Allaiter Aujourd'hui n°35

De quoi a t'on vraiment besoin
quand on allaite ?


Dans notre société, qui dit "bébé" dit dans le même temps matériel de puériculture. On voit maintenant, à l'occasion des naissances, se constituer, à l'instar des listes de mariage, des "listes de naissance". Si le principal intéressé pouvait parler, il nous dirait, je pense, que pour assurer sa survie il n'a besoin que de deux choses : le lait de sa mère et la chaleur des bras de ses parents.

 

Un bon livre

Nourrir son petit de son lait est un geste tout ce qu'il y a de plus naturel, mais qui s'inscrit dans une culture qui donne ou non l'exemple. Or en France, où plus d'un nouveau-né sur deux ne connaîtra jamais le sein et où beaucoup d'allaitements se terminent avant la fin du premier mois, la culture dominante est pour l'instant plutôt celle du biberon...

Allaiter est un art qui s'apprend, et s'offrir pendant la grossesse un livre sur l'allaitement, écrit par des mères "artistes" en la matière, ne peut qu'aider à s'y préparer. Si une chose est indispensable, c'est bien L'Art de l'allaitement maternel (1), qui allie informations théoriques et pratiques avec de nombreux témoignages, ce qui permet à toutes les mères qui le lisent de se sentir concernées et de se retrouver dans cet ouvrage.

Depuis quelques mois, LLLF propose un autre livre, plus condensé mais tout aussi utile, L'Allaitement tout simplement (1).

Ne pas oublier d'y glisser les numéros de téléphone des animatrices LLL les plus proches, pour ne pas avoir à les chercher si l'on en a besoin.

 

Un bon porte-bébé

Porter son petit est un geste traditionnel qui depuis la nuit des temps, garantit sa sécurité, le réconforte et permet de pourvoir à ses besoins (notamment l'allaiter à la demande).

Mais porter un bébé, ce n'est pas le suspendre ! Si l'on a un modèle classique type "kangourou", il faut bien s'assurer que l'assise sur laquelle repose l'enfant est assez large pour lui permettre d'être comme assis, les jambes bien écartées. D'autre part, plus le bébé sera porté haut, ses cheveux frôlant le menton de l'adulte porteur, moins ce dernier risque d'avoir mal au dos (2).

LLLF espère, dans les mois qui viennent, pouvoir mettre à disposition des parents un porte-bébé type "hamac" qui s'inspire du portage sud-américain et n'a rien à voir avec le type "kangourou".

 

Crèmes et pommades

Que faut-il penser des divers "gadgets" de l'allaitement qui sont proposés sur le marché ?

Une des premières choses qui sera conseillée à la nouvelle maman qui allaite, c'est une pommade pour ses mamelons. Or il existe un produit naturel, toujours disponible, gratuit, qui a une bonne odeur, un bon goût, non allergisant et efficace, auquel on ne pense pas assez : le colostrum et le lait de fin de tétée, gras pour lubrifier le mamelon, plein d'anticorps pour éviter une surinfection et de facteurs de croissance pour régénérer la peau.

Toute pommade qu'il faut enlever avant la tétée ou qui contient de nombreux constituants, est à déconseiller. LLL ne cautionne que la lanoline purifiée, qui a fait ses preuves d'efficacité (avec un risque d'allergie considérablement réduit par rapport à une lanoline classique). Elle est désormais disponible en France sous le nom de "Purelan", commercialisée en pharmacie par Médéla.

Quel est l'intérêt de la lanoline purifiée ? Le mamelon, après la tétée, est gorgé d'eau. L'essuyer avec un linge va enlever l'humidité extérieure, source de macération. Mais les cellules de la peau doivent retrouver leur état d'hydratation naturel. La lanoline modifiée laisse circuler l'air, ce que ne font pas forcément d'autres excipients tels la vaseline, et ralentit donc l'évaporation cutanée, ce qui contribue à une bonne hydratation de la peau. S'il y a crevasse, les tissus abîmés seront aidés à se réhydrater, il n'y aura pas formation de croûte et la crevasse guérira plus facilement (3).

Par contre, l'utilisation d'un sèche-cheveux, qui a été un temps préconisée, va à l'encontre du but recherché, car la chaleur excessive déshydrate les cellules cutanées.

Quand on soigne un mamelon abîmé, il faut se demander si on agirait de même sur des lèvres gercées, et du coup certaines recommandations se révèlent tout à fait inappropriées.

 

Coquilles et coussinets

Certaines mères apprécient le port de coquilles recueille-lait au moment de l'engorgement mammaire, à condition qu'elles soient portées dans un soutien-gorge bien ample pour ne pas écraser le sein et qu'elles soient un peu aérées pour éviter la macération du mamelon.

Les porter 24 h sur 24 après la sortie de maternité génère en général plus d'inconvénients que d'avantages. Bien sûr elles évitent les auréoles de lait sur les vêtements, mais elles entraînent souvent une sur-stimulation de la lactation et un risque d'engorgement.

Les porter simplement pendant la tétée sur le sein non tété quand celui-ci coule comme une fontaine, semble raisonnable. Si l'on veut conserver le lait ainsi recueilli, il faut qu'il le soit en un temps relativement court, soit moins d'une demi-heure, pour éviter une contamination microbienne : dans une coquille restée bien au chaud une heure sous un vêtement, le nombre de microbes est multiplié par trois.

En-dehors des coquilles recueille-lait il existe des coquilles "forme-mamelon" et d'autres "protège- mamelon" (4). Elles ont de très nombreux trous d'aération pour laisser circuler l'air. La partie en contact avec la peau est en silicone et donc souple. L'ouverture par laquelle passe le mamelon est fonction du but recherché : petite quand il s'agit d'inciter pendant la grossesse un mamelon ombiliqué à se déployer ; large quand il s'agit d'éviter tout frottement à un mamelon irrité. Mais dans une situation comme dans l'autre, une correction de la position du bébé au sein suffira le plus souvent à résoudre ces difficultés, rendant inutiles ces gadgets.

Les coquilles ne sont pas le seul moyen de pallier aux fuites de lait. Il existe des coussinets à glisser dans le bonnet du soutien-gorge, soit les coussinets jetables à usage unique, soit les coussinets lavables, plus absorbants et plus économiques (4) et (5). Certaines femmes utilisent des mouchoirs en coton ou pour la nuit, des serviettes hygiéniques ultra-minces et super-absorbantes, voire des couches pour bébé qu'elles coupent (6).

Il faut aussi savoir que comprimer le mamelon peut suffire à stopper l'écoulement de lait.

 

Soutiens-gorge et habits

Toutes les femmes ne perdent pas du lait pendant ou en-dehors des tétées, toutes n'ont pas besoin de se protéger des fuites, ce qui permet de dormir sans soutien-gorge (ce que le conjoint apprécie en général...). Dans la journée la plupart préfèrent porter, au moins les premières semaines, un soutien-gorge d'allaitement. Il y en a de nombreux modèles, plus ou moins seyants, mais dans notre expérience, ceux qui s'ouvrent grâce à une fermeture éclair placée sous les bonnets sont les plus discrets et les plus pratiques, car on peut les ouvrir et les fermer d'une seule main tout en tenant le bébé de l'autre bras (5).

Pour plus de discrétion, afin d'allaiter en toutes circonstances, rien ne vaut les tenues deux-pièces (sweat et caleçon, T-shirt et jupe, etc.). Avec un peu d'habitude, dès que le bébé manifeste son envie de téter et donc avant qu'il n'ait ameuté l'entourage par des pleurs, on arrive à relever incognito le haut du vêtement, à glisser le bébé qui prend le sein tout seul, à laisser retomber le vêtement, et hop, le tour est joué : bébé tète dans l'indifférence générale car on ne voit rien (vous pouvez vous exercer devant une glace). La seule chose qui puisse vous trahir, ce sont les bruits de déglutition d'un petit glouton ! (7)

 

Bouts de sein : attention !

Face à certains bébés qui ont des difficultés à prendre le sein ou devant des mamelons douloureux, la solution semble être, pour nombre de personnes non averties, le port d'un bout de sein.

Il y a quelques années, il s'agissait d'une tétine montée sur un petit entonnoir en verre ou en plastique. Actuellement le bout de sein ressemble à un petit chapeau mexicain en silicone, qui vient recouvrir le mamelon.

Comme il ne faut jamais dire "jamais", reconnais-sons que certaines mères ont vu leur allaitement sauvé par cet ustensile. Mais notre expérience au quotidien nous a plus souvent mises en contact avec des femmes, très nombreuses, pour qui les bouts de sein ont été à l'origine d'autres difficultés : manque de lait par moindre stimulation des récepteurs nerveux au niveau de l'aréole, refus du bébé d'abandonner cet ustensile et de reprendre le sein "nu", contamination par du muguet.

En toute dernière extrémité, si l'aide de personnes compétentes en matière d'allaitement n'a pas suffi à résoudre le problème, on peut envisager l'utilisation momentanée d'un bout de sein (8) ; l'objectif étant de s'en débarrasser le plus vite possible (essayer de l'utiliser sur un sein sur deux, une tétée sur deux, au début de la tétée seulement, etc.).

De nouveaux bouts de sein "contacts" viennent de sortir sur le marché. Ils sont plus minces et échancrés au niveau du nez du bébé, et semblent préférables aux modèles classiques (4).

 

Les tire-lait

Et si le lait ne peut pas passer directement du producteur au consommateur? C'est souvent le cas lorsqu'un nouveau-né est hospitalisé et que la lactation est à mettre en route avec un tire-lait.

Mieux vaut alors choisir un tire-lait qui soit le fruit de la technologie moderne, d'un look moderne et peu bruyant, plutôt que des modèles qui auraient plus leur place dans un musée hospitalier ! Les modèles récents de tire-lait électriques proposent des kits permettant de tirer les deux seins en même temps (4). D'où une sur-stimulation qui produit davantage de prolactine (l'hormone responsable de la fabrication du lait). Il y a donc plus de lait extrait en moins de temps, ce qui est très appréciable quand il faut tirer son lait durant plusieurs semaines tout en faisant des allers-retours vers l'hôpital pour voir le bébé.

Si la séparation d'avec le bébé n'est que ponctuelle, un tire-lait n'est pas indispensable. Apprendre à exprimer son lait à la main rendra service en maintes occasions. Un fabricant a même commercialisé une coupe-entonnoir (4) qui s'adapte sur un biberon, permettant de recueillir les jets de lait qui fusent dans toutes les directions. Sinon, un bol propre fera aussi bien l'affaire.

Certaines femmes sont néanmoins plus à l'aise avec un tire-lait. Malheureusement, trop souvent, on leur vend un modèle complètement dépassé, qui ressemble à un klaxon de vieille voiture : pression exercée sur le sein impossible à contrôler, réservoir minuscule qu'on doit sans cesse vider, et surtout poire en caoutchouc impossible à nettoyer.

Les tire-lait à piston représentent une nette amélioration, mais il faut préférer ceux dont la course du piston est limitée, afin de ne pas risquer de blesser le sein.

Pour les femmes qui souhaitent concilier reprise d'une activité professionnelle et poursuite de l'allaitement, le tire-lait mini-électrique (4) est une option à considérer, car il ne mobilise qu'une seule main tout en étant peu encombrant (veiller à se procurer un modèle qui fonctionne à piles et sur secteur, car sinon les piles reviennent très cher).

Une question revient souvent concernant les récipients destinés à conserver le lait tiré. On peut se servir de biberons, de petits pots pour bébés, de pots de yaourt en verre, de sachets spéciaux destinés à cet usage (4)... Les recherches actuelles montrent que pour un usage domestique (le bébé reçoit un ou deux repas de lait tiré par jour, le reste du temps il est directement au sein), la nature du contenant (verre, plastique transparent ou opaque) importe peu (9).

Toutes les recherches récentes confirment que le lait de femme se conserve mieux que le lait de vache, car il est concentré en anticorps, et que sous réserve d'une hygiène minimale (lavage des mains avant toute manipulation, réfrigérateur propre, récipient lavé préalablement à l'eau chaude et savonneuse et bien rincé), le lait maternel, utilisé à la maison, à la crèche ou chez l'assistante maternelle, pour un enfant né à terme et en bonne santé, peut se conserver jusqu'à huit jours au réfrigérateur (0° à 4°). Il est aussi possible de le congeler, en prenant la précaution de le faire dans les 24 h qui suivent son expression. Il se gardera deux semaines dans un conservateur, trois à quatre mois dans un congélateur situé au-dessus du réfrigérateur, et six mois ou plus dans un congélateur séparé.

Rappelons que pour prévenir le risque de confusion sein/tétine, il est déconseillé de donner ce lait avec un biberon, surtout dans les premières semaines après la naissance. Il est préférable d'utiliser une tasse (même les prématurés se débrouillent très bien avec), une cuiller, un compte-gouttes, une seringue sans aiguille. Ou, dans quelques cas bien précis, un Dispositif d'Aide à la Lactation (DAL).

 

Le DAL

Quand une maman qui avait sevré ou presque, veut relancer sa lactation, elle a besoin pour ce faire de multiplier les tétées. S'il y a peu de lait, il se peut que le bébé ne soit pas très enclin à téter. Pour l'encourager à prendre le sein, on peut, par un fin tuyau en silicone fixé sur l'aréole et relié à un flacon suspendu au cou de la maman, apporter du lait au bébé qui tétera donc et le sein et le tuyau (4).

Pour schématiser, on dira qu'avec le DAL, il boit à la paille en même temps qu'il est au sein, ce qui permet d'éviter les biberons et de stimuler la fabrication du lait.

 

Pour les mamelons ombiliqués

Beaucoup de femmes qui attendent leur premier enfant ont des mamelons plats ou peu saillants, mais qui ressortent bien lors des stimulations. Pour les mamelons vraiment rentrés, ombiliqués, un chirurgien esthétique anglais a imaginé la "Niplette" qui, utilisée avant ou en début de grossesse, peut aider le mamelon à sortir. Cela ressemble à un dé à coudre muni d'un tuyau avec valve. Une seringue crée une légère dépression, qui aidera jour après jour le mamelon à s'allonger.

On peut aussi se servir d'une simple seringue dont on a coupé l'embout, ce qui permet d'enfiler le piston à l'envers (10). Pour plus de renseignements, contactez une animatrice LLL.

 

Histoires de meubles

Quand on allaite, le confort est important. Sans faire d'achats particuliers, il est bon de savoir s'aider de coussins, d'oreillers, de polochons (par exemple le Corpomed d'Euroform), pour soutenir à la fois le corps du bébé et le bras qui le porte à la bonne hauteur. On peut vouloir poser ses pieds sur un petit tabouret, de façon à être légèrement penchée en arrière (et non pas courbée sur le bébé, position qui engendre bien des douleurs de dos), et être bien assise dans un siège avec accoudoirs (toujours dans l'idée de ne pas fatiguer le bras qui porte le bébé).

Pour le confort de bébé, on peut le coucher sur une peau de mouton spécialement traitée. Elle servira dans son lit, sa poussette, et le suivra dans tous ses déplacements.

Et puis, dans la perspective des tétées de nuit, on peut envisager l'achat d'un lit plus large, ou tout autre arrangement qui permette d'allaiter confortablement tout en restant couchée. C'est ainsi qu'au dernier Congrès de LLL International, en juillet dernier, un stand a retenu notre attention. On y présentait un lit de bébé qui s'accroche à un grand lit en "side-car", et permet à l'enfant d'être couché à côté de sa mère au même niveau. Cette invention n'est pas nouvelle puisque dans une maternité d'Estonie, les lits de bébés en bois sont faits sur le même principe (11). En France, il reste à se le bricoler !


Marie Courdent animatrice LLL, consultante en lactation

(1) En vente à LLLF Info-Service et dans les groupes.
(2) Voir l'article sur le portage dans AA n° 4, et le feuillet Porter son bébé, un petit enfant (F016).
(3) Voir "Pour une approche dermatologique des crevasses", Dossiers de l'allaitement n° 16, pp 19-21, et "Les crevasses : causes, prévention, traitement", Dossiers de l'allaitement n° 33, pp 14-18..
(4) Voir le catalogue Médéla (Médéla France SA, ZAC Les Ro-chettes, RN 20, 91150 Morigny-Champigny, 01 69 16 10 30). Un certain nombre de ces produits sont disponibles à LLLF Info-Service et dans certains groupes.
(5) Voir le catalogue d'Euroform, 50 bis rue de Douai, 75009 Paris, 01 40 16 44 04. Certains produits sont disponibles dans certains groupes LLL.
(6) "Les coussinets d'allaitement : utilité, efficacité", RJ Griffiths, Spécial études n° 3, pp 11-12.
(7) Contrairement à des pays comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, on ne trouve pas encore en France de vêtements spécialement conçus pour la femme qui allaite (mis à part des chemises de nuit), mais cela viendra peut-être...
(8) Voir "Le point sur les bouts de sein", Dossiers de l'allaitement n° 32, pp 17-23.
(9) Voir "Tire-lait et expression du lait", Dossiers de l'allaitement n° 7, pp 8-16. Pour tout ce qui concerne l'expression du lait, voir aussi la vidéo "Tirer le lait", éditée par Médialactée (80480 Dury, Tél. 03 22 89 56 84).
(10) Voir "Le point sur les mamelons rétractés", Dossiers de l'allaitement n° 17, pp 19-23.
(11) Voir l'intervention du Dr Levin à la 3° Journée internatio-nale de l'allaitement, Paris, 21 mars 1997


www.lllfrance.org


Peut être reproduit, imprimé ou diffusé à condition de mentionner la provenance de cet article.

Publié dans Allaiter Aujourd'hui n° 35, LLL France 1998

Commander ce numéro
S'abonner à Allaiter Aujourd'hui

 


Sommaire du fond documentaire