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La peur de ne pas avoir assez de lait est bien souvent le principal souci des mères. Le fait qu'une mère ne puisse réellement pas fournir assez de lait pour nourrir son bébé est cependant exceptionnel.
Il sera tout d'abord utile de demander à la mère ce qui lui fait penser qu'elle n'a pas assez de lait. Sa réponse pourra être : • Mon bébé pleure beaucoup et veut téter souvent. • Il a l'air d'avoir toujours faim. • Le matin j'ai du lait, mais le soir je n'en ai plus du tout. • Mes seins ne coulent plus entre les tétées. • Je ne sens plus de réflexe d'éjection. • Mes seins sont mous et vides. • Mon bébé n'a pris que 600 g ce mois ci.
Les hormones de la lactation
La prolactine est l'hormone de la fabrication du lait. Elle est sécrétée uniquement quand le bébé tète. Elle atteint un pic sérique environ 20 mn après le début de la tétée. Sa demi-vie est d'environ 2 heures. Plus les tétées sont fréquentes, plus le taux basal de prolactine restera élevé et plus la sécrétion lactée sera régulière. Le taux basal de prolactine est plus élevé la nuit et le matin, et toutes les femmes ont constaté que leur sécrétion lactée variait en conséquence.
Chez une femme qui n'allaite pas, son taux basal revient à la normale quelques semaines après l'ac-couchement. Chez une femme qui allaite, ce taux basal reste plus élevé pendant plusieurs mois, avec des pics importants à l'occasion de chaque tétée. L'amplitude de ces pics est variable suivant les fem-mes et diminue avec le temps.
L'ocytocine est l'hormone de l'excrétion du lait. Elle est sécrétée en décharges quand le bébé tète, mais aussi sous l'action de phénomènes émotionnels, es-sentiellement quand la mère entend son bébé pleurer, manipule des objets ou vêtements lui appartenant, voire pense à lui. Sa demi-vie est de l'ordre de quel-ques minutes et de nouvelles décharges ont lieu toutes les quelques minutes.
Le contrôle autocrine. Passé les premiers mois, la sécrétion lactée devient beaucoup moins dépendante de la prolactine. Le sein sécrète, en même temps que le lait et dans celui-ci, un facteur inhibiteur de la sécrétion lactée. Ce facteur assure une régulation de la sécrétion d'une tétée à l'autre. Plus le sein sera "vidé" fréquemment, plus la concentration de ce facteur, ainsi que son temps de contact avec les cel-lules de la glande mammaire seront bas et plus la sécrétion lactée sera stimulée.
Fonctionnement de la lactation
L'allaitement obéit à la loi de l'offre et de la demande ; plus le bébé tète, plus la sécrétion de la mère augmente, moins il tète, plus elle baisse. Il est important que la mère sache que toutes les restrictions en fréquence et en durée fréquemment plus ou moins imposées n'ont AUCUN FONDEMENT PHYSIOLOGIQUE. Ces recommandations sont basées sur les contraintes de l’alimentation avec le lait de substitution, beaucoup plus difficile à digérer. La seule et unique limitation pour la fréquence et la durée des tétées est CE QUE LA MERE PEUT ACCEPTER DANS CE DOMAINE. Il est utile de savoir que, dans les pays moins "civilisés" que les nôtres, les mères gardent en permanence leur bébé contre elles et le mettent souvent au sein plusieurs fois par heure, y compris la nuit (le bébé dormant avec sa mère, cette dernière ne se réveillant généra-lement même pas quand son bébé tète).
Il existe des bébés qui grossissent allègrement avec seulement quatre tétées par jour. Mais la majorité des bébés tètent 8 à 12 fois/jour et passent en moyenne 6 heures au sein, tout au moins pendant les premiers mois. La composition du lait maternel fait qu'il est très facile à digérer et qu'il est en outre relativement "pauvre" en calories. La nature semble avoir prévu que le bébé passe de nombreuses heures dans les bras de sa mère à se faire nourrir et câliner et ce, jour et nuit.
Pendant la grossesse, le bébé est nourri 24h/24. Il lui faut du temps pour s’habituer à un autre mode d'alimentation.
Des études ont montré que le manque de lait est souvent subjectif et ne correspond pas à la réalité. Cette impression est essentiellement due à la peur de la mère de ne pas avoir assez de lait.
Beaucoup de femmes pensent qu'elles n'ont plus de lait parce que leurs seins ne sont plus engorgés. Mais l’engorgement des premiers jours est dû non au lait, mais à l'oedème sanguin et lymphatique. Quand la lactation est bien établie, les seins redeviennent généralement comme pendant la grossesse : ni plus durs, ni plus gros. A noter que les seins sont asymétriques : toutes les femmes ont un "meilleur sein", qui donne plus de lait et que souvent le bébé préfère.
La façon dont les seins coulent est très variable d'une femme à l'autre, et chez une même femme d'un allaitement à l'autre, et d'un moment de l'allaitement à l'autre. Chez certaines mères, les seins perdent du lait pendant toute la durée de l'allaitement, les obligeant à porter des coussinets d'allaitement. Souvent, ils coulent pendant les premières semaines ou les premiers mois, puis cessent de le faire quand la lactation est bien établie.
La façon dont est ressentie le réflexe d'éjection est aussi très variable. Il y a de fréquents réflexes d'éjection pendant une tétée, mais les mères ne sentent la plupart du temps que le premier, comme une sensa-tion de fourmillement, de tension, d'élancement pouvant être douloureux. Il est fréquemment moins ressenti au bout de quelques semaines et certaines femmes ne le ressentent plus du tout. Dans les débuts de l’allaitement, les décharges d'ocytocine sont sou-vent anarchiques. Avec le temps, le corps s'habitue à ne présenter un réflexe d'éjection que quand le bébé tète.
Beaucoup de femmes pensent qu'elles ont moins de lait au bout de quelques jours ou semaines. En fait, elles n'ont pas MOINS de lait, mais les besoins du bébé AUGMENTENT. Pendant les trois premiers mois, le bébé aura souvent des "jours de pointe" où il aura besoin de téter plus souvent pour faire venir plus de lait, afin de combler ses besoins grandissants. Les seins ne sont pas des récipients qui sont vides puis se remplissent. Ils sont une "usine" en fonction-nement permanent et qui travaille à plein rendement quand le bébé est en train de téter. Les seins stockent très peu de lait et la majeure partie du lait que reçoit le bébé est excrétée pendant que le bébé tète. Les seins ne sont JAMAIS vides. Moins le flot de lait est important, plus le lait est riche en graisses et en calories (quand il coule goutte à goutte, c'est presque de la crème liquide).
Certains bébés font rapidement de gros repas espacés. D'autres ne conçoivent la vie qu'avec de petits repas très fréquents. D'après les mères qui en ont fait l'expérience, cette dernière situation est encore beaucoup plus difficile à vivre avec un bébé nourri au biberon qu'avec un bébé nourri au sein.
La composition du lait varie au cours de la tétée. En début de tétée, le lait est aqueux et riche en lactose. Au fur et à mesure que la tétée se prolonge, il devient plus épais, moins riche en lactose et plus riche en graisse. Cela permet au bébé de moduler la tétée en fonction de ses besoins. De plus, la composition du lait s'adapte à la température extérieure : le lait est plus aqueux par temps chaud et plus gras et calorique par temps froid.
Ce phénomène est destiné à couvrir au mieux les besoins du bébé en fonction de la température ex-terne. Des études ont montré que, même en climat très chaud, les bébés n'ont pas besoin de boire de l'eau ; les bébés qui ne reçoivent que le lait de leur mère ont, même en climat tropical, un meilleur équi-libre hydrique que les bébés qui reçoivent des suppléments d'eau. Il est normal que par temps chaud le bébé tète souvent et peu longtemps non parce qu'il a faim mais pour satisfaire sa soif, grâce au lait de début de tétée riche en eau.
Comment savoir si une mère a assez de lait
• Son bébé mouille bien ses couches : au moins 3 à 4 changes complets par jour. La mère pourra apprécier la chose "au poids". Elle peut, pour se rendre compte de ce qu'est une couche bien mouillée, verser 6 à 7 cuillères à soupe d'eau sur une couche propre.
• Il a des selles molles ou liquides. La fréquence des selles peut être très variable d'un bébé à l'autre : de une selle à chaque change à une selle en 27 jours (record homologué en France). Les selles sont généralement fréquentes les premières semaines. Quand ce n'est pas le cas, elles doivent impérativement rester molles.
• Sa prise de poids est satisfaisante. Il a repris son poids de naissance au bout de 15 à 20 jours, il prend au moins 120 à 130 g/semaine pendant les trois premiers mois. Passé ce délai, la prise de poids des bébés allaités est généralement plus basse que celle des bébés nourris au lait de substitution.
Si la mère répond "oui" à ces questions, vous pouvez la rassurer et lui dire que son bébé obtient assez de lait. Si la réponse à ces trois questions est "non", il y a effectivement un problème. Il sera nécessaire de revoir la technique d’allaitement et de poser à la mère un certain nombre de questions sur la fré-quence, la durée et le déroulement des tétées. La cause la plus fréquente est des tétées trop espacées. Quelques jours d’allaitement intensif rétabliront la sécrétion lactée au top niveau. Conseillez à la mère de consacrer, pendant quelques jours, le plus de temps possible à son bébé. Il lui sera utile de savoir que la FREQUENCE des tétées est un facteur plus important que la DUREE.
La méthode de la "super alternance" donne des résultats excellents. Cela consiste à donner 4, 6, 8, 10... seins par tétée. Dès que le bébé cesse d'avaler en tétant un sein, lui proposer l'autre, même s'il faut changer de sein toutes les minutes. Il est important de laisser le bébé au sein aussi longtemps qu'il veut téter. Le lait de fin de tétée, s'il est peu abondant, est très riche en graisse et peut faire toute la différence entre un bébé qui ne grossit pas et un bébé qui prend du poids. En cas de sécrétion lactée très insuffisante, avec un bébé qui urine très peu, il sera indispensable que le bébé reçoive des compléments, pendant que la mère travaille avec son bébé à augmenter sa sécrétion lactée (voir le chapitre sur la prise de poids lente et celui sur la confusion sein-tétine).
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