Impact de l’allaitement chez des enfants souffrant de mucoviscidose Benefits of breastfeeding in cystic fibrosis : a single-centre follow-up survey. Colombo C, Costantini D, Zazzeron L et al. Acta Paediatr 2007 ; 96(8) : 1228-32.
Le but de cette étude était d’évaluer l’impact de l’allaitement sur la croissance, la fonction pulmonaire et l’incidence des infections pendant les 3 premières années, chez des enfants souffrant de mucoviscidose.
Pour cette étude rétrospective, on a inclus 146 enfants âgés de 5 à 18 ans, et suivis par un centre spécialisé de Milan (Italie). Des informations ont été recueillies sur divers facteurs socioéconomiques, démographiques, psychosociaux, ainsi que sur leur alimentation, et l’exposition au tabagisme passif. Leurs dossiers ont été analysés pour recueil des données médicales et anthropométriques pendant les 3 premières années de vie. La fonction pulmonaire a été évaluée au moment de l’étude.
La prévalence de l’allaitement était plus basse chez ces enfants que dans la population générale, tout particulièrement chez les enfants qui souffraient d’insuffisance pancréatique. Après analyse multivariable, la fonction pulmonaire était meilleure chez les enfants qui avaient été allaités longtemps, et ils avaient présenté moins d’infections pendant les 3 premières années de vie.
L’allaitement long est bénéfique pour les enfants souffrant de mucoviscidose, et il semble améliorer à long terme leur fonction pulmonaire. Il serait nécessaire de promouvoir activement l’allaitement de ces enfants.
Allaitement d’enfants souffrant de mucoviscidose
Survey of breast-feeding practices and outcomes in the cystic fibrosis population. EM Parker, BP O’Sullivan, JC Shea, MM Regan, SD Freedman. Pediatr Pulmonol 2004 ; 37(4) : 362-67. Mots-clés : mucoviscidose, morbidité, alimentation infantile.
Le but de cette étude était d’évaluer la prévalence de l’allaitement dans une population d’enfants souffrant de mucoviscidose, ainsi que les corrélations entre l’alimentation reçue par l’enfant et la sévérité des symptômes de mucoviscidose.
3200 questionnaires anonymes ont été distribués par le biais de 30 centres américains spécialisés dans le suivi de la mucoviscidose. 863 questionnaires ont été retournés. Toutes les données ont été ajustées pour l’âge de l’enfant, et les facteurs tels que le volume maximal expiré en 1 seconde (VEMS) et le nombre d’antibiothérapies ont été notés.
Environ 49% des enfants ont été allaités, mais seulement 18% ont été exclusivement allaités. Un allaitement exclusif de plus de 6 mois était corrélé avec une moindre sévérité de la maladie, et à une moindre fréquence des antibiothérapies. L’âge de l’enfant au moment de l’apparition des premiers signes cliniques n’était pas significativement modifié par l’alimentation reçue, toutefois il était légèrement plus tardif chez les enfants allaités. De même, les enfants qui avaient été exclusivement allaités pendant 6 mois et plus avaient un résultat légèrement meilleur pour le VEMS.
Les auteurs concluent que l’allaitement pourrait présenter des avantages pour ces enfants, et que dans tous les cas il ne présente aucun danger pour eux.
La mucoviscidose : comment une animatrice peut-elle aider
VM Hudson. Leaven 2002 ; 38(5) : 99-102.
La mucoviscidose
La mucoviscidose, ou fibrose kystique du pancréas, est la maladie génétique héréditaire la plus fréquente dans la population de race blanche dite caucasienne et la population sémite. Extrêmement grave, elle cause des dommages sévères au niveau pulmonaire et une déficience nutritionnelle, frappant les glandes séreuses et les glandes à sécrétion muqueuse. Elle atteint principalement l’appareil respiratoire, le tube digestif et ses annexes (pancréas, foie et voies biliaires), mais aussi les glandes sudoripares et le tractus génital. Même avec un traitement, le pronostic reste encore la survenue d’une insuffisance respiratoire, et une mort prématurée.
La transmission est autosomique récessive. Ainsi les deux parents peuvent porter l’anomalie sur un seul chromosome, et donc ne pas être malades. 4% de la population est porteuse. Le risque de rencontrer un autre porteur est d’environ un sur 400. Pour chaque conception d’un tel couple, le risque d’avoir un enfant malade est de 25%. La prévalence de la mucoviscidonse est de 1 / 2500-3000 naissances. Certains estiment qu’il y a environ 250.000 malades dans le monde.
La mucoviscidose affecte une protéine appelée la protéine CFTR (cystic fibrosis transmenbrane conductance regulator). L’anomalie au niveau de gène en cause entraîne un défaut de la protéine CFTR, déséquilibrant le niveau de chlore, sodium et d’eau intra et extra cellulaire ; ce déséquilibre modifie les caractéristiques du mucus, le rendant collant et visqueux, et obstruant les voies respiratoires et favorisants un terrain propice aux infections
Quelques enfants ont suffisamment de protéines CFTR normales, ce qui rend la maladie moins sévère. Classiquement on différencie les formes sévères des formes moins graves par l’existence d’une insuffisance pancréatique ou non. Néanmoins l’insuffisance pancréatique concerne la majorité des enfants atteints de mucoviscidose. Pour les enfants qui sont insuffisants pancréatiques, le diagnostic est fait dans la première année. Pour les formes sans insuffisance pancréatique le diagnostic n’est en général pas fait avant l’adolescence.
Avant l’existence des traitements enzymatiques, l’espérance de vie des sujets atteints d’insuffisance pancréatique était d’environ un an. Dans 3% des cas, le sujet meurt d’insuffisance hépatique. Le mucus peuvent aussi obstruer les canaux déférents chez les garçons, les rendant stériles. Chez les femmes, le mucus cervical trop épais diminue leur fertilité. Il peut aussi exister des problèmes au niveau des sinus par obstruction. Mais 97% des sujets atteints de mucoviscidose mourront d’insuffisance respiratoire. Un sujet atteint d’une mucoviscidose sévère va perdre 30% de sa capacité pulmonaire par an s’il n’est pas traité. L’espérance de vie moyenne des sujets atteints est de 23 ans, ce qui est un progrès par rapport à celle qui était la règle quand la maladie a été découverte. De grands progrès ont été faits dans le traitement de la maladie, et la moyenne de vie toute forme de mucoviscidose confondue est maintenant de 31 ans aux USA.
De plus en plus de pays font un dépistage sanguin au troisième jour de vie qui indique si un enfant est à risque de mucoviscidose
Allaitement et mucoviscidose
Les bébés allaités peuvent avoir une croissance presque normale jusqu’à l’âge de quatre à six mois, ou jusqu’à l’âge de l’introduction des solides. A ce moment, la croissance commence à stagner. Ils développent un oedème lié à la malnutrition. Les cheveux et les ongles peuvent arrêter de pousser. Les cheveux peuvent devenir roussâtres, en raison de la malnutrition.
Un bébé exclusivement allaité souffrant de mucoviscidose avec insuffisance pancréatique aura typiquement des selles vertes fluo dont la consistance est celle d’un pudding mou et gonflé sans particules caillées comme dans les selles d’un bébé allaité. La couleur vert fluo vient des vitamines non réabsorbées. L’aspect gonflé vient des graisses non réabsorbées. Les enfants mangeant des solides sont décris comme « gras et dégageant une odeur nauséabonde ». Ces enfants peuvent avoir de grandes difficultés à faire leurs selles mais peuvent aussi avoir des selles plus nombreuses que chez un enfant non malade.
Un élément qui n’est pas toujours présent est le refus des solides. Cela peut venir du fait que les glandes salivaires sont parfois obstruées. Ces enfants ont donc beaucoup de salive, qui est plus épaisse que la normale. De ce fait les aliments peu hydratés peuvent être difficiles à mastiquer. Les parents peuvent être amenés à ajouter beaucoup d’eau à la nourriture. Un autre élément est une transpiration abondante quand il fait chaud, parfois accompagné de dépôt de sel sur la peau quand elle sèche. Cela peut entraîner une attirance pour les aliments salés.
Chez les enfants avec insuffisance pancréatique, des compléments enzymatiques seront donnés à chaque prise alimentaire et avec les solides. Le plus souvent les enzymes sont mixés avec une sorte de substance type compote de pomme, et donnés à la cuillère. Des vitamines A, D, E et K seront nécessaires quotidiennement. Les selles d’un bébé exclusivement allaité seront immédiatement d’un jaune plus brillant que l’ocre jaune des selles normales pour un allaitement, et cela dés le démarrage des compléments enzymatiques et vitaminiques. Un aspect de lait caillé va apparaître, même s’il y aura toujours un aspect boursouflé malgré les enzymes. Si l’enfant ne grossit pas bien malgré les enzymes, le médecin peut recommander des suppléments à haut apport calorique. En fonction de l’âge de l’enfant au moment du diagnostic, son développement pourra être retardé. Cependant, l’enfant rattrape souvent complètement son retard à moment donné.
Quand le bébé commence les solides, il est possible qu’il développe une constipation occasionnelle, habituellement parce que les selles sont déshydratées. La consistance des selles devient dure et comme de la terre glaise ce qui entraîne constipation, hémorroïdes, reflux gastro-oesophagien, et dans de rares cas un prolapsus rectal. Dans la plupart des cas, la prise de jus de prune ou d’huile de paraffine résoudra le problème. Dans les cas plus grave une intervention chirurgicale pourra être envisagée.
Les enfants atteints de mucoviscidose devront être protégés des trop grandes chaleurs. S’ils commencent à transpirer abondamment une solution d’électrolytes rééquilibrera la balance hydrique. Même le lait humain ne peut pas corriger ce problème. Dans les climats chauds, l’air conditionné à la maison peut être quasiment indispensable.
Quand tous les traitements de la mucoviscidose sont mis en route simultanément (fluidifications, inhalations, enzymes, exercices etc.…), parents et enfants ont des journées très occupées. Un tableau avec tous les traitements et leurs horaires peut être très utiles.
Allaiter un enfant atteint de mucoviscidose présente de nombreux avantages. Le lait humain est hautement digeste, il contient ses propres lipases, et induit des selles liquides qui réduisent le risque de blocage intestinal. Le lait humain est connu pour diminuer l’incidence des infections respiratoires et intestinales, il a des propriétés anti- inflammatoires, il prévient les réactions allergiques et a des propriétés anti-infectieuses et anti-virales. Le lait humain contient des vitamines et des minéraux sous formes très assimilables, et est très riche en antioxydants et en DHA (substance dont manquent les enfants atteints). Le lait humain favorise une flore intestinale de bonne qualité, qui est essentielle pour une bonne digestion. Les enfants atteints de mucoviscidoses sont souvent sous antibiotiques et le lait humain aidera à rétablir la flore intestinale perturbée par les traitements. Dans le passé, les médecins spécialistes de la mucoviscidose, déconseillaient l’allaitement car l’accent était mis sur une prise de poids importante. Au regard de tous les bénéfices de l’allaitement pour une santé optimale, la prise de poids doit être replacé dans un contexte global de santé.
La plupart des problèmes des enfants atteints de mucoviscidose vont nécessiter un accompagnement médical. Malgré cela, une mère aura besoin d’aide pour mener un allaitement au mieux, pour s’assurer que l’enfant aura une ration de lait suffisante, puisqu’un enfant atteint de mucoviscidose a besoin du maximum de calories pour contrebalancer la malabsorption digestive.
Allaiter fréquemment et longuement afin de bénéficier du lait de fin de tétée, qui contient le plus de matières grasses est important. Mais aussi il peut être utile d’aider la mère à trouver la façon d’administrer à son enfant les enzymes pancréatiques dont il a besoin. Il peut aussi être nécessaire de chercher un moyen d’administrer des compléments sans interférer avec l’allaitement. La mère aura besoin d’une alimentation de bonne qualité pour s’assurer d’avoir l’énergie et l’endurance que va nécessiter la situation.
Plus que tout une mère dans cette situation a besoin d’une oreille attentive, tant le défit que représente la prise en charge d’un tel enfant est grand. Toute sa vie peut s’en trouver bouleversée. Le rêve qu’elle avait pu construire pour son enfant est détruit et elle doit en refaire un autre. Composer avec le système de santé peut être frustrant. Une aide attentive qui comprend la maladie et le changement de vie que cela entraîne, et qui la soutient dans son allaitement lui sera très précieuse.
L’allaitement a-t-il un impact sur la sévérité de la mucoviscidose et l’apparition des signes cliniques ?
Is the onset or severity of cystic fibrosis influenced by breastfeeding ? S. D. Freedman, B. P. O’Sullivan, M. M. Regan, E. M. Parker, and J. C. Shea. Beth Israel Deaconess Medical Center, Boston, MA and University of Massachusetts Medical School, Worcester, MA.
Bien que l’allaitement soit recommandé pour les enfants en bonne santé, on pensait initialement qu’il était déconseillé aux enfants atteints de mucoviscidose. Ce point de vue a changé dans les dix dernières années.
Le but de cette étude était de déterminer si l’allaitement affecte le démarrage et la gravité des symptômes de la mucoviscidose.
3500 questionnaires anonymes ont été envoyés à 30 centres spécialisés dans le traitement de la mucoviscidose. 618 questionnaires ont été renvoyés jusqu’ici et scannés informatiquement.
L’analyse statistique s’est restreinte aux enfants avec insuffisance pancréatique d’un âge inférieur ou égal à 15 ans, qui n’avaient pas présenté d’iléus méconial, ni de petits syndrome occlusifs. L’âge des premiers symptômes et du diagnostic, la VEMS (volume expiratoire maximum par seconde), les antibiotiques IV utilisés furent analysés par rapport aux caractéristiques de l’allaitement.
Une durée d’allaitement supérieure ou égale à quatre mois (exclusif ou partiel) était significativement corrélée à une apparition retardée des symptômes par rapport au non-allaitement ou à une durée d’allaitement inférieure à 4 mois (P = 0,4). 62,2% des enfants allaités exclusivement avaient un VEMS supérieur à 90% contre 51,5% des enfants non allaités, bien que la différence ne soit pas significative.
Les antibiotiques IV utilisés dans les deux dernières années montrent que 9,8 % des enfants exclusivement allaités ont eut deux antibiothérapies ou plus, et 65,9% n’ont pas eu d’antibiothérapie, contre respectivement 21,2% et 58,2% des enfants qui n’ont pas été exclusivement allaités (p= 0,014).
Un index de gravité incluant le VEMS et l’utilisation d’antibiotiques dans les deux dernières années démontre une relation inverse entre le nombre de mois d’allaitement et la gravité de la maladie chez les enfants d’un âge actuellement inférieur ou égal à quinze ans ( p= 0,049)
En se fondant sur cette analyse préliminaire, on peut dire qu’une durée d’allaitement supérieure ou égale à quatre mois est associée à une apparition plus tardive de la symptômatologie, et à une moindre gravité de la maladie. Il y a plusieurs explications potentielles pour ce résultat, incluant un biais de sélection et la consommation de constituants du lait humains que l’on ne retrouve pas dans le lait artificiel, comme le DHA (acide docosahexaénoïque). Des études chez des souris ont en fette constaté que certaines manifestations de la mucoviscidose seraient le résultat d’une augmentation de l’acide arachidonique et d’une diminution du DHA
La forte corrélation entre la prévalence de l’allaitement et un statut socio-économique plus élevé et la diminution du tabagisme suggère que l’allaitement pourrait être un marqueur pour d’autres facteurs contribuant au mieux-être des enfants atteints de mucoviscidose, et non une cause directe d’amélioration de la santé. En tout cas, cette étude indique que l’allaitement n’est pas nocif pour les enfants atteints de mucoviscidose, et qu’il peut être même protecteur.
Abstract 500 présenté à la 14ème journée annuelle nord américaine de la mucoviscidose Traduction Régine Prieur
Références :
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