Publié dans le n° 214 des Dossiers de l'allaitement, mai 2025.
D'après : Novel lactation induction protocol for a transgender woman wishing to breastfeed : a case report. Trahair ED et al. Breastfeed Med 2024 ; 19(4) :301-5.
Le nombre de femmes transgenres souhaitant allaiter ayant augmenté, on s’intéresse de plus en plus à l’induction de la lactation chez ces femmes. Plusieurs cas de lactation ont été rapportés chez ces personnes, avec recherche du taux lacté des macronutriments dans l’un de ces cas. Il existe toutefois encore très peu de données de bonne qualité sur les bénéfices et les risques de l’induction pharmacologique d’une lactation chez les femmes transgenres. Les auteurs de cette présentation américaine présentent un nouveau cas d’induction de la lactation chez une femme transgenre, à l’aide d’un nouveau protocole d’induction.
Cette femme transgenre âgée de 50 ans avait des antécédents de lupus érythémateux disséminé, d’anticorps antiphospholipides, ainsi que des antécédents chirurgicaux d’ablation des testicules et de vaginoplastie. Elle n’était pas fumeuse et consommait très peu d’alcool. Elle avait des antécédents familiaux de thyroïdite d’Hashimoto. Elle avait initié le processus de changement de genre fin 2018 via la prise d’un traitement hormonal. Elle a consulté son endocrinologue au printemps 2022, car sa fille attendait un enfant et elle souhaitait l’allaiter afin d’expérimenter l’allaitement. À cette époque, elle était traitée par œstradiol 0,3 mg en patch transdermique toutes les 72 heures, et par 200 mg par jour de progestérone per os. Elle prenait également quotidiennement de l’hydroxychloroquine pour le traitement du lupus. Son bilan hormonal a constaté un taux sérique de 182 pg/ml d’œstradiol, de 13,8 ng/ml de progestérone et de 34,49 ng/ml de prolactine.
Pour l’induction de la lactation, on lui a conseillé d’augmenter la posologie d’œstradiol à 0,4 mg toutes les 72 heures via les patchs, et elle a été informée de l’augmentation du risque de thromboses veineuses en raison du traitement hormonal, de son âge et de ses problèmes médicaux. La posologie de progestérone a été augmentée à 300 mg/jour. Elle a également commencé à stimuler ses seins en utilisant un tire-lait 3 à 4 fois par jour, et on lui a prescrit du métoclopramide, 10 mg 3 fois par jour par voie orale, qu’elle a débuté une semaine après sa première consultation. Elle a été revue par les auteurs 17 semaines plus tard. Elle poursuivait son traitement hormonal ainsi que le métoclopramide, et elle tirait manuellement son lait 5 à 6 fois par jour pendant 45 minutes à chaque fois. Elle a dit ressentir des réflexes d’éjection et elle avait commencé à obtenir quelques gouttes de lait environ 3 semaines après avoir débuté la prise de métoclopramide. Elle a produit du lait pendant au total 2 semaines et a mis au sein son petit-enfant à de multiples reprises. Le maximum de lait obtenu était de 30 ml à partir du sein droit et de 8 ml à partir du sein gauche. Par la suite, elle est revenue à la posologie antérieure de son traitement hormonal et a arrêté la prise de métoclopramide en raison de difficultés logistiques et du temps qu’elle consacrait à aider sa fille à s’occuper de son bébé. Cette femme transgenre était très heureuse d’avoir pu mettre cet enfant au sein. Cela a été pour elle une expérience émotionnelle intense, très différente de celle qu’elle avait connue en donnant des biberons à ses propres enfants lorsqu’elle était un homme. Par ailleurs, cet allaitement lui a permis de concrétiser davantage sa nouvelle affirmation de genre, et d’augmenter la maturation de ses seins. Elle n’a rapporté aucun effet secondaire suite au traitement d’induction de la lactation.
La dompéridone n’étant pas commercialisée aux États-Unis, ce protocole a utilisé le métoclopramide, pour lequel il n’existe que de rares données dans le cadre de l’induction d’une lactation. Cette présentation suggère qu’il peut être efficace. Une limite de cette présentation est que cette femme transgenre a elle-même ajusté son traitement, ces ajustements n’ayant pas été enregistrés dans son dossier médical informatisé. Par ailleurs, la durée du traitement chez cette personne a été relativement courte par rapport à d’autres cas rapportés. D’autres études sont nécessaires sur la gestion de l’induction d’une lactation chez les personnes transgenres souhaitant allaiter, afin de mieux évaluer l’efficacité et les risques potentiels des protocoles administrés (également peu évalués chez les femmes cisgenre), et de rédiger des recommandations et des protocoles pour les professionnels de santé suivant ces personnes. Il serait par ailleurs nécessaire de mener des études qualitatives afin d’évaluer les souhaits, les priorités et les questions des personnes transgenres qui souhaitent allaiter.







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