Publié dans le n° 210 des Dossiers de l'allaitement, janvier 2025.
D'après : The effect of breast milk from different lactation stages on in vitro wound healing. Breastfeed Med 2024 ; 19(9) : 698-706.
La cicatrisation des lésions est un processus complexe et dynamique permettant de restaurer la structure et la fonction d’un tissu lésé. Elle se fait en 4 phases qui sont intriquées : hémostase, inflammation, pro-lifération et remodelage, chaque phase impliquant des cellules et des voies de signalisation spécifiques. Divers modèles sont utilisés pour étudier la cicatrisation. L’utilisation de cultures de fibroblastes est un modèle simple et très peu coûteux pour ce faire. Le lait humain contient de nombreux facteurs bioactifs susceptibles de favoriser la cicatrisation, et son impact a fait l’objet d’études in vitro et in vivo, essentiellement sur des lésions cutanées. Ces modèles peuvent être utilisés pour étudier avec précision les divers mécanismes qui participent à la cicatrisation. L’objectif de cette étude turque était de constater l’impact du lait humain à divers stades de la lactation (colostrum, lait de transition et lait mature) sur la cicatrisation sur un modèle in vitro.
Les échantillons de lait ont été fournis par 3 mères qui ont exprimé leur lait dans des récipients stériles à J5, J10 et J20. Les échantillons ont été immédiatement congelés à –20 °C jusqu’à analyse. Pour celle-ci, la capacité anti-oxydante du lait a été déterminée par un test de piégeage des radicaux libres avec mesure au spectrophotomètre. On a déterminé la capacité oxydante/antioxydante du lait mis en présence d’une molécule oxydante, ainsi que l’index de stress oxydatif par une méthode colorimétrique. Le potentiel de cicatrisation des divers échantillons a été évalué sur des cellules de fibroblastes L929 cultivées sur un milieu approprié. Lorsqu’elle a été bien développée, la couche cellulaire a été grattée à la pipette pour créer une lésion. Les cultures ont ensuite été incubées avec un milieu de culture contenant 25 % de lait humain, versus un témoin où les cultures étaient incubées uniquement avec le milieu de culture. Les cultures ont été suivies après 6 et 12 heures pour évaluation d’un processus de cicatrisation. Par ailleurs, on a recherché le taux de nétrine-1 (une protéine qui participe entre autres au renouvellement cellulaire et qui joue un rôle important dans le processus inflammatoire) dans les milieux de culture des fibroblastes après 6 heures à l’aide d’une méthode immuno-enzymatique.
Le niveau d’activité antioxydante du colostrum vis-à-vis d’une molécule oxydante était de 49,69 %. Ce niveau était de 60,64 % dans le lait de transition et de 80,85 % dans le lait mature. La capacité antioxydante du lait humain augmente donc pendant les premières semaines, ce qui sera très utile pour le nourrisson allaité. La capacité oxydante était la plus basse dans le lait de transition et la plus élevée dans le lait mature. L’index de stress oxydatif était le plus bas dans le colostrum et le plus élevé dans le lait mature. Concernant les tests sur les cultures cellulaires, le niveau de cicatrisation après 6 heures était de 44 à 50 % dans les cultures témoins, de 53 à 58 % avec le colostrum, de 68 à 73 % avec le lait de transition et de 79 à 84 % avec le lait mature. Le taux de né-trine-1 dans les cultures témoins était de 490,1 ± 6,5 pg/ml. Il était de 410,9 ± 2 pg/ml après incubation avec du colostrum, de 392,6 ± 1,5 pg/ml après incubation avec du lait de transition et de 376,6 ± 4,5 pg/ml après incubation avec du lait mature. Il était intéressant de constater que la rapidité de la cicatrisation était inversement corrélée au taux de nétrine-1, ce qui suggère que la nétrine-1 n’est que l’un des nombreux facteurs en interaction dans le processus de cicatrisation.
Cette étude a uniquement fait appel à des dosages, et à des tests in vitro menés uniquement sur une lignée de fibroblastes L929. Ces tests ne peuvent donc pas permettre d’appréhender la complexité du processus de cicatrisation par rapport à des tests in vivo. Le lait utilisé provenait de 3 mères. Des études ayant pour objectif d’évaluer de façon plus fine des différences individuelles devraient inclure davantage de femmes. Cette étude permet toutefois de constater que le lait humain favorise la cicatrisation dans un modèle in vitro, via divers mécanismes impliquant la prolifération et la migration cellulaires, ainsi qu’une capacité antioxydante. Cet impact cicatrisant était le plus important avec le lait mature. Il serait nécessaire de mener des études expérimentales in vivo, ainsi que des études cliniques pour explorer les mécanismes d’action du lait humain et s’assurer de son innocuité.







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