Recommandations 2005 de l'Academie Américaine de Pédiatrie
Allaitement et utilisation du lait humain |
Les recommandations en matière d’allaitement des bébés nés à terme
Recommandations supplémentaires pour les enfants à risque
Rôle des pédiatres et des autres professionnels de santé en matière d’allaitement
De nombreuses études ont été publiées ces dernières années, démontrant les avantages de l’allaitement pour les bébés, les mères, les familles et la société, sur le plan de la santé, de la nutrition, du statut immunitaire, du développement physique et psychologique de l’enfant, de l’économie et du respect de l’environnement. Cette déclaration de l’Académie Américaine de Pédiatrie remplace la déclaration précédente, publiée en 1997, et reflète les avancées de la science.
Le lait humain est spécifique à notre espèce. L’allaitement exclusif représente la norme, par rapport à laquelle on devrait évaluer tant la croissance que la santé des bébés. Le non-allaitement augmente la prévalence de nombreuses pathologies infectieuses. Même dans les pays industrialisés, la morbidité et la mortalité infantile sont plus élevées chez les enfants qui ne sont pas allaités. Le non-allaitement augmente aussi le risque de mort subite du nourrisson, de diabète, de lymphome, de leucémie, de maladie de Hodgkin, de surpoids, et d’asthme. Il induit un développement cognitif légèrement plus bas. Chez les mères, le non-allaitement augmente le risque d’hémorragie du post-partum, de grossesses répétées, de cancer du sein ou des ovaires ; il pourrait augmenter le risque d’ostéoporose après la ménopause. Le non-allaitement augmente de façon importante les dépenses de santé pour le traitement des pathologies qu’il favorise ; il a aussi un coût économique sur le plan de l’absentéisme des parents en cas de maladie infantile. Il a enfin un coût environnemental : la fabrication du lait, sa distribution, sa préparation, puis le traitement des emballages vides sont polluants et coûteux. Les économies que permettrait, à divers niveaux, l’augmentation de la prévalence et de la durée de l’allaitement permettrait d’augmenter le nombre des consultant(e)s en lactation remboursés par les assurances, et la mise à disposition des mères de tire-lait ou autres produits susceptibles de favoriser la poursuite de l’allaitement.
Il existe de rares contre-indications à l’allaitement : galactosémie classique chez l’enfant, tuberculose pulmonaire active non traitée, séropositivité pour le HTLV chez la mère. L’allaitement devra être suspendu lorsque la mère reçoit certains radio-isotopes, ou des antimétabolites, ou de rares médicaments, ou présente des lésions d’herpes sur les mamelons. L’allaitement est déconseillé chez les mères séropositives pour le VIH vivant dans les pays industrialisés. En revanche, l’allaitement ne devrait pas être déconseillé : aux mères qui sont séropositives pour l’hépatite B ou C ; aux mères souffrant d’une affection fébrile (sauf en présence d’un autre facteur contre-indiquant l’allaitement) ; aux mères exposés à un agent polluant à dose modérée ; aux mères séropositives pour le CMV si l’enfant est né à terme (si l’enfant est un grand prématuré, la pasteurisation ou la congélation du lait abaissent fortement le risque de contamination de l’enfant). Le tabagisme n’est pas une contre-indication ; la mère sera informée des pratiques limitant l’exposition de son enfant. La consommation d’alcool n’est pas contre-indiquée, mais l’enfant ne devrait pas être mis au sein dans les 2 heures qui suivent la prise d’une boisson alcoolisée. L’allaitement peut être poursuivi dans la grande majorité des cas lorsque le nourrisson souffre d’ictère.
La prévalence de l’allaitement en post-partum précoce a augmenté aux USA, mais elle reste inférieure à la prévalence souhaitée par les services de santé publique. De plus, de nombreuses mères cessent rapidement d’allaiter, et/ou introduisent rapidement des compléments. De nombreuses organisations recommandent un allaitement exclusif d’environ 6 mois (l’enfant ne recevant rien d’autre que du lait maternel, exception faite des compléments vitaminiques et minéraux, et des médicaments). Les obstacles à l’allaitement sont une information insuffisante, des pratiques hospitalières inappropriées, l’absence de suivi correct des mères allaitantes, la reprise rapide du travail dans un environnement ne favorisant pas la poursuite de l’allaitement, l’image du biberon comme norme sociale pour l’alimentation des bébés, les pratiques promotionnelles des fabricants de lait industriel…
Les recommandations en matière d’allaitement des bébés nés à terme
• Les pédiatres et les autres professionnels de santé devraient recommander l’allaitement pour tous les enfants chez qui il n’est pas spécifiquement contre-indiqué, et fournir aux parents les informations qui leur permettront de faire un choix informé. Lorsque le bébé ne peut pas être mis au sein, les parents recevront des informations sur l’expression du lait, ainsi que si l’allaitement doit être suspendu.
• Il est nécessaire d’encourager des réglementations et des pratiques qui favorisent l’allaitement.
• Les enfants nés à terme devraient être placés contre la peau de leur mère immédiatement après la naissance, et y rester jusqu’à ce qu’ils aient pris une première tétée. Peser et mesurer l’enfant, le baigner, lui mettre des gouttes dans les yeux… sera fait après cette première tétée. Sauf circonstances exceptionnelles, le bébé restera avec sa mère.
• Les enfants allaités ne devraient pas recevoir de suppléments de quelque nature que ce soit, sauf indication médicale. Le bébé ne devrait pas recevoir de sucette tant que l’allaitement n’est pas bien installé, sauf cas particulier (succion non nutritive chez les prématurés, par exemple).
• Le bébé devrait téter 8 à 12 fois par jour pendant les premières semaines. Il devrait être mis au sein dès qu’il en manifeste le désir par son comportement (éveil, recherche du sein…). Les pleurs sont l’ultime manifestation de faim. La mère devrait laisser l’enfant téter au premier sein aussi longtemps qu’il le désire, et lui proposer ensuite l’autre sein. Veiller à ce que les deux seins soient stimulés. Lorsque l’allaitement est bien établi, la fréquence des tétées pourra se stabiliser à environ 8 tétées par jour, mais l’enfant pourra augmenter la fréquence à certaines périodes s’il a besoin de recevoir davantage de lait.
• Le déroulement de l’allaitement devrait être évalué de façon approfondie par un professionnel compétent au moins 2 fois par jour pendant le séjour en maternité. Si un problème est détecté, des mesures devront être prises immédiatement, et un plan d’action établi avec les parents.
• Tous les bébés allaités devraient être vus par un professionnel de santé expérimenté entre J3 et J5. Cette visite devrait donner lieu à un examen clinique détaillé du bébé, et à une évaluation approfondie de la pratique d’allaitement, tout particulièrement si l’enfant a perdu plus de 7% de son poids de naissance. Une autre visite de routine sera effectuée entre 2 et 3 semaines, afin de mieux soutenir et informer la mère allaitante pendant la période critique du démarrage.
• Les pédiatres et les parents devraient savoir que l’allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois permet une croissance et un développement optimaux, et protège l’enfant vis-à-vis des diarrhées et des pathologies infectieuses respiratoires. L’allaitement devrait être poursuivi jusqu’à au moins 12 mois, et pendant aussi longtemps que la mère et l’enfant le souhaitent. Des aliments riches en fer seront introduit progressivement à partir d’environ 6 mois. Certains enfants pourront avoir besoin de suppléments de fer avant 6 mois (prématurés, bébés souffrants de pathologies hématologiques…). Les bébés ont des comportements différents ; certains souhaiteront recevoir des solides dès 4 mois, tandis que d’autres refuseront tous les aliments jusqu’à environ 8 mois. Pendant les 6 premiers mois, et même sous les climats chauds, l’enfant n’a pas besoin de recevoir de l’eau ou des jus. Une longue durée d’allaitement présente des avantages spécifiques sur le plan de la santé maternelle (espacement des naissances en particulier) et infantile. Il n’existe pas de limite supérieure d’âge à ne pas dépasser pour le sevrage. Rien ne permet de penser que la poursuite de l’allaitement jusqu’à 3 ans ou au-delà puisse présenter un quelconque inconvénient pour l’enfant. Les bébés sevrés avant 12 mois ne devraient pas recevoir de lait de vache du commerce courant, mais plutôt un lait industriel enrichi en fer.
• Tous les enfants allaités devraient recevoir 1 mg de vitamine K en IM, après la première tétée, et pendant les 6 premières heures de vie. Tous les enfants allaités devraient commencer à recevoir de la vitamine D dans les 2 premiers mois de vie, à la dose de 200 UI/jour. L’enfant ne devrait pas recevoir de suppléments de fluor pendant les 6 premiers mois ; entre 6 mois et 3 ans, la décision de donner un tel supplément sera prise au cas par cas.
• La mère et son bébé devraient dormir l’un près de l’autre afin de faciliter l’allaitement.
• Si une hospitalisation est indispensable pour la mère ou l’enfant, tout devrait être fait pour préserver l’allaitement, de préférence en permettant au bébé de prendre le sein, ou sinon en permettant à la mère de tirer son lait pour qu’il soit donné à son bébé.
Recommandations supplémentaires pour les enfants à risque
L’allaitement ou le don de lait humain devrait être recommandé pour les prématurés ou les bébés à risque. La mère devrait être informée sur l’expression du lait dès que possible. Elle devrait pouvoir prendre son bébé en peau à peau et le mettre au sein aussi rapidement que possible. L’enrichissement du lait maternel exprimé est conseillé pour les très grands prématurés. Le lait humain provenant de donneuse est une bonne alternative pour ces bébés, si la mère ne souhaite pas ou ne peut pas donner son lait. Les enfants souffrant de déficit en G6PD devront bénéficier d’un suivi étroit.
Rôle des pédiatres et des autres professionnels de santé en matière d’allaitement
Ils devraient :
• Promouvoir activement l’allaitement, et soutenir adéquatement les mères allaitantes. Leur engagement à protéger l’allaitement devrait être évident. Ils devraient promouvoir l’allaitement afin qu’il redevienne la norme culturelle, et encourager la famille de la mère à la soutenir dans son allaitement. Ils doivent connaître l’impact des normes culturelles et sociales sur les pratiques d’allaitement, et savoir encourager des pratiques d’allaitement acceptables pour les différentes cultures.
• Veiller à devenir compétents en matière de physiologie de la lactation, et de suivi de l’allaitement. Il est nécessaire d’encourager la mise en œuvre de cours sur l’allaitement pendant les études des professionnels de santé.
• Utiliser toutes les opportunités pour apporter des informations sur l’allaitement aux enfants et aux adultes, dans toutes les circonstances possibles.
• Travailler en collaboration avec les services locaux de maternité, et avec les autres professionnels de santé locaux susceptibles d’avoir affaire à des mères allaitantes ou à des enfants allaités. Il faudrait promouvoir des pratiques hospitalières qui favorisent l’allaitement, et travailler à éliminer les pratiques défavorables (séparation de la mère et de l’enfant, don de lait industriel gratuit, informations incorrectes, absence de soutien et de suivi…). Les équipes soignantes de maternité devraient être formées à l’allaitement, et comporter des spécialistes en allaitement.
• Permettre aux mères de disposer facilement d’un tire-lait.
• Veiller à ce que leur cabinet médical soit « ami de l’allaitement ».
• Connaître les ressources locales spécialisées dans l’aide aux mères allaitantes : groupes de soutien aux mères, consultant(e)s en lactation, etc.
• Encourager les médias à donner de l’allaitement une image positive et normative.
• Encourager les employeurs à rendre le lieu de travail « ami de l’allaitement ».
• Encourager la poursuite de l’allaitement en cas de séparation ou de divorce des parents.
• Soutenir et informer les mères qui souhaitent induire une lactation pour allaiter leur enfant adopté.
• Encourager la mise en œuvre de législations favorisant l’allaitement.
• Promouvoir les recherches dans le domaine de l’allaitement.
Académie Américaine de Pédiatrie. Groupe de travail sur l’allaitement. Pediatrics 2005 ; 115 : 496-506.
Breastfeeding and the Use of Human
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