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Depuis 13 ans que je vis avec des bébés
et des petits enfants, le portage a toujours été
pour moi indissociable du maternage et source pour toute
la famille de beaucoup de bonheur.
Bonheur pour moi de sentir
ce petit heureux, au chaud contre mon cœur, enveloppé
dans mon manteau en hiver, pouvant téter à
volonté et discrètement, dormir quand vient
le sommeil ; liberté aussi d'aller partout sans
contraintes matérielles : cinéma, conférences,
congrès, plage, copines, pique-niques, répétition
de chorale, restaurant, etc. Il dort sur moi et reste
calme puisque rassuré ; je suis détendue
parce qu’il est près de moi, je ne suis pas
inquiète ni pressée de rentrer, je ne suis
pas encombrée de matériel avec juste
une couche de rechange dans la poche. Si j'ai besoin d'indépendance,
il m'arrive de le poser, profondément endormi,
enveloppé dans le porte-bébé et couvert
d’un de mes vêtements. Quel plaisir en promenade
de sentir ce petit corps devenir lourd dans mon dos et
cette petite tête venir se blottir dans mon cou
!
Bonheur aussi pour le bébé
qui ne pleure pratiquement jamais. Non que j'utilise
spécialement le portage pour calmer les pleurs,
mais tout simplement parce qu'un bébé porté
plusieurs heures par jour n'a pas d'épisode de
“ décharge émotionnelle ” ni
d'autre épisode de pleurs sans cause matérielle
évidente (faim, douleur...) ; pas plus le soir
entre 18h et 22h (comme cela est devenu la norme dans
nos pays), qu'à aucun autre moment de la journée
ou de la nuit. Il s'ensuit une économie d'énergie
considérable pour le bébé qui peut
alors consacrer celle-ci aux tâches essentielles
de son développement. C'est d'ailleurs un
phénomène frappant que cette absence
de pleurs incoercibles chez les bébés portés,
et qui m'a souvent été
rapporté par des personnes ayant séjourné
dans les pays où les bébés passent
leur première année blottis contre le corps
de leur mère et bercés par ses activités
quotidiennes. Cela fait dire à certains
que le mode de vie normal du bébé durant
sa première année serait le mouvement (équilibre
dynamique) et non la tranquillité ou le calme (équilibre
statique) si souvent conseillés chez nous !
Je pense que l'on peut trouver de multiples explications
à ce phénomène :
• les avantages affectifs
:
- la proximité de la mère rassure le bébé,
lui procure chaleur et bien-être et “remplit
ses réserves affectives”, le rendant heureux,
gai et rapidement très indépendant (jouant
de longs moments seul ou avec ses frères et sœurs,
explorant très tôt un vaste territoire loin
des jambes de sa maman, ne craignant pas les visages nouveaux
- même lors de la fameuse “crise” des
9 mois - etc.).
• les avantages physiques
:
- le portage, particulièrement en position verticale
serrée, facilite la digestion, favorise les rots,
évite les “reflux” (tellement fréquents,
hélas) et diminue les fameuses coliques du nourrisson.
- le bercement, par les mouvements de la mère
et les bruits de son cœur, stimule le système
nerveux immature du bébé. En particulier,
la stimulation du système vestibulaire (situé
derrière chaque tympan) organise le bébé
dans ses mouvements et sa perception du monde, limite
les phases de sommeil profond propices aux “ pauses
” respiratoires, favorise un sommeil équilibré
pendant et après le portage et un développement
précoce du sens de l'équilibre et de tous
les aspects de la psychomotricité (paradoxalement,
les enfants marchent plus tôt dans les pays où
ils sont traditionnellement portés !).
- le fait de participer à la “vraie vie”
des adultes permet un éveil harmonieux en rapport
avec la réalité, une véritable implication
au sein du monde et un développement riche et subtil
des sens : vision “à hauteur” du visage
des adultes et de leurs activités ; toucher de
la peau, des cheveux, des différents tissus des
vêtements du porteur ; odeurs corporelles, de cuisine,
de marchés.., bruits de la vie quotidienne, des
conversations, vibrations des voix maternelle et paternelle...
Sans oublier le goût,bien sûr, que l'allaitement
maternel facilité développe tout en finesse
!
• la prévention
des problèmes de hanches :
C'est un autre avantage important du portage en position
verticale, jambes écartées, à condition
de choisir un bon porte-bébé. Il est à
noter que tous les portages traditionnels sont bénéfiques
à ce sujet, ce qui n'est pas le cas de nos porte-bébés
occidentaux, nous en reparlerons plus loin.
• “Aïe, mon
dos !”
J'entends d'ici un concert de protestations : “et
mon pauvre dos (d'occidentale sédentaire que je
suis moi aussi) ?”.
C'est ici qu'interviennent le mode de portage et le choix
du porte-bébé. Mes solutions : un bon médecin
ostéopathe pendant la grossesse (et après)
et plusieurs porte-bébés, très différents,
que j'utilise dans la journée selon les circonstances.
On peut aisément s'offrir ou se faire offrir plusieurs
porte-bébés pour le prix d'un landau ou
d'une poussette (coûteuse, encombrante, et dont
les tressautements mécaniques, comme ceux de la
voiture d'ailleurs, rendent passif), ainsi qu'une petite
poussette de marché pour mettre les provisions.
C'est bébé qui profite de la vue des étalages
colorés et de la vue des passants sur le dos de
maman.
• Que choisir ?
- Pour la balade longue et les “coups de feu”
de la vie familiale (préparation des repas, ménage),
je mets mon bébé sur le dos avec le SNUGLI.
J'ai les deux bras complètement libres et je peux
pratiquer des activités telles que la cuisine et
le repassage sans aucun danger pour le bébé.
Il ne peut glisser sur le côté et, en y ajoutant
un petit appuie-tête, même un nourrisson y
est parfaitement bien. Pour un bébé plus
grand, j'utilise le porte-bébé à
armatures (vite fatigant pour le dos) ou le merveilleux
pagne africain dont le seul inconvénient est d'en
acquérir le tour de main sous peine d'avoir à
le resserrer de temps en temps. Il ne fait en effet pas
du tout mal au dos, soutient parfaitement celui du bébé,
prend soin de ses hanches et c'est le plus économique
(un simple morceau de tissu solide suffit). Il sert aussi
de tapis de plage ou de couverture. L'écharpe “
porte-bébé ” avec ses nombreuses possibilités
est aussi très adaptée ainsi d'ailleurs
qu'aux autres activités.
- Pour les activités “sociales” où
je n'ai pas forcément besoin d'une totale liberté
de mes deux bras, (courses en ville, réunions,
cinéma, etc.), le modèle foulard ou PORTE-CÂLLLIN
est vraiment une merveille : archi simple, joli, il est
très confortable et, porté correctement
serré, ne fait pas du tout mal au dos. Le bébé
peut être porté dans des tas de positions,
y compris allongé et sur le dos, et le chargement
se fait d'un geste. J’ai été conquise
lorsque je l'ai découvert pour mon 4ème
bébé, il a considérablement simplifié
ma vie de famille et celle de beaucoup d'autres mamans.
Quel bonheur pour materner un enfant malade, qui traverse
une période de besoins intenses ou qui, né
“différent”, a besoin à la
fois de beaucoup de stimulations et de beaucoup de sécurité
! Cela peut devenir une pièce de la garde-robe,
assortie aux tenues de la maman et qui l’accompagne
une bonne partie de la journée !
Je n'oublie pas le TONGA, simple filet à glisser
dans la poche et qui rend un peu le même type de
service. Il est moins encombrant mais aussi moins confortable.
• A éviter autant
que possible :
Le portage long en position ventrale, donc le KANGOUROU
et tous ceux qui lui ressemblent. Ce sont les plus mauvais
pour le dos de la mère et le confort du bébé
dont les jambes ballottent et le bassin est déséquilibré.
Le bébé est en effet assis sur ses organes
génitaux et non sur ses ischions (os du bassin
sur lesquels on s'assied comme l'a prévu la nature).
En ce qui concerne l'enfant, je ferais exception pour
le SNUGLI, le PORTE-MOI et le PORTE-NOURRISSON de l'Enfant
et la Vie qui prennent soin des hanches du bébé
mais restent, utilisés en position ventrale, déconseillés
pour la mère en usage prolongé ou répété.
A éviter également le porte-bébé
type hamac, s’il n’est pas facilement réglable.
Toutefois, pour tous les avantages vus ci-dessus, mieux
vaut peut-être un bébé porté
en KANGOUROU que pas porté du tout !
Le portage dans les bras a, lui aussi, des inconvénients
pour le dos et, très vite, les tensions musculaires
deviennent inconfortables pour la mère comme pour
l'enfant. Mais là comme ailleurs, c'est à
chacune de trouver ce qui lui est le plus confortable.
Il paraît qu'aux Antilles, c'est un mode de portage
traditionnel !
Il me faut aussi citer les témoignages de plusieurs
mères qui m’ont dit soulager les douleurs
de dos... en portant leur bébé plusieurs
heures ! Pour l'une d'entre elles, c'était pendant
une grossesse et l'on peut facilement imaginer que le
poids du bébé sur le dos rééquilibrait
le poids du bébé en gestation. Un phénomène
de rééquilibrage de même type se produit
sans doute aussi pour les autres mères, bien que
non enceintes, qui m'en ont parlé.
• Un apprentissage nécessaire
:
Quel que soit le mode de portage adopté, il faut
toujours un certain temps pour s'y sentir vraiment à
l’aise, porteur et porté. Cela n'est pas
dans nos traditions, nous avons tout à réinventer
! Cela peut aller de quelques jours à quelques
semaines. Si le bébé est surpris la première
fois, surtout s'il est déjà grand, il ne
faut pas se décourager ou décider arbitrairement
qu'il n'aime pas ça. Dans quelque temps, il est
probable qu’il en redemandera ! Il suffit d'essayer
quelques minutes par jour au début, puis de plus
en plus longtemps, sans oublier, au fur et à mesure
que bébé grandit, d'expérimenter
d'autres positions qu'il peut apprécier une fois
parvenu à un nouveau stade de développement.
Le plus simple, bien sûr, étant de commencer
dès la naissance ou au cours du premier mois ;
mais on peut en observer les bénéfices à
tout âge.
• En conclusion :
Ce que j'ai découvert en pratiquant le portage
en complément de l’allaitement, c'est que
combler les besoins du bébé ce peut être
aussi combler les miens et ceux de toute la famille. Ils
ne sont pas opposés comme veut nous le faire croire
la société dans laquelle nous vivons. Un
bébé heureux, c'est une mère détendue,
moins fatiguée, plus disponible pour son conjoint,
sa famille et elle-même.
Porter son bébé tisse des liens intimes
entre l'enfant et ses parents, permet la satisfaction
des besoins de l'enfant par une compréhension fine
de ceux-ci, tout en donnant aux parents un profond sentiment
de compétence et en leur permettant une vie active.
Un bébé porté,
c'est une famille qui peut continuer à vivre à
son rythme propre tout en respectant celui de chacun de
ses membres, du plus petit au plus grand, avec un minimum
de frustrations et un maximum de bonheur.
Marie-France
Morineaux
PORTE-BEBES
· PORTE-CÂLLLIN : porte-bébé
style foulard réglable, disponible à la boutique
et auprès des groupes LLL
· TONGA : disponible à la
boutique et auprès des groupes LLL
· ECHARPE PORTE-BEBE : disponible
à la boutique et auprès des groupes LLL
· SNUGLI : épuisé.
Son équivalent : GLÜCKSKÄFER, disponible
dans le catalogue de “ Mot, Formes et Couleurs ”,
18 route de la Chapelle, 67190 Mollkirch-Laubenheim,
Tel/Fax 03 88 49 00 95
· PORTE-MOI : épuisé.
On peut trouver un équivalent sous www.wilkinet.com
Références
Allaiter Aujourd’hui, “Les bienfaits
du portage”, n° 40
· William SEARS, pédiatre, Mothering, hiver 1989 article traduit
dans La Voie lactée
·Marlène SWEENEY, New
Beginnings, juillet 1991- article traduit
dans La Voie lactée, juillet 93
· Jean LIEDLOFF, The continuum concept
· Serge LEBOVICI, Le portage de l'enfant,1984
· René ZAZZO, L'attachement
· MONTAGNER H., L'attachement, les débuts
de la tendresse
· L'ENFANT ET LA VIE, 164 rue de Lille,
59 420 Mouvaux
*article dans le n° 95
*Fiche pratique appui-tête pour Snugli
*Porte-bébé (le porte-nourrisson)
*nombreux articles sur la pédagogie Montessori et le
développement de l'enfant
© LLL France
Peut être reproduit,
imprimé ou diffusé à condition de mentionner
la provenance de ce texte.
Pour Internet, merci de mettre un lien vers le site de LLL
France : www.lllfrance.org
Feuillet 16 - révisé octobre 2001
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