Publié dans le n° 212 des Dossiers de l'allaitement, mars 2025.
D'après : Association of cannabis with apneic episodes in a breastfed infant : a case study. Kaplan EF et al. Breastfeed Med 2024 ; 19(6) : 490-3.
Aux États-Unis, l’utilisation médicale du cannabis est légale dans 37 États et dans le district de Columbia, et son utilisation récréationnelle est légale dans 21 États et dans le district de Columbia. Sa légalisation s’est accompagnée d’une augmentation de la conviction qu’il ne présentait aucun danger et donc de son utilisation par les femmes. La majorité des femmes enceintes qui en consomment disent le faire pour limiter les nausées, les vomissements, l’anxiété et les sautes d’humeur. Une étude publiée en 2017 constatait que 4,7 % des femmes enceintes avaient consommé du cannabis le mois précédent, et que 65,4 % d’entre elles estimaient que cette consommation était sans danger. Pourtant, les produits à base de cannabis actuellement vendus sont beaucoup plus concentrés en substances psychoactives qu’il y a quelques décennies, et ils sont souvent coupés avec d’autres produits illicites. La principale substance psychotrope du cannabis est le delta 9 tétrahydrocannabinol (THC). Le métabolisme du cannabis et la biodisponibilité du THC varient suivant les modalités de consommation, sa préparation, et en fonction de variations individuelles. Ses métabolites passent la barrière placentaire et sont excrétés dans le lait maternel. Il est donc très difficile de différencier l’impact de l’exposition in utero de celui de l’exposition via le lait maternel.
Des données suggèrent que le THC peut s’accumuler dans le lait, des études ayant fait état d’un rapport lait/plasma de 6 à 7, en raison de la liposolubilité. On estime que sa demi-vie lactée est d’environ 17 jours, et il pourrait être détectable jusqu’à 6 semaines après un épisode de consommation. Par ailleurs, il existe très peu de données sur l’impact à long terme de cette exposition. Les études sur le sujet ne retrouvent globalement pas d’impact statistiquement significatif, mais ces études portent sur peu d’enfants. Toutefois, 2 cas de troubles neurologiques ont été rapportés chez des nourrissons allaités par des mères prenant du cannabis. Le 1er cas concernait un bébé de 6 mois qui a présenté une somnolence après être tombé d’un canapé, puis qui a développé une dilatation des pupilles et ce qui ressemblait à des convulsions. Sa mère consommait régulièrement du cannabis dont les métabolites ont été trouvés dans le sang et les urines du bébé. L’imagerie était normale et les symptômes de ce dernier ont disparu au bout de 72 heures. L’autre cas concernait un bébé de 9 mois qui a été hospitalisé suite à un épisode de convulsions. Sa mère fumait du cannabis quotidiennement depuis 4 mois post-partum. La mère a arrêté l’allaitement pour donner un lait industriel et l’enfant n’a plus présenté de symptômes. Les auteurs rapportent le cas d’un enfant ayant présenté des épisodes d’apnée pouvant être en rapport avec une exposition au cannabis via le lait maternel.
Ce nourrisson allaité de 5 semaines a été hospitalisé en raison d’épisodes d’apnée récurrents suspectés d’être en rapport avec la consommation maternelle de cannabis. La mère a également rapporté que l’enfant semblait avoir le nez bouché depuis plusieurs jours (son aîné avait une infection respiratoire haute), mais l’aspiration nasale n’a pas constaté la présence de mucus. Le bébé avait été hospitalisé brièvement à 1 semaine post-partum en raison d’une infection urinaire à plusieurs germes, et il a présenté de multiples épisodes d’apnée ayant nécessité une intubation. On a découvert à cette occasion que son urine contenait du THC. Le reste du bilan (clinique, biologique, imagerie médicale) était normal et le bébé est sorti de l’hôpital avec une prescription d’antibiotique de 14 jours. À 5 semaines post-partum, la mère a remarqué que son bébé avait une respiration irrégulière et des périodes d’apnée. Elle l’a immédiatement amené en consultation hospitalière. À l’examen, on a constaté que l’enfant présentait des épisodes d’apnée toutes les 10 minutes environ, l’épisode le plus long ayant duré 10 secondes. Les bilans effectués étaient tous normaux, mis à part la présence de THC dans les urines de l’enfant. La mère a reconnu en utiliser régulièrement depuis la grossesse, même si elle a dit ne pas en avoir consommé pendant les 3 jours précédents. Elle avait consommé un verre d’alcool dans les 24 heures précédentes, et elle ne prenait aucun médicament. Elle a dit qu’elle avait présenté une psychose du post-partum après la naissance de son 1er enfant, et qu’elle prenait du cannabis pour soulager son anxiété et ses troubles de l’humeur. Elle avait pris divers psychotropes, mais elle n’en supportait pas les effets secondaires.
On a conseillé aux parents de passer de l’allaitement à l’alimentation avec un lait industriel en raison de la fréquence de la consommation maternelle de cannabis, et de la probabilité de la responsabilité de cette consommation dans les troubles présentés par le nourrisson. Ces troubles ont disparu après l’arrêt de l’allaitement, et l’enfant est sorti du service le 2e jour d’hospitalisation. Il a été étroitement suivi par le pédiatre pendant les jours qui ont suivi sa sortie. On a également conseillé à la mère de consulter pour discuter d’un traitement pour ses problèmes mentaux.
Ce rapport de cas n’a pas documenté le taux de THC dans le lait maternel et dans le sang de la mère et de l’enfant. Ce dernier n’a pas pu être suivi après sa sortie de l’hôpital. Il est nécessaire que les mères soient informées des problèmes que la consommation de cannabis est susceptible d’induire chez leur bébé allaité. Généralement, les professionnels de santé déconseillent cette consommation, mais les données existantes sont insuffisantes pour déterminer son impact. Ce cas permet d’augmenter les données sur le sujet.







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