Publié dans le n° 213 des Dossiers de l'allaitement, avril 2025.
D'après : Subcutaneous semaglutide during breastfeeding : infant safety regarding drug transfer into human milk. Diab H et al. Nutrients 2024 ; 16 : 2886.
La grossesse s’accompagne normalement d’une prise de poids, qui peut être importante chez certaines femmes. Il sera alors plus difficile de perdre le poids excédentaire, qui constitue un facteur de risque significatif d’obésité, d’autant que cette rétention pondérale augmente au fil des grossesses successives. Une étude a constaté par ailleurs que si 60 % des femmes de poids normal avant la grossesse arrivaient à revenir après leur accouchement à un poids ne dépassant pas de > 1,5 kg leur poids antérieur à la grossesse, c’était le cas de seulement 35 % des femmes qui étaient déjà en surpoids.
Le sémaglutide est un agoniste des récepteurs du glucagon-like peptide-1 (GLP-1), avec la structure duquel il présente une similitude à 94 %. Il a été développé comme antidiabétique. Il est actuellement aussi utilisé pour favoriser la perte de poids. Il est administré par voie injectable en raison d’une faible biodisponibilité orale, sous une forme retard permettant une seule injection par semaine. Ce produit est normalement administré par voie sous-cutanée, en débutant avec une dose de 0,25 mg, cette dose pouvant être augmentée jusqu’à 2 mg par semaine au maximum. Une autre formulation est utilisée à la dose maximale de 2,4 mg par semaine en sous-cutané. Il existe enfin une forme orale conçue pour résister partiellement à la digestion, la posologie de départ étant de 3 mg/jour, pouvant être augmentée jusqu’à 14 mg/jour (soit des doses 36 à 49 fois plus élevées que les doses administrées en injection). Le nombre d’appels passés à une permanence téléphonique concernant les médicaments sur son utilisation pendant l’allaitement a été multiplié par 5 entre 2021 et 2024. Il est donc capital de mener des études sur son impact chez la mère allaitante et le bébé allaité. Le lait humain contient du GLP-1, et on estime qu’il joue un rôle dans l’apparition de la satiété (son taux est plus élevé dans le lait de fin de tétée). Le sémaglutide induit une baisse des apports énergétiques en réduisant la sensation de faim et la survenue de "petits creux", il augmente le sentiment de satiété et ralentit la vidange gastrique. Cela pourrait avoir un impact négatif chez une mère allaitante dont les apports nutritionnels sont augmentés par la lactation, voire chez le bébé allaité dont cela pourrait ralentir la prise de poids. Cette étude américaine a recherché l’excrétion lactée du sémaglutide chez 8 mères allaitantes.
Les échantillons de lait ont été obtenus auprès de mères qui en donnaient à un lactarium spécialisé dans la collecte de lait à des fins d’études scientifiques et médicales (en particulier la recherche de l’excrétion lactée de médicaments). Les mères fournissant les échantillons répondent à un questionnaire détaillé. Des études ont constaté qu’il peut falloir jusqu’à 4 mois d’administration de sémaglutide pour atteindre un taux sérique d’équilibre. Pour cette étude, les auteurs ont utilisé préférentiellement des échantillons collectés juste avant une modification de la posologie afin d’avoir des données plus précises sur les modalités du traitement maternel. On a demandé aux mères concernées de tirer leur lait après au moins 3 semaines d’injections avec une même posologie, et ce juste avant une injection puis 12 et 24 heures après l’injection. Après préparation adéquate des échantillons, le taux lacté de sémaglutide a été recherché par chromatographie en phase liquide couplée à une spectrométrie de masse, après obtention d’une courbe de calibrage. On a calculé la dose maternelle ajustée pour le poids à partir de la posologie maternelle, ainsi que la dose relative infantile à partir du taux lacté (pourcentage de la dose maternelle ajustée pour le poids). La biodisponibilité du sémaglutide administré par voie sous-cutanée est de 89 %. La biodisponibilité orale utilisée pour le bébé allaité était celle de la formulation orale, avec une surestimation significative de cette biodisponibilité chez le bébé (scénario du pire). Les auteurs ont tenu compte de la longue demi-vie du produit, et de l’augmentation potentielle de son taux sérique au fil des injections jusqu’à obtention de l’état d’équilibre.
Toutes les mères allaitaient un enfant de > 6 mois. Elles recevaient 0,25 à 1 mg par semaine de sémaglutide. La croissance de leur bébé était parfaitement normale et aucune d’entre elles n’a rapporté d’effet secondaire, mis à part une mère qui a fait état de troubles digestifs chez son bébé pendant une période pendant laquelle elle présentait elle-même des troubles digestifs (ces troubles ayant disparu spontanément chez la mère et son bébé). Le sémaglutide était indétectable dans tous les échantillons de lait (limite inférieure de détection : 1,7 µg/l). Pour évaluer l’exposition du bébé, les auteurs sont partis du principe que le taux lacté était de 5,7 µg/l (taux nécessaire pour quantifier le produit avec fiabilité), à savoir un taux nettement surestimé. En tablant sur la consommation de 150 ml/kg/jour de lait maternel (volume également surestimé vu l’âge des enfants), la dose maximale de sémaglutide absorbée par l’enfant était de 855 nanogrammes/kg/jour, soit une dose relative infantile de 1,12 % en moyenne (allant de 0,92 à 1,25 % en fonction des jours écoulés depuis l’administration d’une injection et démontrant un taux lacté relativement stable dans le temps).
Cette étude présente des limites. Elle incluait seulement 8 femmes. Si ces mères n’ont pas rapporté d’effets secondaires chez leur bébé, on ne peut exclure un éventuel impact à long terme. Les auteurs n’ont pas documenté le volume de lait consommé par le bébé, ni la composition du lait. Le taux de sémaglutide a été recherché dans des échantillons collectés jusqu’à seulement 24 heures après une injection. Il pourrait être utile de l’évaluer sur une période plus longue. L’excrétion lactée du sémaglutide pourrait être plus élevée dans le colostrum. Il est toutefois peu probable que ce produit soit administré à des mères qui viennent d’accoucher. Il pourrait être utile de voir si des techniques d’analyse plus performantes permettent d’abaisser la limite de détection et de quantification du sémaglutide. Quoi qu’il en soit, les craintes concernant l’impact potentiel d’un traitement par sémaglutide chez une mère allaitante semblent nettement infondées. Concernant la seule mère ayant fait état d’un possible impact chez son bébé, il était impossible d’affirmer qu’il était en rapport avec son traitement, et la croissance de cet enfant a été parfaitement normale. Il sera toutefois prudent, en cas de traitement par sémaglutide chez une mère allaitante, de suivre la croissance du bébé et d’envisager la prise d’un supplément multivitaminique par la mère et le bébé.







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