Publié dans le n° 145 d'Allaiter aujourd'hui, octobre 2025. Ce numéro contient de multiples témoignages sur ce sujet. Ils ne sont pas disponibles sur le site et les numéros d'Allaiter aujourd'hui s‘achètent dans la boutique LLL.
Ces derniers temps, les sportives qui allaitent ont souvent été à l’honneur. On se souvient de la judokate Clarisse Agbégnénou qui s’était affichée en train d’allaiter son bébé lors d’un entraînement et s'est battue pour la présence des bébés dans le village olympique en 2024. Ou de Manon Genest, médaille de bronze en saut en longueur aux Jeux paralympiques. Ou encore d’Alice Michel allaitant son bébé de 3 mois à la fin d’un semi-marathon.
Alors oui, être sportive (pas nécessairement de haut niveau !) et allaiter, avoir une activité physique plus ou moins intense alors qu’on a un bébé, c’est non seulement possible, mais ça fait du bien, comme le montrent les nombreux témoignages que nous avons reçus.
Bon pour la mère, qu’elle allaite ou pas
Les semaines et les mois qui suivent l’accouchement sont une période de changements physiologiques et psychologiques importants. L’activité physique en post-partum va favoriser la réappropriation de son corps par la femme, contribuer au renforcement de la ceinture musculaire abdominale et à la perte de poids.
Sur ce dernier point, la combinaison régime + exercice physique semble préférable au seul régime ; l’exercice physique permet en effet de conserver la masse musculaire (la perte de poids se fait uniquement aux dépens de la masse grasse), d’augmenter le niveau du métabolisme, et de favoriser la mobilisation des graisses.
L’activité physique améliore également la qualité du sommeil, diminue l’anxiété et les symptômes dépressifs (1), tout en limitant les douleurs lombaires.
Associée à des exercices périnéaux, elle pourrait également réduire le risque d’incontinence urinaire.
Enfin elle prévient certaines maladies métaboliques ou cardio-vasculaires (2), y compris le risque de survenue d’un diabète de type II après un diabète gestationnel.
Quelle activité physique ?
En France, aussi bien la Haute Autorité de Santé (3) que le ministère des Sports (4) recommandent d’avoir une activité physique ou sportive pendant la grossesse et le post-partum.
Cette année, au Canada, une conférence de consensus a, après avoir interrogé des femmes et des médecins et examiné près de 600 études, émis des lignes directrices (5) recommandant "que les femmes en post-partum soient actives et, en cas de contre-indications, qu’elles puissent recevoir des conseils adaptés pour le rester ou le devenir [...] Elles devraient s’engager dans des activités physiques d’intensité modérée à vigoureuse variées (APMV) pendant au moins 120 minutes par semaine, réparties sur 4 jours ou plus. La mobilisation précoce devrait débuter par une AP d’intensité légère et progresser vers l’APMV une fois que les incisions chirurgicales ou les déchirures périnéales sont suffisamment cicatrisées et que les saignements vaginaux n’augmentent pas avec l’APMV".
Pas mauvais pour l’allaitement
Il y a plusieurs années, une étude (largement diffusée dans les médias et dont la conclusion traîne malheureusement toujours), avait cru constater que l’enfant consommait moins de lait après une séance d’exercice de la mère, et attribuait cela à l’acide lactique présent dans le lait, et dont l’enfant n’aurait pas aimé le goût. Il faut dire qu’on avait donné ce lait (tiré après l’exercice physique) au bébé au biberon alors qu’il prenait d’habitude le sein. De quoi le décontenancer, n’est-ce pas...
D’autres études (6) ont montré que si le taux lacté d’acide lactique est effectivement plus élevé après un exercice intense (en moyenne 0,09 mmol/l avant contre 0,21 mmol/l après), ce n’est pas le cas après un exercice modéré. Et elles n’ont constaté aucun impact sur la prise du sein par l’enfant ou la quantité de lait, que l’exercice ait été modéré ou intense.
Une étude clinique parue en 2020 (7) a constaté que la pratique d’un exercice physique d’intensité modérée à élevée n’avait d’impact significatif ni sur le volume de la production lactée ni sur le taux de macronutriments et l’apport calorique du lait maternel.
Dans son texte de 2019, la HAS se contente de dire que "l’allaitement ne contre-indique pas la reprise de l’entraînement sportif à la condition d’un apport énergétique suffisant et du port de brassières adaptées".
Dans sa brochure de 2021, le ministère des Sports est un peu plus loquace puisqu’à la question "Est-ce que je peux allaiter ?" (après l’accouchement), il répond (page 25) : "Oui, vous pouvez allaiter, car une activité physique modérée de la mère :
• ne modifie pas la quantité de lait maternel ni sa qualité nutritionnelle,
• est sans influence sur la tétée du nouveau-né,
• n’a pas de répercussion négative sur la croissance du nouveau-né,
• prévient la perte de densité minérale osseuse chez la femme."
Même Decathlon a maintenant sur son site une page disant que sport et allaitement ne sont pas incompatibles (8), page qui donne comme source... La Leche League !
Bon pour le bébé
En fait, l’activité physique et sportive en allaitant est non seulement pas mauvaise, mais carrément bonne pour le bébé !
Une analyse des études publiées ces vingt dernières années montre que "la pratique régulière d’activités physiques pendant la grossesse et l’allaitement [...] semble susceptible d’améliorer la santé infantile via une optimisation du métabolisme foetal et de l’allaitemen" (9).
Parmi elles, une étude randomisée, faite sur des femmes incluses à 17 semaines de grossesse, a évalué l’impact d’un programme de trois sessions par semaine d’exercice physique versus un groupe témoin. Elle concluait que le colostrum et le lait mature des femmes du groupe intervention avaient un taux plus bas de cytokines pro-inflammatoires, en particulier dans le colostrum.
Une étude prospective a évalué l’impact de l’exercice physique pendant la grossesse sur la durée de l’allaitement chez 1715 femmes ; elle concluait que celles qui avaient un niveau plus élevé d’activité physique étaient plus nombreuses à allaiter encore à 12 mois que les mères plus sédentaires.
L’adiponectine est une hormone métabolique présente dans le lait humain, susceptible d’abaisser le risque d’obésité chez le bébé allaité. Une étude a recherché son taux lacté chez des femmes après une période de repos, d’exercice continu d’intensité modérée ou d’exercice physique en intervalle à haute intensité. Elle a constaté une augmentation significative de ce taux après la séance de haute intensité.
L’acide 12,13-dilydrocy-9Z-octadécénoïque (12,13-diHOME) est une lipokine qui régule les apports énergétiques et la thermogenèse au niveau du tissu adipeux brun. Cette lipokine a été récemment identifiée dans le lait humain, et son taux est inversement corrélé à l’adiposité infantile. Or, le taux plasmatique de 12,13-diHOME augmente fortement après un exercice physique, ainsi que dans le lait maternel chez la plupart des femmes.
Une étude faite sur des souris (10) a montré que l’exercice (je n’ai pas réussi à savoir comment les souris faisaient de l’exercice...) augmentait le taux de l’oligosaccharide 3’-sialyllactose (3’-SL) dans le lait maternel, avec des effets bénéfiques sur la santé métabolique et la fonction cardiaque des petits, effets médiés par le 3’-SL.
Des études ont constaté l’impact bénéfique de l’exercice physique sur le microbiote intestinal des personnes concernées. De ce point de vue et dans la mesure où la flore lactée est fonction d’un cycle entéro-mammaire, on peut supposer qu’un microbiote intestinal maternel de meilleure qualité sera corrélé à un microbiote lacté de meilleure qualité.
Points à considérer (11)
• Attendez que votre bébé ait au moins 6 semaines.
• Si vous avez eu une césarienne, vous pouvez généralement commencer à faire de l’exercice 6 à 8 semaines après la naissance. Mais parlez-en avec votre médecin.
• Commencez lentement et progressivement.
• Assurez-vous de consommer des liquides pour remplacer ceux perdus par la transpiration.
• Vous souhaiterez peut-être porter un soutien-gorge de soutien ou de sport pour votre confort.
• Certains types d’exercice, comme la marche, y compris la marche rapide, peuvent être pratiqués avec votre bébé en portage ou en poussette.
• Vous pouvez également trouver dans votre région des cours d’exercices post-natals, de gymnastique, de yoga... qui vous permettent d’amener votre bébé avec vous.
• La marche rapide, les exercices aérobiques légers et les exercices aquatiques sont idéaux au début.
• Surveillez ce que vous ressentez pendant et après l’exercice et laissez-vous guider par ce que vous devez faire. Certaines mères constatent qu’elles peuvent retrouver leur forme physique et leur endurance rapidement après la naissance, d’autres mettent plus de temps.
• Si le bébé n’est pas avec vous, essayez de caler votre séance entre deux tétées, ou tirez votre lait et donnez-le à la personne qui garde l’enfant, ou demandez à cette personne (père, grand-mère...) d’être pas loin afin de permettre des tétées pendant l’exercice.
Les témoignages que nous avons reçus sont pleins des solutions que des mères ont trouvées pour concilier activité physique et allaitement, pour le plus grand bien de leur santé mentale et
physique et celle de leurs enfants !
Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau
Notes
(1) Une revue de la littérature portant sur 4000 jeunes accouchées a constaté qu’en cas de pratique d’une activité physique, les risques de dépression post-partum étaient réduits de 45 % : Deprato A, Ruchat SM, Ali MU et al., Impact of postpartum physical activity on maternal depression and anxiety : a systematic review and metaanalysis, Br J Sports Med 2024.
(2) Le Monde, "Des exercices intenses, même brefs, sont bons pour le coeur des femmes", 20/12/2024 : "Selon une étude menée sur une cohorte britannique, moins de deux minutes par jour d’activité physique à haute intensité suffisent à diminuer le risque d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral."
(3) Prescription d’activité physique et sportive pendant la grossesse et en post-partum, 2019.
(4) Je peux pratiquer des activités physiques et sportives pendant ma grossesse et après l’accouchement, 2021.
(5) Davenport MH, Ruchat SM, Jaramillo Garcia A et al., 2025 Canadian guideline for physical activity, sedentary behaviour and sleep throughout the first year post partum, Br J Sports Med 2025.
(6) Par exemple : KS Wright et al., Infant acceptance of breastmilk after maternal exercise, Pediatrics 2002 ; 109(4) : 585-89.
(7) Be’er M The Effect of Physical Activity on Human Milk Macronutrient Content and Its Volume, Breastfeed Med 2020 ; 15 : 357–361.
(8) Sport et allaitement, pas incompatibles.
(9) Calcaterra V et al., From pregnancy to breastfeeding : the role of maternal exercise in preventing childhood obesity, Nutrients 2025 ; 17 : 660. Dans les Dossiers de l’allaitement n° 217, octobre 2025.
(10) Harris JE et al., Exercise-induced 3’-sialyllactose in breast milk is a critical mediator to improve metabolic health and cardiac function in mouse offspring, Nat Metab 2020 ; 2(8) : 678-687.
(11) Adapté d’un article de LLL Grande-Bretagne.
Autres ressouces
En plus des documents cités dans l’article, on peut citer également :
• IBFAN/GIFA, Sports et allaitement (écrit à l’occasion des JO 2024)
• Un e-book en anglais de @Physiobreba : Succeed breastfeeding and sport.
• LLL Grande-Bretagne, Exercise and breastfeeding.







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