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DA 45 : Infections maternelles et allaitement

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Dossier de l'allaitement n°45, LLLFrance 2003


Infections maternelles et allaitement


Le lait maternel apporte à l'enfant des facteurs immu­nitaires qui constituent sa première ligne de défense vis-à-vis des infections. D existe de nombreuses études montrant que les enfants nourris au lait industriel souffrent plus souvent d'infections respiratoires, de pathologies gastro-intestinales et d'otites que les enfants allaités, La glande mammaire sécrète des facteurs immunitaires adaptés à l'environnement dans lequel vivent la mère et l'enfant, grâce aux cycles entéro-mammaire et broncho-mammaire. Le lait humain contient aussi de nombreux facteurs spécifi­ques (IgA en particulier) et non spécifiques (acides gras, monoglycérides et oligosaccharides, lactoferrine...) actifs contre des agents pathogènes aussi divers que les bactéries, les virus, les mycoses et les parasites.

Cependant, divers agents infectieux sont éventuellement excrétés dans le lait humain : CMV, virus de la rubéole, VIH, HTLV... Lorsqu'une mère est malade, on lui dit sou­vent qu'elle doit sevrer son enfant pour le protéger. Cènes, cela peut en effet être préférable si la mère est séropositive pour le HTLV-1, le HTLV-2 et le VIH Mais la poursuite de l'allaitement est conseillée dans la quasi-totalité des cas d'infection. En effet, la présence de germes dans le lait ma­ ternel ne signifie pas qu'ils soient infectieux.

La présence de bactéries dans le lait maternel est rare­ment un problème. Quelques cas anecdotiques ont été rapportés : quelques cas de salmonelloses, un cas de lept ospirose, un cas de listériose. Une étude italienne a retrouvé des Brucella dans un échantillon de lait. Les infections para­sitaires sont beaucoup plus rares, et ne sont pas considérées comme un problème en ce qui concerne l'allaitement. Ce­ pendant, même si les parasites intacts ne passent pas dans le lait, certaines de leurs protéines peuvent s'y retrouver et induire des réactions allergiques chez l'enfant allaité.
Les cas où la mère se voit le plus souvent recommander à tort l'arrêt de l'allaitement sont:
• la survenue d'une infection bactérienne, comme par exemple celles à Streptocoques du groupe B
• les infections du sein : mastites, abcès, candidose
• les infections virales comme l'hépatite B, l'hépatite C ou une infection à CMV
• la découverte d'une réaction tuberculinique intradermique positive.



Infections bactériennes




Lorsqu'une infection à Streptocoque du groupe B survient pendant la grossesse, la femme doit être traitée afin d'éviter la tiansinission verticale. En cas d'endométrite ou de chorioamniotite, !a mère devra être traitée et l'enfant sera surveillé en post-partum pour détecter l'existence d'une infection chez lui mais il n'y a aucune contre-indication à l'allaitement. Une antibiothérapie prophylactique pourra éventuellement être utile chez l'enfant.



La mastite est une inflammation / infection localisée, se manifestant par l'apparition sur le sein d'une zone érythémateuse, chaude et douloureuse ; sur le plan général, il peut y avoir un syndrome grippal. La base du traitement consiste à faire téter régulièrement le sein par l'enfant, et à défaut d'exprimer régulièrement le lait. Les autres mesures thérapeutiques incluent le repos, une analgésie et un éventuel traitement antibiotique comme la dicloxacilline ou les céphalosporines de première génération. L'allaitement peut (et doit) bien entendu être poursuivi. Si la mastite se complique en abcès, un drainage chirurgical sera indispensable. L'enfant peut téter le sein atteint sauf si le drain se trouve à un endroit où il interfère avec la prise du sein.

Le traitement de la plupart des autres infections (endométrite, pneumonie, infection urinaire, sinusite, infections ORL ou dentaires...} ne devraient pas donner lieu à une interruption de l'allaitement La plupart des antibiotiques qui seront prescrits à la mère se retrouveront dans le lail à un taux trop faible pour poser un problème à l'enfant allaité. Si un traitement analgésique est prescrit, il est préférable d'utiliser une molécule à demi-vie courte, et d'éviter les posologies élevées ; à dosage « courant », la plupart des AINS peuvent être utilisés, ainsi que les spécialités contenant de la codéine.

Si une tuberculose est diagnostiquée chez la mère et que la radiographie pulmonaire est négative, la mère sera traitée par antituberculeux, et l'allaitement sera poursuivi. Les antituber­
culeux passent dans le lait, mais aucun effet secondaire n'a été rapporté chez l'enfant allaité. L'enfant sera régulièrement examiné pour détecter une tuberculose chez lui. Si la mère souffre d'une tuberculose pulmonaire active, elle devra être séparée de son enfant jusqu'à ce qu'elle cesse d'être contagieuse (le plus souvent après les 2 premières semaines de traitement anti­ tuberculeux), et tirer son lait pendant cette période (pour éviter un engorgement et entretenir sa sécrétion lactée - le lait peut être donné à l'enfant). Elle pourra ensuite remettre son enfant au sein et reprendre les contacts normaux avec son enfant. Là aussi, l'existence d'une tuberculose chez l'enfant sera recherchée. . ..



Infections virales




Le bilan sérologique effectué en routine pendant la grossesse comporte la recherche des hépatites. Si la femme est séropositive pour l'hépatite B, l'enfant devra recevoir des y-globulines spécifiques de l'hépatite B dans les 12 heures qui suivent la naissance, ainsi que la première injection de la vacci­nation contre l'hépatite B. Cela prévient la transmission verticale dans 95% des cas. L'allaitement peut débuter dès la naissance.

Il n'existe pas de vaccination contre l'hépatite C. Toutefois, le taux de transmission verticale de cette hépatite n'est que de 5%, et aucune étude n'a jamais retrouvé qu'elle pouvaitêtre transmise par le biais du lait maternel, quel que soit le déroule­ment de l'allaitement. En conséquence, une mère séropositive pour l'hépatite C peut allaiter ; la situation pourrait être diffé­ rente chez les mères qui sont aussi séropositives pour le VIH, ou dont la virémie est très élevée. L'existence d'une séropositiv ité chez l'enfant sera recherchée à partir de 12 mois.

Une primo-infection à CMV n'est pas une contre-indication à l'allaitement Le CMV est retrouvé dans 40 à 70% des échantillons de lait mature des mères séropositives pour ce virus (soit 80% des femmes). Même si l'enfant est contaminé, ce qui est le cas de 2/3 des enfants allaités par une mère excré­tant le virus, l'infection sera asymptomatique, et le lait maternel apporte des anticorps à l'enfant ; de fait, ce mode de contami­ nation verticale représente une « vaccination » naturelle. Le risque est plus grand si la primo-infection a lieu pendant le premier trimestre de la grossesse, et si elle a lieu alors que la mère allaite (ou tire son lait pour) un bébé prématuré, malade ou souffrant d'un déficit immunitaire ; dans ce cas, l'enfant pourra présenter des signes cliniques (habituellement une pathologie respiratoire).


Infections locales


Si la mère développe une candidose mammaire, cela se manifestera généralement par une douleur mamelonnaire à type de brûlure ou de coup de couteau dans le sein. La mère et l'enfant doivent être traités ensemble. Des préparations locales seront utilisées en première intention. Si cela est insuffisant à guérir la candidose, un traitement antifongique systémique sera nécessaire. Dans les deux cas, l'allaitement peut être poursuivi.

Si la mère présente des lésions d'herpès ou de varicelle sur les mamelons, il faut suspendre l'allaitement. La mère devra tirer son lait et le jeter, et pourra reprendre l'allaitement après guérison des lésions locales. Cette suspension de l'allaitement est inutile si les lésions sont situées ailleurs que sur les mamelons (les couvrir soigneusement si elles sont situées à un endroit que l'enfant peut toucher facilement).



En conclusion

L'allaitement peut presque toujours être débuté ou poursuivi lorsque la mère souffre d'une pathologie infectieuse. Non seulement il est le plus souvent parfaitement inutile d'interrompre l'allaitement lorsque la mère souffre d'une telle infection, mais cette interruption peut en outre augmenter le risque d'infection chez l'enfant.

Le risque maximal de contamination pour la plupart des pathologies bactériennes et virales se situe avant l'apparition des premiers symptômes chez la personne atteinte ; c'est pendant que la mère ne présente encore aucun signe clinique que le risque de transmission à l'enfant est le plus élevé. Si l'allaitement est interrompu, l'enfant ne pourra bénéficier ni des anticorps spécifiques au germe infectant que la mère va excréter dans son lait, ni des autres facteurs anti-infectieux du lait maternel.

Il est important que les professionnels de santé rassurent la mère qui souffre d'une pathologie infectieuse, lui confirment que la poursuite de l'allaitement ne présente généralement que des avantages pour son enfant, et lui fournissent des informations sur les éventuels effets secondaires que pourra avoir le traitement sur son enfant. La mère pourra aussi se demander si le fait qu'elle soit malade et/ou qu'elle ait de la fièvre a un impact sur la composition de son lait. Vous pourrez lui dire que ce n'est pas le cas. Les taux de certains facteurs immunologiques ou de certains minéraux peuvent être légèrement différents en cas de maladie maternelle, mais ces différences sont peu significatives et n'auront aucun impact sur l'enfant.

Dans les rares cas où il s'avérera réellement nécessaire de suspendre l'allaitement, ils pourront aussi voir avec elle comment et pendant combien de temps tirer son lait afin d'entretenir sa sécrétion lactée et éviter les engorgements, et comment reprendre ensuite l'allaitement.

Bibliographie et Références complètes dans le DA n°45 p 21

Mise à jour le Mercredi, 18 Novembre 2009 21:06