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Plusieurs situations peuvent se présenter : les lymphangites sont une pathologie fréquente lors de l'allaitement. Il est aussi possible que la mère n'arrive pas à guérir d'un épisode de lymphangite. Elle peut présenter une alternance de périodes d'amélioration et d'aggravation. Elle peut aussi présenter de fréquents épisodes de mastites, parfois plusieurs par mois. Enfin, une lymphangite mal traitée (souvent suite à l'arrêt de l'allaitement du côté atteint) peut évoluer en abcès.
La poursuite de l'allaitement constitue une part essentielle du traitement des mastites et de la prévention des complications. Même une mère souhaitant vivement allaiter peut être complètement démoralisée par de multiples épisodes de mastites, alliant douleur et, éventuellement, fièvre et altération de l'état général. Vous pouvez assurer à cette mère qu'il est le plus souvent possible de résoudre son problème. Vous pourrez aussi lui assurer que sevrer son bébé lorsqu'elle souffre d'un épisode de mastite ne fera qu'empirer les choses.
Il sera nécessaire de passer en revue avec elle tous les facteurs susceptibles de jouer un rôle dans sa situation. Leur liste est longue, et il peut falloir plusieurs visites avant de trouver la solution.
Facteurs prédisposants
La fatigue et le stress
Le repos est nécessaire en cas de mastite.De très nombreuses mères ont constaté que les épisodes de leur vie entraînant une plus grande fatigue (réunions de famille, sorties nocturnes, voyages ...) ou un stress émotionnel (conflit, contrariété, sentiment d'une responsabilité trop lourde à assumer, etc.), ont bien souvent pour conséquence une mastite.
Beaucoup de mères veulent reprendre leurs activités antérieures et ne se rendent pas compte que ce qui les fatigue n'est pas tant le fait de devoir s'occuper du bébé que celui de vouloir continuer à assumer en outre toutes les tâches qui remplissaient leurs journées auparavant. Vous pourrez voir avec la mère comment elle peut organiser sa vie pour limiter la fatigue et le stress. Les besoins de son bébé et ses propres besoins doivent devenir une priorité. Eliminer toutes les activités non indispensables pour quelques temps pourra être nécessaire. Cette mère pourra avoir besoin d'apprendre des techniques de relaxation, ou des moyens de communiquer positivement avec le père du bébé pour obtenir de lui un meilleur soutien.
Une faible résistance aux infections
Il sera utile, surtout si la mère se sent chroniquement épuisée, de faire un bilan clinique et biologique à la recherche d'un éventuel problème. Une anémie, une carence en vitamines et/ou en oligo-éléments peuvent être responsable de mastites récidivantes. Le tabagisme peut encore aggraver le problème. Il sera utile de vérifier avec la mère si son alimentation est suffisamment variée et équilibrée. Une cure de fer, magnésium, vitamine C ... pourra s'avérer très efficace.
Des mamelons abîmés
Ils peuvent être dus à une mise au sein inadéquate, surtout pendant les premières semaines, à la survenue d'une candidose mammaire. Un bébé plus âgé peut aussi parfois mordre suffisamment fort pour blesser le mamelon qui a ensuite du mal à guérir. Toute blessure du sein favorise les mastites. Selon les circonstances, vérifier avec la mère la technique de mise au sein, rechercher les signes de candidose, suggérez à la mère des moyens d'éviter de se faire mordre, ou des positions d'allaitement variées qui pourront rendre la douleur plus supportable.
Il sera nécessaire d'examiner le mamelon : des mamelons ombiliqués peuvent favoriser l'apparition de mastites. Un mamelon peut être momentanément rétracté par un abcès sous-jacent, sans qu'il soit ombiliqué en permanence. L'utilisation routinière de certaines pommades, crèmes ou lotions peut détruire les défenses naturelles de la peau. Le port en permanence de coquilles peut aussi favoriser les mastites en créant un milieu chaud et humide qui favorise la macération, en comprimant les seins et en favorisant une hypersécrétion lactée.
La sécrétion de lait surabondante
Elle sera souvent cause d'engorgements à répétition, ce qui augmente la fréquence des mastites. Il sera utile de voir avec la mère les moyens qui pourront lui permettre de diminuer la sécrétion lactée, tels que ne donner qu'un seul sein par tétée (en laissant le bébé téter aussi longtemps qu'il le souhaite), suppression des coupelles ... Si la mère présente de fréquents engorgements, tirer un peu de lait du sein engorgé (juste ce qui est nécessaire pour obtenir un soulagement) pourra améliorer son confort.
Des tétées irrégulières
Elles augmentent le risque d'engorgement et de canal lactifère bouché, facteurs favorisants des mastites. Demandez à la mère si : • Elle limite le temps que son bébé passe au sein. Ses seins peuvent alors ne jamais être correctement « vidés ». • Le bébé a de longues périodes de sommeil à certains moments de la journée (en particulier la nuit), alors qu'il tète fréquemment à d'autres périodes. • Des périodes de plus de 4 à 6 heures sans tétée seront souvent suivies d'engorgement, surtout si les seins sont très stimulés à d'autres moments de la journée. • Le bébé a des biberons de compléments. Quel que soit le contenu de ces biberons, leur conséquence sera l'espacement des tétées. • Elle donne une sucette au bébé. Avec quelle fréquence ? Cela aussi diminue le temps passé au sein. • Il y a eu un changement dans les modalités de l'allaitement, telles que : Le bébé « fait sa nuit » de façon occasionnelle : engorgement après une nuit sans tétée. Diminution brutale du nombre des tétées suite à la reprise d'un travail à l'extérieur, ou de toute autre occupation prenante de la mère. Remplacement d'une ou plusieurs tétées par des compléments ou des solides. « Grève de la tétée » : le bébé refuse le sein plus ou moins totalement pendant une période plus ou moins longue.
La compression du sein
Toute pression ferme et/ou persistante sur le sein res-treindra ou bloquera l'écoulement du lait. Cela peut être provoqué par : • Un soutien-gorge mal adapté, trop serré, présentant des coutures épaisses ... Des vêtements trop serrés. • L'usage régulier d'un porte-bébé ou le portage fréquent de tout objet lourd appuyant sur les seins. • L'utilisation de coupelles ou de protèges mamelons qui exercent une pression sur les seins, s'ils sont utilisés avec un soutien-gorge dont la taille devient alors limite. • Le fait de dormir dans une position telle que les seins sont comprimés. • Des tétées longues avec un bébé qui appuie sur le sein avec sa tête ou sa main. Le fait que la mère elle-même appuie régulièrement sur son sein dans le but de dégager le nez du bébé. • Un massage trop énergique du sein, ou le fait de tirer son lait avec trop d'énergie, un coup reçu sur le sein, sont aussi source de compression.
Une mise au sein incorrecte et/ou une succion inefficace
Si le bébé est mal mis au sein, il n'a pas le mamelon suffisamment loin en arrière dans la bouche et il ne pourra pas extraire le lait avec suffisamment d'efficacité. Outre la douleur (voire les crevasses) expérimentées par la mère, cela pourra provoquer des engorgements ou des obstructions de canaux lactifères. Tous ces facteurs favorisent les mastites, ainsi qu'une prise de poids insuffisante du bébé. Vous pourrez revoir avec la mère comment bien mettre son bébé au sein.
Le bébé peut aussi être somnolent et s'endormir pendant la tétée. Il ne tétera alors pas suffisamment pour "vider" le sein. La mère devra alors stimuler son bébé pour l'amener à téter plus souvent, ou même tirer son lait jusqu'à ce que son bébé devienne plus efficace.
Un mauvais drainage du sein
L'utilisation de bouts de sein ne permet pas au bébé d'extraire le lait de façon aussi efficace. Outre le fait que leur utilisation régulière diminuera la sécrétion lactée, le drainage insuffisant du sein qu'ils entraînent favorise engorgements et mastites. Il sera utile de voir avec la mère les raisons pour lesquelles elle les utilise, et comment les supprimer.
Des dépôts de lait séché au niveau de l'orifice aréolaire des canaux lactifères peuvent boucher un ou plusieurs de ces derniers. Si ces derniers se bouchent régulièrement, cela peut être dû à un déséquilibre dans l'apport alimentaire en graisses. La diminution d'apport en graisses saturées et leur remplacement par des huiles insaturées, si nécessaire la prise de compléments de lécithine, pourront être très efficaces dans ce cas. L'application d'une compresse humide et chaude sur le mamelon avant de tirer le lait pourra aider à l'élimination du bouchon.
Les lésions mammaires
Des antécédents de biopsie, de chirurgie, de blessure, d'abcès ... augmentent le risque de mastite. Des canaux lactifères peuvent avoir été sectionnés. Dans ce cas, les mastites surviennent toujours au même endroit du sein. Le problème pourra se résoudre avec le temps, la glande mammaire involuant dans la zone ne pouvant pas se drainer. Il pourra parfois devenir nécessaire d'allaiter uniquement avec le sein non concerné.
Un problème allergique
Mme M. Minchin pense que les mastites peuvent faire partie de la réponse immunitaire de la mère en cas d'allergie. Elle a observé que, dans un groupe de femmes présentant des problèmes allergiques, les mastites faisaient partie d'un ensemble de symptômes d'intolérance indiquant une participation vasculaire, les troubles dispa-raissant (y compris les mastites) quand la femme avait identifié et éliminé l'allergène.
La mastite aiguë
« Mastite » est un terme générique utilisé pour dénommer une inflammation du sein répondant aux critères suivants : • Début soudain • Généralement unilatérale • Localisée, avec une zone rouge et chaude • Douleur intense, localisée à la zone touchée • Fièvre > 38,5°, « syndrome grippal », avec parfois nausées et vomissements.
Ces symptômes peuvent indiquer une infection au niveau du sein. Les germes les plus fréquemment rencontrés sont le Staphylocoque Doré, E. Coli, et rarement un Streptocoque. Il n'est cependant pas toujours possible de dire s'il y a réellement une infection bactérienne, ou si les symptômes sont dus uniquement à l'inflammation. Il est à noter que le lait n'est normalement pas stérile et que seulement 50 % des mastites sont infectieuses. Thomsen et al décrivent trois stades de mastite en fonction du comptage cellulaire : • la stase, avec moins de 106 leucocytes et moins de 103 bactéries/ml de lait ; • l'inflammation avec plus de 106 leucocytes et moins de 103 bactéries ; • la mastite infectieuse, avec plus de 106 leucocytes et plus de 103 bactéries.
Il est classique de dire que la mastite se voit surtout pendant le premier trimestre. Toutefois, cette notion est maintenant remise en question. Elle guérira le plus souvent avec quelques mesures simples, d'autant que de nombreuses mères expérimentent une « mastite » avec essentiellement des signes locaux et pas ou peu de fièvre et de signes généraux. Il sera cependant nécessaire d'être particulièrement vigilant et d'adjoindre un éventuel traitement médicamenteux si : • La mastite est bilatérale. Les symptômes sont généralement plus sévères. Cela se voit surtout lors des mastites contractées en maternité. • Elle survient pendant les dix premiers jours post-partum. Elle a probablement été contractée pendant le séjour en maternité et peut alors être causée par un germe particulièrement virulent. • Le mamelon est crevassé, avec signes locaux d'infection. • Il y a du pus ou du sang dans le lait. • Il y a une lymphangite à partir de la zone inflammatoire et/ou des adénopathies. • Il y a une importante altération de l'état général. • Dans certaines conditions, en cas de tuberculose dans l'entourage.
La poursuite de l'allaitement ne posera généralement pas de problème pour le bébé. Les anticorps du lait maternel le protègent. La mastite guérira plus vite et avec un meilleur confort pour la mère et son bébé s'il n'y a pas d'interruption, même temporaire, de l'allaitement. Les complications (en particulier les abcès) sont beaucoup plus fréquentes quand le sein n'est pas correctement drainé. Et aucun tire-lait n'a l'efficacité du bébé pour ce faire.
Manifestations physiologiques
Des études ont constaté une baisse de 17 à 54% du taux de lactose dans le lait sécrété par le sein atteint de mastite ; on a aussi constaté une augmentation du taux de sodium, qui peut être multiplié par 34. Des études ont observé que le taux de sodium pouvait être plus élevé que la normale même dans le lait du sein non affecté par la mastite, ce qui suggère une réponse systémique. Cela pourrait aussi être le signe d’une inflammation infra-clinique dans le sein non atteint.
Des auteurs ont constaté que le taux lacté de sodium était un bon indicateur du déroulement normal de la lactation. Normalement, ce taux diminue pendant les premières semaines, et le maintien d’un taux élevé est généralement associé à une sécrétion lactée insuffisante et à un échec de l’allaitement. De plus en plus d’études ont donc utilisé le taux lacté de sodium comme indicateur de mastite. Cependant, un taux élevé de sodium ne peut pas être considéré comme un indicateur fiable de mastite, en de-hors de toute évaluation clinique. D’autres facteurs bien connus d’élévation du taux de sodium sont le démarrage de la lactation, l’involution mammaire (introduction d’autres aliments par exemple) et la grossesse.
Une étude évaluant l’impact de la nutrition sur les facteurs immunologiques du lait maternel a constaté une corrélation positive significative entre l’augmentation du rapport sodium / potassium et le taux de facteurs immunologiques tels que les IgA, la lactoferrine, le lyzosyme et l’IL-8. Dans la mesure où l’IL-8 est une protéine pro-inflammatoire, les auteurs estimaient que l’augmentation du taux lacté de sodium était la conséquence d’une inflammation locale.
Mais l’augmentation locale des cytokines pourrait aussi être en rapport avec une infection systémique. Dans la mesure où les échantillons de lait prélevés ont été mélangés pour chaque mère, il est impossible de savoir ce qui se passait au niveau de chaque sein en fonction des symptômes locaux. En conséquence et avant de pouvoir affirmer que l’élévation du taux de sodium est un indicateur fiable de mastite, il est indispensable de faire une étude où les taux lactés de sodium et de divers facteurs immunitaires seront recherchés, et où la symptomatologie sera prise en compte.
Quel traitement
Il est important de commencer le traitement dès l'apparition des premiers symptômes, généralement apparition d'une plaque rouge et douloureuse sur le sein, avec sensation de malaise général. Il sera donc utile que toute mère connaisse ces signes et que vous lui expliquiez que faire dans ce cas.
Allaiter fréquemment du côté atteint
C'est un facteur capital du traitement. Le fait de drainer le sein est essentiel pour éviter les complications. La mère devra être encouragée à mettre son bébé au sein toutes les deux heures dans la journée et au moins une fois la nuit, jusqu'à disparition des symptômes.
Le sein étant douloureux, vous pouvez conseiller à la mère de commencer la tétée par le sein non atteint. Une fois le réflexe d'éjection déclenché, elle changera le bébé de sein. Le lait coulera facilement et le bébé n'a pas besoin de téter aussi vigoureusement. Il sera aussi utile de varier les positions d'allaitement. Le fait que le bébé pose ses gencives à des endroits différents du sein aidera à déboucher un canal lactifère bouché. Cela pourra aussi rendre la tétée moins douloureuse.
Il sera essentiel de s'assurer que le bébé est bien mis au sein et qu'il tète efficacement, tant pour la guérison de la mastite en cours que pour la prévention de récidives. Revoir avec la mère la technique de mise au sein, et comment elle peut s'assurer que son bébé tète efficacement.
Se reposer
La mère devra être encouragée à se reposer jusqu'à la fin de l'épisode de mastite. C'est là aussi une part importante du traitement. Cette mère pourra avoir besoin de reconsidérer ses priorités par rapport à ses diverses activités. L'idéal est que la mère puisse s'installer au lit avec son bébé pendant un ou deux jours, en ne faisant rien d'autre qu'allaiter. Ensuite, il est souhaitable qu'elle continue à se reposer davantage pendant encore quelques jours afin d'éviter une rechute. Si c'est impossible, vous pourrez lui suggérer de prendre au moins le temps de s'allonger quelques heures dans la journée.
Massages et applications
La mère pourra masser délicatement la zone atteinte avec toute la main. Elle pourra faire des applications froides ou chaudes (en fonction du soulagement ressenti), voire alterner les deux. L'application de chaleur pendant quelques minutes, suivie d'un massage même doux juste avant de mettre le bébé au sein pourra apporter un soulagement apprécié. Si la douleur rend le massage très doux très pénible, il est possible d'exercer un « massage doux » par le simple fait d'effectuer quelques mouvements de circumduction de l'épaule côté atteint.
Eviter la pression sur les seins
Il sera utile de ne pas porter de soutien-gorge pendant quelques jours. Si la mère trouve cela inconfortable, vous pouvez lui suggérer d'utiliser un soutien-gorge de taille supérieure et d'éviter d'en porter un pendant la nuit. La mère devra reconsidérer l'adaptation des soutien-gorge qu'elle porte habituellement, ainsi que l'usage de coupelles ou boucliers. Proscrire les vêtements trop serrés. Porter le bébé de préférence avec un porte-bébé pouvant être mis sur le dos.
Traitement médicamenteux
Dans la plupart des cas, si le traitement est commencé précocement, les mesures ci-dessus suffiront à entraîner une disparition ou une amélioration franche des symptômes en 24 à 48 heures. Si aucune amélioration quant à la fièvre et aux signes généraux ne se manifeste au bout de 24 heures (voire plus rapidement si la mère présente un ou plusieurs des signes d'alertes décrits au début de cet article), vous pourrez souhaiter lui prescrire en outre un traitement médicamenteux : antibiotiques, antalgiques ...
Les tétées fréquentes et le repos restent cependant une part essentielle du traitement. Selon le Dr Lawrence, les classiquement utilisés sont les pénicillines M (Bristopen°, Orbénine°), ou l'amoxicilline (Clamoxyl°, Agram°), don-nées pendant dix jours, pour prévenir les récidives. En cas d'étiologie streptococcique, on préférera la pénicilline G (Oracilline°). Après un mois post-partum, et/ou devant une mastite non compliquée, la pénicilline G, l'ampicilline (Totapen°, Penicilline°) ou l'érythromycine (Ery 500°, Propiocine 500°) peuvent être utilisées en première intention.
Il faut cependant noter qu’actuellement les sou-ches bactériennes pouvant être responsables de la mastite sont de plus en plus souvent résistantes aux antibiotiques. La plupart des auteurs recom-mandent donc, en cas de traitement antibiotique, l’utilisation d’une pénicilline résistante à la péni-cillase.
Les suites
Après une mastite, la concentration en chlorure de sodium dans le lait maternel provenant du sein atteint peut être plus élevée, ce qui donne au lait un goût salé qui disparaîtra en moins d'une semaine. Certains bébés pourront ne pas apprécier et montrer une nette préférence pour l'autre sein. Vous pourrez suggérer à la mère quelques techniques pour l'aider à faire accepter le sein au bébé (voir LLLettre des AM n° 9, bébé refuse un sein). Elle pourra aussi, si le bébé refuse absolument de téter le sein concerné, tirer son lait jusqu'à ce que celui-ci retrouve un goût acceptable, afin d'éviter l'engorgement.
Mastites chroniques et récidivantes
Une mastite peut ne pas être guérie au bout de plusieurs jours, ou récidiver après un intervalle libre de quelques jours. Cela est souvent causé par le fait de ne pas allaiter avec le sein touché, ou par un traitement antibiotique mal adapté ou poursuivi insuffisamment longtemps.
Si la mastite récidive dès la fin du traitement, il pourra être utile de faire des prélèvements en vue d'un examen bactériologique avec antiobiogramme, afin d'adapter le traitement au germe retrouvé. Des prélèvements au niveau de la gorge et du nez du bébé pourront aussi être utiles, ce dernier pouvant être porteur d'un germe et réinfecter régulièrement sa mère.
Une cause de mastite chronique est l'infection à Candida, et ce d'autant plus que la prise d'antibiotiques la favorise. Dans ce cas, l'enfant et la mère devront être traités simultanément, ainsi que, si nécessaire, le compagnon de la mère.
Certaines mastites chroniques récidivent ou se réaggravent dès arrêt du traitement antibiotique, même poursuivi pendant plusieurs semaines. Il pourra être utile, dans ce cas, de mettre en place un antibiothérapie à doses filées qui sera poursuivie pendant des semaines, voire des mois. Une révision générale de l'hygiène de vie de la mère sera généralement très utile.
Les mastites itératives
Les périodes de mastites surviennent tous les quelques jours à toutes les quelques semaines. La mastite peut affecter toujours le même endroit du même sein : une lésion mammaire peut en être la cause. Elle peut affecter n'importe quel endroit d'un des deux seins, bien que le quadrant supéro-externe des seins soit statistiquement le plus souvent touché. L'état général est souvent en cause : fatigue, stress, carence ...
L'abcès du sein
Il représente la complication rare d'une mastite généralement mal traitée, la principale cause étant un drainage insuffisant du sein atteint (arrêt de l'allaitement du côté atteint, par exemple). Cela serait dû en partie au fait qu'il se passe deux à trois jours avant que les taux d'immuno-globulines et de lactoferrine augmentent dans le lait non tiré, délai pendant lequel le sein est plus vulnérable devant l'infection et explique la fréquence des abcès chez les femmes qui cessent d'allaiter du côté atteint quand elles ont une mastite. La zone atteinte devient plus rouge, enflée et douloureuse, les signes généraux s'aggravent. Du pus peut sortir au mamelon.
Un abcès collecté nécessite un drainage chirurgical. Dans leur livre "Bestfeeding : getting breastfeeding right for you", Chloe Fisher et Mary Renfrew affirment que l'allaitement peut être poursuivi, même si du pus sort au mamelon (en cas de drainage de l'abcès par un canal lactifère), sans que cela cause de problème au bébé. Si la mère hésite à poursuivre l'allaitement du côté atteint, il lui faudra tirer son lait régulièrement : un bon drainage du sein est indispensable à la guérison. L'enfant peut être mis au sein dès le drainage chirurgical de l'abcès effectué, si l'incision est suffisamment loin du bout du sein. Dans le cas contraire, la mère devra tirer son lait jusqu'à cicatrisation.
Le Dr R. Lawrence préconise l'aspiration sous échographie chaque fois que l'abcès peut être localisé avec précision par ce moyen, ce qui évite une hospitalisation. Un traitement antibiotique peut être institué parallèlement. La poursuite de l'allaitement après le traitement chirurgical pourra retarder la cicatrisation, et la mère devra être prévenue que du lait peut sortir par l'incision. Mais le drainage efficace du sein que permet l'allaitement diminue le risque d'engorgement et de réinfection.
Un problème « moderne » ?
Déterminer l’étiologie de la mastite, ainsi que le mode de réaction du corps, est important pour améliorer la préven-tion et le traitement. Dans les pays industrialisés, 80% à 90% des femmes qui consultent un professionnel de santé pour une mastite se voient prescrire un traitement antibiotique. Il serait donc utile de voir si un tel traitement est réellement nécessaire et utile, tout particulièrement en cas de mastite inflammatoire. Les études menées dans les pays industrialisés retrouvent une prévalence des mastites comprise entre 20 et 30%, pour la plupart d’entre elles. Or, une étude effectuée en Gambie dans des conditions décrites par les auteurs comme des « allaitements longs dans des conditions très médiocres d’hygiène alliées à un environnement hautement contaminé » a retrouvé une incidence mensuelle de 2,6% de mastites, ce qui est considérablement plus bas que ce qui a été constaté dans les pays industrialisés. D’autres études menées sur des populations traditionnelles ont aussi constaté des taux de mastites beaucoup plus bas que ce qui est observé dans les pays industrialisés.
Il semble donc que les mastites soient essentiellement un problème rencontré chez les femmes des pays industrialisés. Est-ce lié à des pratiques différentes d’allaitement, qui augmentent chez nous le risque de mastite ? A un environnement différent ? Nos sociétés se caractérisent par une perte du savoir traditionnel concernant l’allaitement, transmis au sein de la famille. Une étude récente a soulevé l’hypothèse de « l’excès d’hygiène » qui est un problème courant dans les pays occidentaux : une exposition insuffisante aux germes pathogènes pendant l’enfance induit un mauvais fonctionnement de notre système immunitaire ; notre lutte obsessionnelle contre les microbes pourrait avoir pour résultat de fragiliser vis-à-vis des infections dans la population générale, et donc de favoriser la survenue des mastites chez les femmes allaitantes. L’étude de la prévalence des mastites dans diverses sociétés et cultures, ainsi que celle de l’impact de la conduite pratique de l’allaitement et des modalités de l’environnement seraient très intéressantes.
Il est aussi intéressant de constater que les femmes des pays industrialisés sont les seules femelles mammifères à « soutenir » leurs glandes mammaires dans des soutiens-gorge. La compression du sein par le soutien-gorge est un facteur de risque de mastite et de canaux lactifères bouchés. Le soutien-gorge peut interférer avec le drainage veineux ou lymphatique du sein, ou limiter l’écoulement du lait. Une étude a constaté des variations de volume du sein lactant pouvant aller jusqu’à 600 ml dans une même journée ; avec des variations aussi importantes, on ne peut raisonnablement pas attendre d’un soutien-gorge qu’il assure un bon maintien sans jamais comprimer les seins.
En conclusion
La mastite est une des affections les plus fréquentes chez la mère allaitante. La prévention reste essentielle, et la mère devra connaître les facteurs la favorisant. Elle devra aussi pouvoir en reconnaître les signes de début, afin d'appliquer immédiatement les mesures thérapeutiques nécessaires : tétées fréquentes, repos, massages ..., et savoir à quel moment consulter. La mastite guérie, il lui sera utile de rechercher avec vous le ou les facteurs déclenchants afin de prévenir une récidive. La survenue de mastites récidivantes et/ou fréquentes nécessite une prise en main énergique à la recherche des facteurs favorisants. Plusieurs facteurs peuvent être en cause simultanément. Il pourra falloir du temps avant de venir à bout du problème, étant donné le nombre de causes possibles et leurs éventuelles imbrications.
Pour poursuivre l'allaitement sans être trop découragée par les problèmes dont elle souffre, la mère aura besoin de votre soutien compréhensif. Un programme détaillé comportant le passage en revue de toute la pratique de l'allaitement, l'instauration de repos, d'une diététique appropriée, de relaxation ou d'un mode de vie différent, et d'un bon drainage des seins devra être mis en place.
Même si nos connaissances sur les mastites se sont nettement améliorées, nous ignorons encore beaucoup de choses sur le sujet. Le fait que les réponses physiologiques du sein pendant la lactation puissent induire des manifestations similaires à celles d’une infection soulève de nombreuses questions. Les modifications physiologiques qui surviennent dans la glande mammaire pendant une mastite, ainsi que les modifications dans la composi-tion du lait, n’ont été étudiées que sur quelques échantillons, et selon une méthodologie manquant de rigueur. Beaucoup de faits concernant les mastites restent inconnus, et beaucoup de pistes intéressantes restent à explorer, afin d’acquérir une meilleure compréhension de ce phénomène, et d’améliorer sa prévention et son traitement.
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Références
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