflement aréolaire. Je l’ai utilisée chez une mère qui avait une mastite sévère, et qui n’arrivait pas à tirer son lait à cause de l’œdème aréolaire. Après quelques secondes de pression sur l’aréole, le lait coulait, et au bout d’une minute le sein était beaucoup plus souple, sauf dans la zone de la mastite. Cette mère a ensuite pu tirer son lait beaucoup plus facilement, et elle n’avait plus mal. J’ai constaté que cette technique est aussi très efficace chez les femmes qui ont eu une chirurgie de réduction mammaire, et qui présentent une induration cicatricielle du tissu aréolaire.
Martha Johnson, infirmière, consultante en lactation. Eugene (USA)
J’ai essayé aujourd’hui pour la première fois d’utiliser l’ACP, et cela a été un succès. J’ai été appelée en salle d’accouchement pour un bébé âgé de 3 heures qui voulait téter mais n’arrivait pas à prendre le sein malgré de nombreuses tentatives. La mère avait encore la perfusion posée, et ses mamelons étaient très enflés. Après 60 secondes d’ACP, ils étaient beaucoup plus souples. De plus, cela n’a pas du tout été désagréable pour la mère (comme l’expression manuelle peut l’être en pareil cas). Avec un peu d’aide, le bébé a pris le sein et y est resté pendant 45 minutes. Prévenir la dépression du post-partum
Preventing post-partum depression (PPD) : a case report. R Malter. J Orthomolecular Med 2001 ; 4 : 213-17.
Un certain nombre de cas de troubles psychotiques sévères ont été rapportés chez des femmes en post-partum, des femmes ayant parfois tué leur enfant. Or, ces femmes avaient souvent été décrites comme de bonnes mères, aimantes et tendres. Nombre d’entre elles avaient été placées sous antidépresseurs après leur accouchement, en raison d’une dépression du post-partum (DPP), essentiellement des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS) tels que le Prozac ou le Zoloft.
Tout permet de penser que les IRS peuvent altérer radicalement le fonctionnement neurologique, et induire des modifications importantes dans les réactions émotionnelles et le comportement, allant éventuellement jusqu’à l’homicide ou au suicide. Dans la mesure où ce type de réaction semble incompréhensible, et où le meurtre d’un enfant semble monstrueux, la réaction du grand public et des professionnels de santé est habituellement de condamner vigoureusement la mère. Si cette dernière était sous IRS au moment des faits, cela est rarement pris en compte. Les professionnels de santé qui ont prescrit le traitement sont persuadés d’avoir agi au mieux en le prescrivant à la mère, et seront prêts à affirmer que l’IRS n’a joué strictement aucun rôle dans le comportement meurtrier ou suicidaire.
Dans la mesure où ces comportements ne sont pas de rares cas isolés, il devient opportun de se poser des questions sur la DPP, et sur des traitements qui peuvent éventuellement avoir un impact catastrophique. Existe-t-il une cause biochimique qui prédispose certaines femmes à une DPP sévère ? Quels pourraient être les moyens d’abaisser le risque de DPP chez ces femmes, voire de la prévenir ? Comment éviter d’exposer des mères à des produits aussi potentiellement dangereux que les IRS ?
Bernard Rimland a décrit ce type de traitement comme étant « toximoléculaire », dans la mesure où les psychotropes utilisés sont habituellement toxiques. Pauling a utilisé le terme « orthomoléculaire » pour décrire des traitements nutritionnels pour certains problèmes psychologiques et émotionnels, car ces traitements portent surtout sur la correction d’un terrain, et sont habituellement dépourvus de toxicité. Des études permettent de penser qu’un excès de cuivre ou qu’un rapport zinc / cuivre trop bas sont d’importants facteurs de risque pour la DPP. Ce même type de déséquilibre minéral est constaté chez les femmes qui souffrent de syndrome prémenstruel. Il est fréquent chez les femmes qui utilisent une pilule contraceptive contenant des oestrogènes. Ces femmes sont particulièrement sensibles au stress. L’auteur rapporte ici un cas de prévention de la DPP à l’aide d’une approche orthomoléculaire.
Cette femme de 33 ans a consulté alors qu’elle attendait son 3ème enfant. Elle avait souffert de DPP sévère après chacun de ses deux premiers accouchements, avec hospitalisation en psychiatrie et traitement antidépresseur lourd, et elle était terrifiée à la perspective d’une 3ème dépression. Elle avait présenté d’importants effets secondaires avec les divers psychotropes qui lui avaient été prescrits, et gardait un souvenir cauchemardesque de ces dépressions. Lorsque sa 3ème grossesse a été confirmée, l’obstétricien lui a recommandé de commencer un traitement antidépresseur immédiatement après la naissance, car d’après lui une nouvelle DPP sévère était inévitable au vu de ses antécédents. Cette mère a passé un bilan nutritionnel détaillé. Le rapport zinc/cuivre était de 2,83 chez elle (rapport souhaitable : 8). Elle avait aussi un rapport calcium/potassium trop élevé, ce qui induit un dysfonctionnement au niveau des échanges cellulaires, et augmente le risque de dépression. Le rapport sodium/potassium était aussi trop élevé (7,67, taux idéal : 2,4), ce qui reflétait un état chronique de stress avec hypersensibilité émotionnelle. On lui a donc prescrit des suppléments destinés à normaliser les rapports zinc/cuivre et sodium/potassium : suppléments de zinc, de vitamine C et B6, de chrome, de potassium et de magnésium. Elle a aussi été référée à une thérapeute, pour la pratique d’exercices de relaxation, de contrôle de son niveau de stress, et d’augmentation de sa confiance en elle et de son sentiment de contrôle sur elle-même et sur sa vie. La thérapeute a aussi travaillé avec le mari de cette femme, afin de l’encourager à soutenir sa femme sur le plan émotionnel.
Ce traitement a eu un impact tout à fait positif. La mère a accouché à terme d’un bébé en parfaite santé, et l’accouchement a été pour elle une expérience positive. Elle n’a présenté aucune dépression, et a eu la joie d’éprouver le sentiment d’être une mère parfaitement normale et en bonne santé allaitant son bébé et profitant d’un maternage gratifiant. Elle avait été privée de toute cette expérience de maternage avec ses deux premiers enfants, en raison de son hospitalisation et des traitements subis.
Ce cas est instructif pour diverses raisons. Tout d’abord, les déséquilibres minéraux peuvent être objectivés à l’aide d’examens de laboratoire (examen du contenu minéral des cheveux). Chez cette femme, le rapport zinc/cuivre trop bas et le rapport sodium/potassium trop élevé étaient typiques d’un risque élevé de dépression ; le même type de déséquilibre est constaté chez les femmes souffrant de syndrome prémenstruel. Lorsqu’un tel déséquilibre est dépisté, il est possible de le corriger, et ce faisant de prévenir la survenue d’une DPP. La plupart des médecins estiment que le dysfonctionnement biochimique induisant la dépression ne peut être traité que par des antidépresseurs. Ce cas démontre qu’il existe d’excellentes raisons de reconsidérer l’utilisation des antidépresseurs pour le traitement de la DPP, d’autant que les risques liés aux IRS sont particulièrement élevés chez les femmes présentant un tel déséquilibre minéral. Il serait important de faire des études sur les examens de laboratoire permettant de mieux évaluer les déséquilibres minéraux en cause dans la DPP, et de guider le praticien dans le choix des suppléments à prescrire pour corriger ces déséquilibres.
L’étude de ces déséquilibres spécifiques d’un risque élevé de dépression montre également que les suppléments vitaminiques et minéraux couramment prescrits aux femmes enceintes peuvent en fait augmenter le risque de dépression. Ces suppléments contiennent habituellement trop de calcium et pas assez de potassium, et ils aggraveront le déséquilibre. Ce cas illustre aussi l’importance du rôle du soutien émotionnel et psychologique, apporté tant par la famille que par un thérapeute.
Références
AB Tracy. Prozac: Panacea or Pandora? Cassia Publications, West Jordan, Utah, 1994. P Breggin, GR Breggin. Talking Back to Prozac. St. Martin’s Press, N.Y., 1994. L Pauling. Orthomolecular Psychiatry, Science 160: 265-271, 1968. C Pfeiffer. Mental and Elemental Nutrients : A Physician's Guide to Nutrition and Health Care. New Canaan : Keats, 1975. C Pfeiffer, R Mailloux. Excess copper as a factor in human diseases. Journal of Orthomolecular Medicine, 1987, 2, no. 3, 171-182. RF Malter. Trace mineral analysis and psychoneuroimmunology. Townsend Letter for Doctors & Patients. Port Townsend, Washington, April, 1996. SW Mehta, R Eikum. Effect of estrogen on serum and tissue levels of copper and zinc. Advances in Experimental Medicine & Biology. 258 : 155-62, 1989. K Dalton. Once a Month: Understanding and Treating PMS. March, 2000. RF Malter. Stress related disorders and tissue mineral analysis (TMA) : the mind/body connection. American Psychological Association, Mid-winter convention, St. Petersberg, FL, 1997. DL Watts. Trace Elements and Other Essential Nutrients: Clinical Application of Tissue Mineral Analysis. Trace Elements, Inc., Dallas, Texas, 1997. KL Wisner, ZN Stowe. Psychobiology of postpartum mood disorders. Semin Reproductive Endocrinology. Feb, 1997 ; 15 (1) : 77-89.
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