Publié dans le n° 215 des Dossiers de l'allaitement, juin 2025.
D'après : Pink colored breast milk ! Serratia marcescens infection, series of 4 cases. Ayuzo-Del-Valle NC, Flores-Osorio X. Bol Med Hosp Infant Mex 2024 ; 81(2) : 114-7.
Serratia marcescens est un bacille gram négatif de la famille des Entérobactéries. Elle sécrète un pigment, la prodigiosine, dont la couleur rose est caractéristique. Elle a été décrite pour la première fois dans le contexte de l’allaitement en 1958, dans les selles d’un bébé allaité (syndrome des couches rouges), la culture bactériologique des selles ayant permis d’identifier une S. marcescens. Même s’il n’a présenté aucun symptôme de maladie, le nourrisson a été traité par sulfadiazine. La charge du lait maternel en S. marcescens est inconnue, mais elle semble suffisante pour induire ce syndrome des couches rouges chez le bébé allaité, même si aucun autre symptôme d’infection n’a jamais été rapporté chez les bébés. Toutefois, si une mère tire son lait et qu’il est stocké dans de mauvaises conditions, la bactérie pourra se développer et induire des manifestations cliniques chez le nourrisson allaité, en particulier s’il est un prématuré. Les auteurs rapportent 4 cas de contamination du lait maternel par une S. marcescens vus par une consultation hospitalière mexicaine. Chaque cas a donné lieu à une anamnèse approfondie, à des cultures bactériologiques du lait maternel, de l’oropharynx et des selles de l’enfant, un antibiogramme a été effectué, des photographies ont été prises pour montrer la couleur rose caractéristique, et un suivi a été effectué.
Premier cas
Cette femme de 29 ans, primipare, avait accouché par voie basse à 37 semaines de grossesse. La grossesse et l’accouchement avaient été normaux et aucune complication néonatale n’a été constatée. Toutefois, le bébé a été réadmis à 7 jours pour une photothérapie en raison d’une hyperbilirubinémie. Pendant la 5e semaine de vie, la mère a constaté des taches d’un rose vif sur ses coussinets d’allaitement. Elle n’avait pas de fièvre, pas de douleurs mammaires ou mamelonnaires, ni d’autres symptômes. Le bébé se portait bien et son examen clinique était normal. On a traité empiriquement la mère par ciprofloxacine, 250 mg 2 fois par jour pendant 5 jours. Une S. marcescens a été retrouvée à l’analyse bactériologique du lait, ainsi que dans l’oropharynx du bébé (mais ni dans ses selles, ni dans ses urines), et il a été traité par triméthoprime/sulfaméthoxazole, 6 mg/kg/jour. On a conseillé à la mère de tirer et de jeter son lait pendant la durée de son antibiothérapie. Les cultures en fin de traitement étaient négatives et elle a repris l’allaitement.
Second cas
Cette primipare de 33 ans allaitait exclusivement son bébé né à terme par césarienne programmée, sans complication néonatale. 10 semaines après la naissance, elle a constaté des taches roses sur les coussinets d’allaitement qu’elle utilisait. Elle ne tirait pas son lait, n’a signalé aucun traumatisme des mamelons ou des seins. Le nourrisson se portait parfaitement bien. La bactériologie du lait maternel a constaté la présence d’une S. marcescens et la mère a été traitée par céphalexine, 1 g/jour pendant 7 jours. Tous les prélèvements effectués chez le bébé étaient négatifs. La mère a repris l’allaitement exclusif dès que les cultures effectuées sur son lait sont devenues négatives.
Troisième cas
Cette femme de 30 ans sans aucun antécédent notable a consulté alors qu’elle allaitait son 2e enfant âgé de 4 mois. L’allaitement se passait bien et son bébé était en bonne santé, mais elle avait commencé à remarquer des taches roses sur ses vêtements et sur ceux de son bébé qui avaient été en contact avec son lait. Elle ne présentait aucune lésion des mamelons, pas de mastite et pas de traumatisme mammaire. Le bébé ne présentait aucun signe clinique et son examen était parfaitement normal. La culture du lait a retrouvé une S. marcescens, les prélèvements effectués chez le bébé étant tous négatifs. La mère a été traitée par triméthoprime/sulfaméthoxazole pendant 5 jours, la culture du lait maternel étant alors devenue négative. La mère a repris l’allaitement.
Quatrième cas
Cette mère résidant aux États-Unis a contacté le service des auteurs par appel vidéo suite à leur publication sur la contamination du lait maternel par une S. marcescens en 2014, car son lait avait la même couleur que celle vue sur les photos accompagnant cette publication. Elle a demandé au pédiatre qui suivait son bébé une ordonnance pour une culture bactériologique de son lait et d’un prélèvement oro-pharyngé chez son bébé. Le pédiatre a contacté les auteurs, et a décidé de traiter la mère et le bébé par triméthoprime/sulfaméthoxazole pendant 5 jours. Cela a fait disparaître la coloration rose du lait, et les cultures étaient devenues négatives chez la mère et son bébé. La mère a repris l’allaitement après la fin du traitement.



La couleur rose vif est caractéristique d’une infection à S. marcescens. Des épidémies ont été constatées, liées à la contamination de matériel médical ou à un respect insuffisant des règles d’hygiène chez le personnel soignant. Il existe globalement peu de cas de contaminations du lait maternel publiés dans la littérature médicale. D’après les données publiées, il semble possible de reprendre l’allaitement même si le lait maternel est toujours rose et que les cultures sont encore positives pour la bactérie, dans la mesure où, tout au moins chez les bébés nés à terme, la présence du germe dans le lait maternel ne semble pas avoir d’impact clinique chez le bébé, même si les cultures sont également positives chez lui pour la S. marcescens, ce qui n’est pas toujours le cas. Le dernier cas présenté plus haut montre l’utilité des publications de cas dans la mesure où une mère allaitante effectuant une recherche sur la signification de la couleur rose de son lait est susceptible de trouver ces publications et de les communiquer à son médecin. Il n’existe pas de recommandations claires en cas de colonisation du lait maternel par une S. marcescens. Toutefois, en raison d’un risque significatif d’infection, une antibiothérapie est recommandée, ce qui permettra une reprise rapide de l’allaitement, voire sa poursuite même si la bactériologie est encore positive.







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