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Allergies et allaitement : quelques études

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Proctocolite induite par l’alimentation



Food-induced eosinophilic proctocolitis. AM Lake. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2000 ; 30 : S58-60.
Mots-clés : alimentation infantile, proctocolite, allergie.


La proctocolite à éosinophiles induite par l’alimentation apparaît dans les deux premiers mois de vie, et se traduit par l’émission de sang dans les selles. L’enfant peut aussi sembler souffrir pendant la défécation, et certains peuvent aussi présenter un eczéma, mais très souvent l’émission de sang dans les selles est le seul symptôme. Ces enfants ne présentent pas de vomissements, de stagnation staturo-pondérale, d’anémie, ou de diarrhée sévère. Et au contraire des autres pathologies inflammatoires du tube digestif, la plupart des enfants qui présentent ce problème sont exclusivement allaités.

L’examen proctologique par endoscopie révèle un érythème local, des érosions et/ou une hyperplasie nodulaire des structures lymphoïdes rectosigmoïdes. La biopsie du rectum et du sigmoïde montre une infiltration caractéristique de la muqueuse et de la lamina propria par des éosinophiles.

L’élimination de la protéine allergisante de l’alimentation de l’enfant, soit par éviction de l’aliment en cause dans l’alimentation maternelle, soit par le don à l’enfant d’un hydrolysat, induira la disparition des troubles en 72 à 96 heures. A l’âge de 12 mois, la plupart des enfants tolèrent tous les aliments. Le pronostic à long terme est excellent.

 

 

Allaitement et allergie infantile


Breastfeeding of allergic infants. E Isolauri, A Tahvanainen, T Peltola and T Arvola. J Pediatr 1999 ; 134 : 27-32.


Des enfants peuvent présenter une symptomatologie allergique alors qu’ils sont exclusivement allaités. Le but des auteurs était d’évaluer l’évolution de l’allergie en fonction de diverses conduites thérapeutiques (régime d’éviction chez la mère, arrêt de l’allaitement).

Cette étude finlandaise portait sur 100 enfants souffrant d’eczéma atopique depuis environ l’âge de 2 mois, à une période pendant laquelle ils étaient exclusivement allaités.  Ces enfants étaient nés dans un service où le lait industriel n’est pas utilisé ; si des compléments étaient éventuellement nécessaires, on utilisait du lait humain provenant de donneuses. 55% des enfants avaient reçu de tels compléments. 63% des enfants n’avaient jamais reçu de lait industriel, 37% en avaient reçu à une occasion. La durée moyenne de l’allaitement exclusif avait été de 4 mois (entre 0,5 et 7 mois). Les enfants sont entrés dans l’étude lorsqu’ils avaient en moyenne 5 mois (entre 2 et 10 mois). Au moment de leur entrée dans l’étude, les 2/3 des enfants consommaient des aliments solides.

Des modifications de l’alimentation maternelle ont été tentées. Les consignes données ont été peu suivies ; certaines mères ne supprimaient qu’un seul des allergènes auxquels réagissait leur enfant (citron par exemple), d’autres en supprimaient plusieurs mais pas tous. Dans certains cas, l’éviction alimentaire s’est avérée efficace, avec une nette amélioration de l’eczéma de l’enfant. Dans d’autres cas, l’arrêt de l’allaitement et son remplacement par le don d’un  lait hypoallergénique à base de soja  se sont avérés plus efficaces ; cela a surtout été observé chez les enfants souffrant de stagnation staturo-pondérale, dont la croissance est redevenue normale.

Les auteurs concluent que l’allaitement doit être recommandé comme prévention primaire des pathologies allergiques. En cas de manifestations allergiques chez l’enfant allaité, un régime d’éviction sera étudié avec la mère. Dans certains cas, en particulier lorsque l’enfant souffre d’allergies multiples et de stagnation staturo-pondérale, l’arrêt de l’allaitement et le don d’un  lait hypoallergénique pourront être conseillés à la mère.

Dans le même numéro de la revue paraît un éditorial de S Goldman (134 : 5-7) sur les corrélations entre l’allaitement et les troubles atopiques (Association of atopic diseases with breastfeeding : food allergens, fatty acids, and evolution). L’auteur y réaffirme l’importance de l’allaitement, et souligne que l’arrêt de l’allaitement ne devrait être envisagée que lorsque l’on a la preuve que le lait maternel est à l’origine des troubles de l’enfant, et lorsque la mère n’a pas le soutien nécessaire pour poursuivre l’allaitement (ou ne souhaite pas le poursuivre).

 

Cytokines dans le lait de mères allergiques et non allergiques


Cytokines in breast milk from allergic and nonallergic mothers. MF Bottcher, MC Jenmalm, RP Garofalo, B Bjorksten. Pediatr Res 2000 ; 47(1) : 157-62. Mots-clés : cytokines, taux lacté, allergie.


Les études effectuées sur les relations entre allaitement et atopie donnent des résultats contradictoires, peut-être en raison des variations interpersonnelles dans la composition du lait maternel. Le but de cette étude était d’évaluer les taux lactés de cytokines et leurs relations avec les réactions allergiques et la production d’IgA chez des mères allergiques et non allergiques.

Les taux de cytokines ont été déterminés dans le colostrum et le lait mature (à 1 mois post-partum) chez 24 mères souffrant d’allergie et 25 mères non allergiques, à l’aide de la méthode ELISA. Le transforming growth factor-β (TGF-β) était la cytokine dont le taux était le plus élevé ; elle était détectable dans tous les échantillons de lait prélevés. Le IL-6 était retrouvé dans la plupart des échantillons de lait, ce qui n’était pas le cas des autres cytokines étudiées. Les taux de IL-6, de IL-10 et de TGF-β, qui sont tous impliqués dans la synthèse des IgA, étaient corrélés les uns avec les autres, ainsi qu’avec le taux lacté d’IgA. Les taux d’IL-4  étaient plus élevés dans le colostrum des mères allergiques que dans celui des mères non allergiques ; c’était aussi le cal de l’IL-5 et de l’IL-3.

Le TGF-β et l’IL-6 étaient les principales cytokines du lait humain. La corrélation positive constatée entre les taux lactés de ces cytokines et le taux lacté des IgA pourrait expliquer la stimulation de la production d’IgA chez le bébé allaité. Les taux très variables d’IL-4, IL-5 et IL-13 pourraient expliquer certains des résultats contradictoires obtenus par les études évaluant l’effet protecteur du lait humain vis-à-vis des allergies.

 

Environnement et immunité infantile


Environment and infant immunity. B Bjorksten. Proc Nutr Soc 1999 ; 58(3) : 729-32.
Mots-clés : immunité infantile, allergie, facteurs environnementaux.


La grossesse est associée à une déviation des lymphocytes vers un plus grand nombre de populations T-helper 2. Pendant la première année de vie, les réponses immunitaires de l’enfant vis-à-vis des allergènes progresse vers un équilibre entre l’expression par les T-helper 1 et 2. La différence entre les enfants atopiques et les enfants non atopiques pourrait être en relation avec le moment où cet équilibrage survient.

La prévalence des allergies est en pleine explosion dans les pays d’Europe occidentale, alors qu’elle reste basse dans les pays d’Europe de l’Est. Ces pays ont un mode de vie similaire à celui qui était en vigueur dans les pays d’Europe occidentale il y a 40 ans. Actuellement, les études sur les facteurs de risque de l’asthme et d’autres allergies portent surtout sur l’exposition à la pollution, à une mauvaise aération des domiciles, ou à l’augmentation de l’exposition à certains allergènes. Mais aucun de ces facteurs ne permet d’expliquer la considérable augmentation des allergies dans nos pays par rapport à ce qui est constaté dans d’autres pays. L’impact du mode de vie doit donc être étudié de beaucoup plus près.

La mère est une composante majeure de l’environnement du petit enfant. Le lait humain contient des facteurs qui accélèrent la maturation du système immunitaire de l’enfant. Il existe cependant d’importantes différences individuelles dans la composition du lait humain. Une étude récente a découvert un déséquilibre au niveau de la flore digestive chez des enfants allergiques par rapport à des enfants non allergiques, ainsi que chez des enfants suédois par rapport à des enfants estoniens. Dans la mesure où la flore digestive joue un rôle important dans la maturation du système immunitaire, des modifications de sa composition pourraient jouer un rôle dans la survenue d’allergies.

Les recherches à venir sur les facteurs environnementaux en cause dans les allergies devraient prendre en cause un certain nombre de facteurs actuellement non étudiés. La flore intestinale est un de ces facteurs.

 

La présence de protéines bovines dans le lait maternel reste à démontrer


Evaluation of the presence of bovine proteins in human milk as a possible cause of allergic symptoms in breast-fed children. P Restani, A Gaiaschi, A Plebani et al. Ann Allergy Asthma Immunol 2000 ; 84(3) : 353-60.
Mots-clés : lait humain, protéines du lait de vache, allergie.


On a pu constater que le fait de supprimer de l’alimentation de la mère allaitante certains aliments peut induire une amélioration ou la disparition des troubles allergiques présentés par un enfant allaité. Des études ont aussi retrouvé des protéines alimentaires dans le lait humain. Cependant, les études sur les relations exactes entre la présence de ces protéines étrangères dans le lait maternel et la survenue de troubles allergiques chez l’enfant allaité n’ont pas donné de résultats concluants. Le but de cette étude était d’évaluer la présence de protéines bovines dans le lait humain.

Des échantillons de lait ont été recueillis et traités par électrophorèse sur gel de polyacrylamide afin de séparer les protéines d’origine bovine. Ces dernières ont été caractérisées par détection immunologique à l’aide d’anticorps monoclonaux hautement spécifiques de la β-lactoglobuline et de la caséine bovines.

Ces protéines bovines n’ont pas été retrouvées dans les échantillons testés, contrairement à ce qui a été rapporté par d’autres études. Les auteurs suggèrent que les résultats de ces autres études étaient en fait liés à la présence de réactions croisées entre les protéines bovines et certaines protéines humaines présentes dans le lait humain, lorsque la méthode de détection de ces protéines n’était pas suffisamment sélective. Ils concluent que des facteurs autres que les protéines bovines sont probablement impliquées dans la survenue d’une allergie aux protéines du lait de vache chez des enfants exclusivement allaités.

 

Réactivité croisée des IgE anti-protéines du lait de vache et anti-protéines humaines


IgE cross-reastivity between human and cow’s milk proteins in atopis breast-fed infants. E Bertino, A Coscia, C Martano et al. J Pediatr 1000 ; 136(3) : 421. Mots-clés : lait humain, lait de vache, IgE, réactivité croisée, allergie.


Les auteurs rapportent le cas de 2 enfants exclusivement allaités, âgés de 3 et 4 mois, présentant une dermatite atopique sévère. Tous les deux avaient des taux sériques élevés d’IgE spécifiques des protéines du lait de vache (lactoferrine, sérum albumine, caséine et lactalbumine), mais aussi d’IgE spécifiques des protéines humaines analogues présentes dans le lait humain. Après 4 semaines de traitement symptomatique, allié à une éviction totale des protéines du lait de vache de l’alimentation maternelle, toutes les manifestations allergiques ont disparu. La dermatite atopique a récidivé chez les 2 enfants lors de l’épreuve de réintroduction du lait de vache dans l’alimentation maternelle, pour disparaître à nouveau en 2 semaines après leur suppression dans l’alimentation maternelle. Le don direct aux enfants de protéines du lait de vache a induit une réaction très rapide : rash cutané survenant au bout de 10 mn, avec œdème laryngé chez un des enfants.

Les auteurs ont testé la réactivité des IgE sériques vis-à-vis des protéines humaines et du lait de vache correspondantes. Seule une réactivité vis-à-vis des protéines du lait de vache a été constatée avec toutes ces IgE. Les auteurs estiment en conséquence que la présence chez l’enfant d’IgE sériques spécifiques de certaines protéines du lait maternel ne constitue pas en soi une indication d’arrêt de l’allaitement chez des enfants exclusivement allaités présentant des troubles atopiques. En conclusion, la meilleure approche en pareil cas leur semble être la poursuite de l’allaitement, avec éviction des aliments responsables de l’alimentation maternelle.

 

Ces six études ont été publiées dans les Dossiers de l'Allaitement numéro 44 (Juillet – Août – Septembre 2000)

Mise à jour le Vendredi, 15 Mai 2009 10:34