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Lorsque,
à la fin des années 70, plusieurs personnes (Kittie Frantz, Chloe
Fisher, Maureen Minchin...) ont, indépendamment l'une de l'autre,
découvert par l'observation l'importance de la position du bébé au
sein, à la fois pour la prévention des douleurs de mamelons et pour un
bon démarrage de l'allaitement, on a vraiment eu l'impression de
recevoir en cadeau une baguette magique. Enfin, on pouvait facilement
soulager la plupart des femmes souffrant de crevasses. Enfin, on
pouvait faire quelque chose pour prévenir leur apparition. Pour celles
et ceux qui le vécurent, cela eut, je peux en témoigner, quelque chose
de miraculeux. Cette connaissance mit beaucoup de temps à arriver jusqu
'aux professionnels de santé français.
Ce n’est que depuis quelques années qu’on en parle assez
systématiquement. Et encore : cela tient souvent plus de l'incantation
que de quelque chose de réellement intégré dans la pratique. Combien,
dans les personnels de maternité, sont vraiment capables, en cas de
problème, de voir ce qui ne va pas ? D'examiner, au-delà de la simple
position du corps du bébé par rapport au corps de sa mère, la position
de ses lèvres, de sa langue, etc. ? Et d'avoir des solutions à proposer
à la mère ?
Et puis, il faut bien le dire, comme pour toutes les bonnes choses, il
y a eu, il y a et il y aura des «abus de position». Je veux parler de
ces professionnels (c’est semble-t-il le cas de certaines sages-femmes
britanniques) qui se sont transformés en «prescripteurs» de position.
On a pu lire ou entendre des phrases comme « nombril à nombril» ou «le
mamelon doit entrer dans la bouche du bébé sous un angle de tant de
degrés». Une fois de plus, la mère est alors infantilisée par des
experts qui «savent» exactement, au millimètre près, comment elle doit
mettre son bébé au sein, et se font fort de le lui enseigner. Et cela
avec les meilleures intentions du monde. Or un geste appris dans un
livre ou de la bouche d'un expert n'aura jamais la souplesse ni la
liberté d'un geste «naturel» connu depuis toujours.
Alors oui, la position du bébé au sein est importante pour le succès de
l'allaitement. Oui, reconnaître une «bonne» position devrait faire
partie de la formation de tous les personnels de maternité. Mais non,
tout n’est pas dans la position. Et le plus important est peut-être de
laisser à la mère et à l'enfant le temps et l'occasion de se découvrir,
de s'adapter l'un à l'autre, de faire en sorte que leurs deux corps
«s'ajustent». Et cela même si le bébé n 'est pas dans une position
«orthodoxe» estampillée dans les bons livres. Si tout se passe bien,
pourquoi vouloir à toute force «rectifier» ? Et plus les femmes
allaiteront, plus les enfants verront des bébés en train de téter,
moins il y aura besoin d'experts pour dicter aux futures générations la
façon de donner le sein à leurs bébés. C'est le souhait que je formule
en tout cas.
Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau
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