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Article publié dans le numéro 59 (Avril – Mai – Juin 2004) des Dossiers de l’Allaitement
D’après : Nipple shields in clinical practice : a review. B Wilson-Clay. Breastfeed Abst 2003 ; 22(2) : 11-12.
Les bouts de sein ont soulevé de vives controverses et ont été peu étudiés. Les bouts de sein utilisés actuellement sont de meilleure qualité, mais ils sont encore trop souvent recommandés sans indication valable, et sans suivi correct. C’est d’autant plus dommage que les bouts de sein en silicone peuvent aider à résoudre certains problèmes d’allaitement. Il est donc particulièrement utile de savoir quand, comment et pourquoi utiliser un bout de sein.
Histoire des bouts de sein

En bois, en verre (avec une tétine de vache, ou de caoutchouc dès 1830), en ivoire ramolli, entièrement en caoutchouc.
On trouve les premières mentions concernant des bouts de sein dans les textes médicaux dès le milieu du 17ème siècle. Ils étaient alors généralement recommandés pour les mamelons plats. Leur forme a très peu changé au fil des siècles. Ils étaient au départ fabriqués en argent, en bois, en os, en verre, et même en plomb. Ces derniers ont été utilisés pendant plus d’un siècle, jusqu’au moment où on a constaté que le plomb induisait des dommages cérébraux chez les bébés. On peut supposer que l’allaitement ne durait pas bien longtemps lorsque des ustensiles aussi rigides s’interposaient entre le sein et le bébé. De plus, ils étaient (et sont d’ailleurs encore) difficiles à nettoyer correctement.
Les magazines féminins ont commencé à faire de la publicité pour les bouts de sein au début du 19ème siècle, en clamant qu’ils évitaient les problèmes de mamelons douloureux. A cette époque, ils étaient constitués d’une tétine en caoutchouc fixée sur un support en verre (et plus tard en plastique – bouts de sein « parisiens »). Ce type de bouts de sein reste encore vendu dans les pharmacies de nombreux pays. Au début du 20ème siècle, on a commencé à commercialiser des bouts de sein en forme de chapeau mexicain et en caoutchouc. Leur épaisseur abaissait significativement la quantité de lait reçue par l’enfant (jusqu’à 58 % d’après une étude), et ils ont été à l’origine de stagnations staturo-pondérales chez certains enfants. Dans les années 1980 sont apparus les bouts de sein en silicone, nettement plus minces. Ces derniers abaissaient quelque peu la production lactée, mais modifiaient peu la succion de l’enfant ou le taux de prolactine. C’est l’utilisation de ce type de bouts de sein qui va être maintenant abordée.

Bouts de seins du 19ème siècle

et plus récents... en verre (début du siècle) et en silicone (années 80)
Utilisation en cas de mamelons plats ou rétractés
Cela fait bien longtemps que les femmes qui ont des mamelons plats ou rétractés essaient de trouver une solution à ce problème. Bien sûr, le bébé tète le sein, et pas seulement le mamelon. Mais ce dernier joue un rôle important dans la mise au sein. Les bébés semblent avoir besoin d’une stimulation buccale au niveau de la jonction entre le palais dur et le palais mou pour commencer à téter. Si le mamelon manque d’élasticité ou n’arrive pas à ce niveau, ou si l’enfant n’arrive pas à le rentrer suffisamment loin dans sa bouche, le réflexe de succion ne se déclenchera pas. Dans ce cas, le bébé devient grognon ou apathique.
Une tétine de biberon induit quant à elle un stimulus important dans la bouche du bébé. Ce dernier pourra en arriver rapidement à préférer une tétine à cause de cette stimulation ferme et de la rapidité avec laquelle le lait arrive. Les bouts de sein en silicone peuvent être utilisés pour amplifier la stimulation buccale du bébé. Cela l’aidera à accepter un sein dont le mamelon est plat ou rétracté. Comme le silicone est souple, le bébé pourra attraper le mamelon sous le bout de sein, et obtenir suffisamment de lait. Peser régulièrement le bébé permettra de le confirmer. Et comme les bouts de sein donnent au bébé une sensation similaire à celle d’une tétine, ils seront très utiles pour aider un bébé présentant une confusion sein-tétine à reprendre le sein.
La succion du bébé crée une dépression dans la cavité du bout de sein. Cela favorise l’élongation du mamelon, même lorsque le bébé tète avec moins de vigueur, et en améliore l’élasticité. Avec le temps, l’élasticité des mamelons s’améliorera, et les bouts de sein ne seront plus nécessaires. Bon nombre de mères présentant des mamelons plats ou rétractés sèvrent rapidement en raison des problèmes rencontrés. L’utilisation par ces mères de bouts de sein pourra alors favoriser la poursuite de l’allaitement.
Faciliter l’allaitement des prématurés
La pression négative dans la cavité des bouts de sein étire le mamelon, et permet au bébé de l’attraper plus facilement. Elle stimule aussi l’écoulement du lait, que le bébé obtient plus facilement. Ces deux facteurs sont particulièrement utiles lorsque le bébé est un prématuré, dont la succion est faible. Ces bébés abandonnent facilement tout effort pour téter s’ils ont du mal à prendre le sein en bouche, et si le lait ne coule pas facilement. Dans une étude sur le sujet, des prématurés arrivaient à prendre significativement plus de lait lorsqu’ils tétaient avec un bout de sein que lorsqu’ils tétaient le sein nu. L’utilisation de bouts de sein n’avait pas d’impact sur la durée de l’allaitement dans cette population. Le fait que les bouts de sein facilitent la tétée a d’importantes implications pour l’allaitement des enfants qui présentent un problème rendant leur succion trop faible.
Utiliser efficacement les bouts de sein

Deux tailles différentes : bouts de seins "contact"
Il est important de choisir la bonne taille : tous les seins ne sont pas identiques, et les bébés sont différents eux aussi. Ensuite, il est nécessaire de montrer à la mère comment les utiliser correctement. Les bouts de sein sont vendus un peu partout dans le monde, et il peuvent avoir des tailles très différentes. Les personnes qui suivent les mères allaitantes doivent être au courant de ce fait, et veiller à ce que la mère ait un bout de sein qui lui soit adapté.
Il peut y avoir d’importantes différences dans les tailles des mamelons. Chez certaines mères, le volume important des mamelons peut justement être à l’origine des problèmes rencontrés. Utiliser un bout de sein qui augmentera encore le volume que l’enfant doit faire entrer dans sa bouche ne fera qu’aggraver les choses. En pareil cas, les bouts de sein ne seront pas la meilleure solution ; l’essentiel pour la mère sera d’entretenir sa sécrétion lactée en tirant son lait jusqu’au moment où le bébé arrivera à prendre correctement le sein.
Dans l’ensemble, le bout de sein doit être adapté à la bouche du bébé : pas trop long (pour ne pas provoquer un réflexe nauséeux), ni trop gros (il doit rentrer facilement dans la bouche du bébé). Dans de nombreux cas, le plus petit modèle sera le meilleur choix, même si le mamelon rentre tout juste dedans. Parfois, un gros mamelon peut être « tassé » dans un petit bout de sein que le bébé pourra mettre dans sa bouche ; en pareil cas, il faudra surveiller l’apparition éventuelle de problèmes de mamelons douloureux.
Pour mettre le bout de sein, retrousser le bord (comme on peut retourner le bord d’un sombrero). Mettre le bout de sein juste sur le mamelon, et rabattre le bord sur l’aréole et le sein. Humidifier légèrement le bord qui s’appliquera sur le sein facilitera l’adhésion. Certaines mères placent leurs doigts en croix sur le bord du bout de sein, puis le tournent un peu en appuyant dessus, ce qui augmente l’adhésivité et enfonce davantage le mamelon dans la cavité du bout de sein.

Pose du bout de sein (le bout de sein est retourné avant de le poser)
Le bébé doit ensuite être mis au sein, avec les mêmes consignes que sans bout de sein : si le bébé n’est pas mis au sein correctement, il pourra abîmer les mamelons, les bouts de sein n’étant pas suffisamment épais pour les protéger. La compression du sein peut être utile. La prise de poids du bébé sera suivie régulièrement afin de vérifier qu’elle est satisfaisante.
Supprimer les bouts de sein
Les mères qui utilisent des bouts de sein doivent recevoir des informations sur les moyens de les supprimer. Toutefois, beaucoup de mères trouvent stressant de s’entendre dire qu’elles doivent cesser de les utiliser aussi rapidement que possible. Si tout marche bien avec les bouts de sein, pourquoi s’inquiéter ? Bien souvent, lorsque le problème est résolu, il est facile de cesser de les utiliser.
La mère peut essayer de l’enlever pendant la tétée afin de voir comment le bébé se débrouille directement au sein. Avec certains bébés, une ou deux tentatives seront suffisantes pour que le bébé se passe du bout de sein. D’autres ont besoin du bout de sein seulement en début de tétée, pour faire ressortir le mamelon. Certains enfants hypotoniques ont besoin de la stimulation buccale forte du bout de sein pendant toute la tétée pour déclencher la succion. Les enfants particulièrement faibles pourront avoir besoin d’une alimentation par tuyau (DAL ou autre) en plus du bout de sein, pour recevoir suffisamment de lait, et la mère aura alors besoin de tirer son lait pour stimuler sa production lactée. Dans certains cas (mères dont les mamelons sont rétractés par exemple), la mère pourra avoir besoin d’utiliser des bouts de sein pendant des semaines, voire des mois, jusqu’à ce que l’élasticité des mamelons soit meilleure. Tant que l’enfant prend le sein, que la sécrétion lactée est suffisante, et que l’enfant prend normalement du poids, l’utilisation des bouts de sein n’est pas un problème. Dans toutes ces situations, les bouts de sein sont un moyen facile et peu coûteux permettant à l’enfant d’être nourri au sein.
Références :
Riordan. J and Auerbach K. Breastfeeding and Human Lactation, 2nd ed. Boston. MA: Jones and Bartlett, 1999, 427‑32. Woolridg, M. et al. Effects of a traditional and of a new nipple shield on sucking patterns and milk flow. Early Hum Dev, 1980; 4 : 357‑64. Jackson D. et al. The automatic sampling shield: Device for sampling suckled breast milk. Early Hum Dev, 1987 ; 15 : 295‑306. Amatayakul K. et al. Serum prolactin and cortisol levels after suckling for varying periods of time and the effect of a nipple shield. Acta Obstet Gynecol Scand 1987 ; 66 : 47‑5 1. Gunther M. Instinct and the nursing couple. Lancet 195 ; 1 : 575‑78. Alexander J et al. Randomized controlled trial of breast shells and Hoffman's exercises for inverted and non‑protractile nipples. Br Med J 1992 ; 304 : 1030‑32. Wilson‑Clay B. Clinical use of silicone nipple shields. J Human Lact 1996 ; 12(4) : 279‑85. Meier P et al. Nipple shields for preterm infants: Effect on milk transfer and duration of breastfeeding. J Hum Lact 2000 ; 16(2) :106‑114. Frantz K. Breastfeeding Products Guide. Sunland, CA: Geddes Productions, 1994. 45‑46. Wilson‑Clay B and Hoover K. The Breastfeeding Atlas, 2nd ed. Austin, TX: LactNews Press. 2002.
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