Publié dans le n° 215 des Dossiers de l'allaitement, juin 2025.
D'après : Lactation anaphylaxis : report of a rare case with recurrent postpartum anaphylaxis. Hida Y et al. Dermatol Online J 2024 ; 30(5) : 14.
De rares cas de réactions anaphylactiques induites par l’allaitement ont été rapportés. Ces cas surviennent pendant une mise au sein ou une séance d’expression du lait, et se traduisent par des réactions telles qu’une urticaire généralisée, un angioedème, des difficultés respiratoires, une hypotension ou un choc anaphylactique. Dans les cas les plus caractéristiques, la réaction allergique survient immédiatement et récidive à chaque tétée / séance d’expression, mais dans certains cas elle est plus différée et non systématique, ce qui rend le diagnostic plus difficile. Les auteurs rapportent le cas d’une mère qui a présenté une réaction anaphylactique pendant une séance d’expression du lait après ses 2 accouchements.
Cette femme de 24 ans, primipare, s’est présentée aux urgences du CH des auteurs à 4 mois post-partum. Elle avait présenté un engorgement et avait tiré son lait avec un tire-lait électrique. Dès le début de l’expression, elle a constaté la survenue d’une urticaire, qui s’est rapidement généralisée, avec vomissements et sensation d’essoufflement. Elle n’avait aucun antécédent de trouble atopique et ne pouvait fournir aucune cause à l’origine de ces manifestations. On a diagnostiqué chez elle une anaphylaxie et elle a été traitée par adrénaline et réhydratation par perfusion. Elle a été hospitalisée pour la nuit sous surveillance, et elle est sortie le lendemain avec un auto-injecteur d’adrénaline en cas de besoin. Lors du suivi, on a effectué un prick-test à la recherche d’une allergie au silicone (matière de l’embout du tire-lait), qui a été négatif. Par la suite, elle a continué à allaiter et à tirer son lait sans le moindre problème. Trois mois plus tard toutefois, elle a de nouveau présenté les mêmes symptômes suite à une séance d’expression manuelle du lait pendant laquelle elle a exprimé un volume relativement important de lait. On a donc suspecté une anaphylaxie à la lactation, et on lui a conseillé d’arrêter l’allaitement. Aucune récidive n’est survenue pendant la transition vers l’alimentation au lait industriel.
15 mois plus tard, elle a accouché d’un second enfant, qu’elle a commencé à allaiter. Aucune réaction n’a été constatée pendant les deux premiers jours post-partum mais, le troisième jour, elle a présenté de nouveau une urticaire généralisée alors qu’elle tirait son lait. On lui a immédiatement administré en injection de l’adrénaline (0,5 mg), de la chlorphéniramine (5 mg) et de la lévocétirizine, ce qui a fait disparaître les symptômes rapidement. 12 heures plus tard, elle a tiré son lait sans le moindre problème. Des échantillons de sang ont été collectés avant et après une séance d’expression du lait pour dosage de la tryptase et de l’histamine, les taux étant dans les limites de la normale (peut-être suite au traitement administré). Un test d’activation des basophiles a été effectué avec le sérum et le lait de cette mère, et son résultat était similaire à celui du témoin. On a recommandé à la mère d’arrêter l’allaitement et on lui a prescrit de la bromocriptine. Au suivi à 3 mois, aucune nouvelle réaction anaphylactique n’était survenue.
Les auteurs ont retrouvé d’autres cas d’allergie à l’allaitement publiés en langue anglaise (concernant au total 7 femmes ayant accouché de 14 enfants). Chaque épisode survenait rapidement après la mise au sein ou le démarrage d’une séance d’expression, une éruption cutanée locale étant le premier symptôme, l’éruption se généralisant rapidement. Elle était souvent suivie de troubles respiratoires, et 2 cas d’hypotension majeure ont été rapportés. Si les symptômes pouvaient être impressionnants, aucun décès n’a été rapporté. Les réactions allergiques débutent généralement dans les 3 à 4 jours qui suivent la naissance. Dans l’un des cas, la mère n’avait présenté aucune réaction lors de son premier allaitement. Dans le cas présenté ici, la mère a présenté un premier épisode alors que son bébé avait 4 mois et un deuxième lorsqu’il avait 7 mois. Tous les cas ont reçu le traitement classique des anaphylaxies (adrénaline, corticoïdes et antihistaminiques). Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) semblent prédisposer à ces réactions allergiques liées à l’allaitement, et 5 des 6 femmes chez qui ce point a été documenté en avaient pris. L’évolution de l’allergie à l’allaitement est variable. Chez 4 des 7 femmes, elle a disparu avec le temps malgré la poursuite de l’allaitement. Les 3 autres femmes ont arrêté l’allaitement, ce qui a fait immédiatement disparaître les manifestations d’allergie. Le mécanisme de cette allergie reste à découvrir. Des études chez des souris ont constaté une augmentation des mastocytes dans la glande mammaire pendant la grossesse, leur nombre baissant après la mise-bas. Il est possible que la baisse en post-partum ne survienne pas chez les femmes présentant une allergie liée à l’allaitement. Dans le cas présenté ici, tous les épisodes d’allergie sont survenus alors que la mère présentait un engorgement et qu’elle tirait son lait. Par ailleurs, tous les tests effectués sont revenus négatifs. Il serait utile de déterminer la pathophysiologie de l’anaphylaxie liée à la lactation, afin de pouvoir la prévenir et/ou la gérer sans interrompre l’allaitement.







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