Publié dans le n° 216 des Dossiers de l'allaitement, septembre 2025.
D'après : Personal care product use and per- and polyfluoroalkyles substances in pregnant and lactating people in the Maternal-Infant research on environmental chemical study. Hall AM et al. Environ Int 2024 ; 193 : 109094.
Les PFAS sont des polluants largement utilisés dans divers domaines depuis les années 1950. Or, ce sont des perturbateurs endocriniens dont la toxicité sur divers organes est démontrée. Leur impact sera particulièrement problématique pendant la grossesse, puis pendant l’allaitement. Il est donc très important de limiter au maximum le niveau d’exposition des femmes pendant ces périodes, ce qui implique d’évaluer les sources évitables d’exposition. L’une de ces sources est les produits cosmétiques, des études ayant constaté que nombre d’entre eux contenaient des PFAS (PFOA, PFOS, PFHxA, PFAN, PFUA…). Le but de cette étude était d’évaluer la contribution des produits cosmétiques à l’exposition aux PFAS des femmes canadiennes enceintes et allaitantes.
Les auteurs ont utilisé les données de l’étude MIREC (Maternal-Infant Research on Environmental Chemicals), une étude prospective pour laquelle 2 001 femmes enceintes résidant dans 10 villes du Canada ont été incluses entre 2008 et 2011. 1 940 d’entre elles ont fourni des échantillons de sang pendant la grossesse et 1 385 ont pu être suivies après la naissance. Parmi elles, on a sélectionné au hasard 664 mères allaitantes qui ont fourni des échantillons de lait maternel entre 2 et 10 semaines post-partum selon un protocole spécifique, pour lesquelles au moins l’un des questionnaires sur l’utilisation de produits cosmétiques avait été complété (questionnaires prévus à 6-13 semaines de gestation, 32-34 semaines de gestation et J1-J2). Ces questionnaires portaient sur l’utilisation de vernis à ongle, de produits de teinture des cheveux, de permanentes, de laques et gels, de produits de maquillage, parfums et lotions… (nature, fréquence d’utilisation). Les échantillons de lait étaient stockés au réfrigérateur ou au congélateur familial avant expédition sur glace sèche au laboratoire d’analyses où ils ont été stockés à –80 °C. On a recherché dans les échantillons de sang les taux de PFOS, PFOA, PFHxS, et les n-PFOS, Sm-PFOS, PFOA, PFHxS, PFNA, PFBA, et PFHxA dans le lait, par chromatographie ultra haute performance en phase liquide couplée à une spectrométrie de masse. La limite de détection était de 0,1 à 0,3 µg/l dans le plasma et de 5 à 10 mg/g dans le lait humain. On a exclu de l’analyse le PFBA et le PFHxA, qui étaient détectables dans < 1 % des échantillons. Dans le lait humain, le PFHxS et le PFNA étaient retrouvés dans respectivement 72 et 67 % des échantillons, les autres PFAS étant détectés dans ≥ 90 % des échantillons.
Les femmes avaient en moyenne 32 ans au moment de leur accouchement. Plus de 80 % étaient nées au Canada. La majorité avait fait des études universitaires et était multipare. Les produits cosmétiques les plus utilisés pendant la grossesse étaient les lotions (95 % des femmes), les moins utilisés étant les produits pour permanente (< 1 %). Après la naissance, 78 % des femmes se maquillaient et 24 % utilisaient des colorations pour cheveux. Le taux plasmatique à 6-13 semaines de gestation (1 940 échantillons) était de 1,7 ± 1,8 µg/l pour le PFOA, de 4,6 ± 1,8 µg/l pour le PFOS, et de 1 ± 2,3 µg/l pour le PFHxS. Dans le lait maternel, à 2-10 semaines post-partum (664 échantillons), le taux de PFOA était de 33,7 ± 1,9 pg/g, celui de Sm-PFOS était de 12,7 ± 2,3 pg/g, celui de n PFOS était de 30,1 ± 1,8 pg/g, celui de PFHxS était de 6,8 ± 2,4 pg/g et celui de PFNA était de 5,6 ± 2 pg/g. Pendant la grossesse, une utilisation fréquente des sprays ou gels pour cheveux, de vernis à ongles, de parfums et d’eaux de toilette, était corrélée à un taux plasmatique plus élevé de PFOS par rapport aux mères qui n’en utilisaient pas. La même corrélation était constatée avec le taux de PFOA, qui était également augmenté en cas d’utilisation de produits de maquillage et de colorations pour cheveux. L’utilisation de laques ou gels pour cheveux au moins une fois par mois était corrélée à un taux plus élevé de PFHxS par rapport à l’absence d’utilisation. Les mères qui avaient les cheveux colorés au moment de leur accouchement avaient des taux lactés plus élevés de Sm-PFOS, de PFOA et de PFNA. À 2-10 semaines post-partum, les femmes qui utilisaient régulièrement du vernis à ongles avaient des taux lactés plus élevés de Sm-PFOS, de n-PFOS, de PFOA et de PFHxS par rapport à celles qui n’en utilisaient pas. Les femmes qui utilisaient régulièrement des teintures pour cheveux et des produits coiffants, ainsi que celles qui se maquillaient régulièrement, avaient des taux lactés plus élevés de PFOA et de PFNA par rapport à celles qui n’utilisaient pas ces produits. L’utilisation de parfums et eaux de toilette n’avait pas d’impact sur le taux lacté des PFAS.
Cette étude présente des points faibles. Les PFAS constituent une classe incluant plusieurs milliers de molécules et il est impossible de toutes les quantifier. Seules les plus courantes ont été recherchées. On n’a pas documenté les marques et types précis de tous les cosmétiques utilisés, alors que leurs taux de PFAS peuvent être variables, raison pour laquelle certains taux variaient fortement d’une mère à l’autre. Ses résultats confirment toutefois le fait que les produits cosmétiques sont une cause évitable d’exposition aux PFAS, fait déjà documenté par des études. Il serait nécessaire d’évaluer avec plus de précision le niveau d’exposition induit par ces produits, afin de mieux réguler leurs taux de PFAS et d’informer les femmes sur le sujet.







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