Publié dans le n° 213 des Dossiers de l'allaitement, avril 2025.
Cas présenté par Colas A, Shangaï (Chine).
Ce bébé de 3 semaines, allaité par sa mère primipare, a commencé à pleurer plus ou moins en permanence pendant ses périodes d’éveil alors qu’il était calme auparavant. Il semblait souffrir de coliques importantes, présentait une distension abdominale et avait beaucoup de gaz. Ses selles n’avaient pas changé et elles étaient normales, typiques de celles d’un bébé allaité, mis à part leur aspect un peu mousseux. En l’absence d’autres manifestations cliniques, le pédiatre a conclu à des coliques du nourrisson, et a dit aux parents que cela passerait avec le temps. La mère constatait toutefois que son bébé semblait beaucoup souffrir. Les parents sont allés consulter un autre médecin et ont demandé un bilan détaillé. Ce dernier a conclu à une intolérance au lactose.
Le médecin a alors recommandé le don d’un lait industriel sans lactose, mais la mère souhaitait continuer à allaiter. Le médecin a alors prescrit des gouttes de lactase au bébé, mais elles devaient être données 30 minutes avant toute mise au sein, ce qui n’était guère faisable en pratique. La mère a toutefois essayé de mettre son bébé au sein juste après lui avoir donné les gouttes de lactase, mais cela n’a induit aucune amélioration. Elle a alors tenté d’utiliser une autre marque de lactase, en poudre à diluer dans de l’eau, que le bébé a refusé de prendre. La mère a essayé de diluer la poudre avec du lait industriel (poudre de lactase + eau + lait industriel, en tout 15 ml), et son bébé a accepté de le prendre au biberon, la mère le mettant ensuite immédiatement au sein. Dès le lendemain, tous les symptômes digestifs ont disparu. La mère a allaité exclusivement jusqu’à 6 mois en donnant de la lactase. Lorsqu’elle a commencé la diversification, elle a tenté d’arrêter le don de lactase avant chaque tétée afin de voir si l’enfant tolérait maintenant le lactose, et il n’a présenté aucune récidive des symptômes.
Cela a été difficile pour la mère de s’entendre dire que son bébé allait bien, que les coliques étaient normales. On lui avait également recommandé d’éviter certains aliments, on lui a prescrit des probiotiques… Mais comme aucune de ces stratégies n’avait d’impact chez son bébé, on continuait à lui dire que ça allait passer avec le temps. La mère avait fait des recherches sur Internet, et avait lu un certain nombre d’articles sur l’intolérance au lactose, mais ces articles disaient qu'elle se déclarait soit dès la naissance (ce qui n’était pas le cas chez son bébé), soit plus tard, aux alentours de 3 ans, notamment chez les enfants asiatiques (le père du bébé est chinois et le couple réside à Shanghaï, et ni la mère ni son époux ne sont intolérants au lactose), ce qui n’était pas non plus le cas. Elle avait lu qu’une maladie pouvait induire une intolérance secondaire au lactose, mais son bébé n’avait par ailleurs jamais été malade, sa prise de poids était normale et il n’a jamais présenté de signes de déshydratation. Elle avait également lu que, chez certains nourrissons, l’expression de la lactase au niveau de la muqueuse intestinale baisse rapidement après la naissance, ce qui induit une IL primaire (Intolérance au lactose ou allergie au lait de vache chez les nourrissons : différenciation clinique. Doss All 2024 ; 205 : 13). Toutefois, l’âge auquel ce type d’intolérance survient est variable suivant les populations. Si c’est le cas pour cet enfant, l’absence de réapparition des symptômes lors de l’arrêt de l’administration de lactase à 6 mois est illogique (on ignore toutefois ce qui se serait passé si le don de lactase avait été stoppé plus tôt).
Globalement, le résultat des tests effectués, ainsi que la disparition très rapide des manifestations cliniques avec la prise de lactase, suggèrent fortement une intolérance au lactose dont la cause éventuelle et le mécanisme restent inconnus. La mère souhaite souligner le fait qu’il est possible de continuer à allaiter même lorsqu’une intolérance au lactose (non congénitale) est constatée.







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