Écrit par Julie Bitoun, Puéricultrice diplômée d'Etat, Consultante en Lactation IBCLC, Bordeaux, Gironde (33).
Introduction
On a tous déjà entendu parler du réflexe d'éjection fort ou du réflexe d’éjection lent, mais qu’en est-il du réflexe d’éjection dysphorique Voilà une expression encore peu courante. Et pourtant, ce réflexe d’éjection représente un obstacle qui peut compromettre le bon déroulement d'un allaitement. Par conséquent, il doit être connu et compris de tous les professionnels de santé pour prétendre à un meilleur accompagnement des mères allaitantes concernées. L'ob-ectif est de pouvoir les soutenir, les guider et les accompagner dans la gestion de ce problème d'allaitement bien souvent ignoré ou simplement dissimulé.
Contextualisation
Le réflexe d'éjection dysphorique (RED) est un sujet qui a attiré mon attention au cours de mon cursus de formation pour devenir Consultante en Lactation IBCLC (International Board Certified Lactation Consultant – Consultant(e) en Lactation Certifié(e) par le Conseil International). Méconnu pour la majorité, il semble pourtant essentiel de le comprendre pour pouvoir poser le diagnostic et préserver le déroulement de l’allaitement. Allaiter, ce n'est pas seulement nourrir son enfant, c'est vivre une expérience positive avec son bébé. Bien souvent, le RED représente une véritable difficulté qu'il est indispensable de prendre en considération pour préserver la situation d'allaitement.
Le RED met en évidence une situation dans laquelle une mère peut ressentir de la détresse sans savoir pourquoi et être amenée à culpabiliser à tort. L’objectif de cet article est que nous, soignants, puissions mieux cerner, appréhender, identifier, comprendre pour quelles raisons une mère est amenée à présenter un RED, quelles en sont les causes, les symptômes et surtout quelle prise en charge proposer avec quelle(s) solution(s) possible(s).
Méthode
Lorsque l'on mène des recherches sur le RED, on se rend rapidement compte qu’il y a très peu d’articles rédigés en français sur ce sujet, ce sont principalement des articles écrits en anglais. Et pour cause, la découverte du RED revient à une Consultante en Lactation IBCLC américaine, Alia Macrina Heise, qui a été la première à l'identifier. Elle l'a nommé "D-MER", qui signifie "Dysphoric-Milk Ejection Reflex". Cet acronyme a ensuite été traduit en français sous le nom de "Réflexe d'Éjection Dysphorique" ou "RED".
L'exploration par le biais de moteurs de recherche d'articles scientifiques français avec un contenu accessible gratuitement aboutit peu malgré l'élargissement des mots-clés au contenu. Seuls deux articles issus des Dossiers de l'allaitement traitent ce sujet et sont rendus publics. Grâce à des moteurs de recherche américains, une quinzaine d'articles portant sur le sujet précis du D-MER sont identifiables. Parmi ces articles, moins de cinq proposent des études de cas. On trouve également plusieurs appels à témoins sur des sites universitaires américains visant à poursuivre les recherches sur le RED, ce qui laisse présager que les recherches n'en sont qu'à leurs débuts. Pour ces mêmes raisons, je n'ai trouvé aucun ouvrage qui traite ce sujet.
Dans le but d'étayer mon article, j'ai fait le choix d'élaborer en parallèle un questionnaire et de le proposer à toutes les femmes qui ont vécu ou vivent actuellement l'expérience d'un réflexe d'éjection dysphorique (Annexe 2, voir plus bas). Grâce à des réseaux sociaux en lien avec l'allaitement maternel, j'ai pu recueillir 53 réponses. Il convient de préciser que du fait d'un sous-diagnostic important, j'ai fait le choix d'ouvrir ce questionnaire à toutes les mères qui se reconnaîtraient dans le RED et de leur proposer de détailler leurs symptômes pour prendre ou non en compte leur témoignage. Les réponses analysées ne permettront en aucun cas d'affirmer ou d'infirmer des hypothèses, mais bien de déterminer le vécu de ces mères afin qu’elles puissent trouver le soutien dont elles ont besoin.
Le Réflexe d'Éjection Dysphorique
Le réflexe d'éjection dysphorique (RED) ou D-MER est défini, selon AM Heise (2007), comme étant une «"émotion négative, ou dysphorie, qui apparaît juste avant le réflexe d’éjection du lait et se poursuit tout au plus pendant quelques minutes". En d'autres termes, c'est une réponse émotionnelle intense qui peut débuter uniquement juste avant le premier réflexe d'éjection du lait, ou de façon répétée juste avant chaque réflexe d'éjection.
Le RED se manifeste par des émotions négatives qui peuvent être d'intensités variables et différentes d'une femme à une autre. En d'autres termes, il se traduirait par le fait de ressentir des sensations désagréables au moment des mises au sein avec le sentiment de ne pas "aimer" allaiter son bébé. Il est important de souligner que les émotions ressenties par la mère allaitante ne sont pas dirigées contre le bébé. Les symptômes les plus fréquemment rapportés sont : l’anxiété, les pleurs, l'estomac noué, les nausées, l'irritabilité, les douleurs du mamelon, l'appréhension des tétées et, dans les cas les plus sévères, un profond désespoir, des idées noires voire suicidaires.
Une étiologie hormonale
À ce jour, les études sont encore peu nombreuses sur le sujet, il est donc impossible de décrire précisément le mécanisme d'apparition du RED. Ce sur quoi l'immense majorité des études se rejoignent, c'est que ce trouble serait d'origine physiologique et non psychologique dans la mesure où le réflexe d'éjection du lait n'est pas quelque chose que nous pouvons maîtriser : c'est un réflexe, donc hors de notre contrôle. À ce titre, le RED est donc à différencier des troubles avec une origine psychologique, à savoir la dépression du post-partum et l'aversion à l'allaitement. Pour autant, une dépression du post-partum peut être sous-jacente à un RED, mais elle doit être complètement dissociée de celui-ci.
Plusieurs pistes en faveur d'une étiologie hormonale sont discutées et font l'objet d'études, principalement au sujet de la dopamine et de l'ocytocine. Au préalable, rappelons que la stimulation du mamelon va permettre la sécrétion de deux hormones qui jouent un rôle capital dans la lactation, à savoir l'ocytocine qui provoque le réflexe d'éjection du lait et la prolactine qui augmente la production de lait. L'ocytocine endocrine est excrétée par l’hypophyse postérieure de façon importante en début de tétée, puis de façon pulsatile au cours de celle-ci, alors que la prolactine est sécrétée de façon graduelle tout au long de la tétée. La dopamine elle, nommée PIF (Prolactin Releasing Factor), inhibe la sécrétion de prolactine.
La dopamine
Parmi les théories mises en avant dans l'explication du RED, on entend parler de celle de la dopamine. À la fois un neurotransmetteur et une hormone, la dopamine crée une sensation de satisfaction, de plaisir et va être libérée suite à une expérience vécue comme positive, agréable. Au moment du réflexe d'éjection du lait, sous l'effet de l'augmentation du taux d'ocy-tocine, la chute brutale de la dopamine provoquerait chez certaines mères allaitantes un profond mal-être entraînant ces émotions négatives. Ce postulat part du principe que tous les humains sont régis par les mêmes hormones, mais que tous n'ont pas la même sensibilité aux variations de ces dernières, cela expliquerait des réactions physiologiques/émotionnelles inégales. Comme évoqué plus en amont, la dopamine est connue sous le nom de "Prolactin Inhi-biting Factor" (PIF) car elle inhibe la libération de la prolactine. Pour cette raison, lorsque la dopamine augmente, la prolactine chute et vice versa. Certains spécialistes se sont intéressés de plus près aux émotions déclenchées par la dopamine sur des rats et nous explique qu'elles seraient potentiellement déclenchées par le glutamate, un acide aminé.
L'ocytocine
L'ocytocine, d'origine post-hypophysaire, est l'hormone qui déclenche le réflexe d'éjection du lait maternel. La stimulation du mamelon par la succion va permettre la sécrétion d'ocytocine en grande quantité en début de tétée, puis de façon pulsatile en cours de tétée, ce qui déclenche la contraction des cellules myoépithéliales. Elle a donc à la fois un rôle galactorrhéique et un rôle capital dans l'équilibre émotionnel de la mère.
Si on met en lien le RED et la sécrétion d'ocytocine, il s'avérerait que ce phénomène soit expliqué par une réponse de "combat-fuite » que l'on connaît déjà dans le syndrome de stress post-traumatique. Autrement dit, la sécrétion d'ocytocine qui produit normalement une ré-ponse positive produirait dans ce cas-là une réponse émotionnelle « négative", vécue comme désagréable par la femme allaitante. On comprend par là que dans le système hormonal de la mère, le réflexe d’éjection s'associerait à une réponse au stress au lieu de s'associer à des émotions positives. La réponse à l'augmentation du taux d'ocytocine serait en quelque sorte "biaisée" chez les femmes allaitantes. L'enjeu serait alors d'aider la mère à identifier ses émotions négatives et les facteurs favorisant son RED pour pouvoir essayer de réorganiser ses associations de pensées.
Une étude publiée dans l’International Breastfeeding Journal (Heise et Wiessinger) montre que ces deux théories sont probables (rôle de l’augmentation du taux d’ocytocine ou de la baisse du taux de dopamine), mais à ce jour, aucune ne peut être validée comme étant LA cause principale du RED. Les auteurs ont étudié des activités qui sembleraient affecter le RED en les mettant en lien avec leurs effets observés sur la dopamine et l'ocytocine. Grâce à cette étude, nous pouvons faire le constat qu'à chaque fois qu'une activité diminuait les symptômes du RED, elle entraînait systématiquement une augmentation du taux de dopamine et parfois une augmentation du taux d'ocytocine. Par ailleurs, aucune activité ayant entraîné une augmentation isolée de l'ocytocine n’aurait permis d'observer une diminution des symptômes du RED.
Par ailleurs, au regard des recherches scientifiques menées sur le sujet, on souligne que :
- 6 à 9 % des femmes qui allaitent présenteraient un RED (Ureño TL et al ; Nguyen L et al).
- À propos de deux situations de femmes allaitantes présentant un RED (Liu H et al) : la première présentait un RED sévère et a choisi de sevrer prématurément son bébé après 6 mois de souffrance. La deuxième a été accompagnée par des professionnels de santé, elle a réussi à poursuivre son allaitement jusqu’aux 18 mois de son bébé en s’adaptant "activement".
Grâce à ces études, on peut constater que le taux de femmes qui présenteraient un RED au cours de leur allaitement est assez incertain. Cette constatation peut être liée à la méconnaissance de ce trouble et par conséquent au sous-diagnostic dont il est victime. En parallèle, on observe que l’accompagnement du professionnel de santé a un rôle majeur dans l’évolution de la situation d’allaitement de la dyade mère/enfant. En plus de rendre le RED connu de tous, il est primordial de réfléchir à une prise en charge adaptée au regard des besoins de ces mères allaitantes. Cette prise en charge passe par l'importance de l’environnement de la mère et le lâcher prise en lien avec le fonctionnement du système nerveux et hormonal.
Le rôle clé du néocortex
La pulsatilité de l'ocytocine est directement reliée à l'inhibition du cortex néocortical. En d'autres termes, la dépression néocorticale induit une augmentation d'ocytocine. Par conséquent, en mettant son cerveau "au repos", la mère allaitante ayant un RED serait plus à même de se retrouver dans un "environnement protecteur", ce qui favoriserait une sécrétion d'ocytocine plus importante. Nous le savons, l'anxiété et la peur sont des ennemis de l'ocytocine. L'environnement dans lequel la mère évolue serait donc capital pour pouvoir faire baisser son taux de stress maternel via l'augmentation de son taux d'ocytocine.
En parallèle, il s'avérerait que, dans certains cas, la réponse à l'ocytocine soit biaisée et reliée à tort à des sensations désagréables voire négatives. L'enjeu serait donc d’aider la mère à associer cette sécrétion d'ocytocine à des sensations positives en essayant de modifier ses associations de pensée. Nous pouvons tout à fait penser que c'est ce qui se produit quand une mère nous fait part des facteurs favorisant la diminution de ses symptômes. Actuellement, les mères qui présentent un RED poursuivent leur allaitement malgré les difficultés parce qu'elles sont persuadées qu'elles donnent le meilleur à leur bébé. Elles sont portées par leur force mentale et non par un soutien professionnel pourtant essentiel.
L'errance diagnostique
L'analyse des résultats de mon enquête met indiscutablement en évidence l'errance diagnostique dans laquelle se trouvent les mères allaitantes qui présentent un RED, puisque 87 % d'entre elles n'ont pas eu de diagnostic de réflexe d'éjection dysphorique posé. Pour 71 % d'entre elles, c'est grâce à "elles-mêmes", à "leurs recherches" qu'elles ont découvert qu'elles souffraient d'un RED. Ce diagnostic est peu connu, car il fait l'objet de très peu d'études en France. En tant que professionnels de santé, nous devons faire la démarche de nous documenter sur ce sujet pour pouvoir être en capacité de déceler un RED chez une mère qui rapporterait des symptômes évocateurs, et ce dès le post-partum immédiat. La mère va probablement taire ce qu’elle ressent au premier abord par un sentiment de honte, de culpabilité, ou tout simplement nier ou banaliser ses ressentis. À nous, professionnels qualifiés, de faire du RED un point de vigilance comme nous le faisons déjà pour d’autres sujets comme la dépression du post-partum. En effet, nous savons qu’elle toucherait 10 à 15 % des femmes contre environ 6 à 9 % pour le RED. Par conséquent, au même titre que la recherche d’une dépression du post-partum est réalisée lors des consultations après le retour au domicile, ne faudrait-il pas inclure la recherche d’un RED ? Grâce aux données scientifiques recueillies, nous savons qu’anticiper le RED ne l’empêche pas mais permet d'éviter un bon nombre de facteurs aggravants.
Une prise en charge axée sur la symptomatologie
L'objectif de la prise en charge est que toutes les mères allaitantes qui présentent un RED puissent expérimenter une plénitude au moment des tétées, en ressentant le moins possible des émotions et/ou des sensations désagréables voire négatives. L'enjeu de la prise en charge par le professionnel pourrait être de favoriser la sécrétion d'ocytocine chez la mère allaitante en essayant de lui donner accès à des situations relaxantes. Ces situations auraient un impact direct sur le vécu de la mère et influenceraient ses émotions. Autrement dit, la stratégie serait de favoriser un environnement le plus protecteur possible.
Au regard des éléments théoriques et des résultats de l'enquête (voir Annexe 2 en fin d’article), plusieurs propositions d'attitudes peuvent être faites pour soulager ces mères et améliorer l'expérience de l'allaitement :
• Sensibiliser les professionnels de santé de terrain au sujet du RED. L’objectif est de pouvoir proposer un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée aux mères allaitantes affectées. Il est essentiel d’en parler entre professionnels, d’échanger nos connaissances et nos expériences à ce sujet, de se documenter grâce aux ressources existantes pour que le RED soit connu de tous. En parallèle, encourager des professionnels à aborder ces sujets en conférences, mais aussi et surtout lors des cursus de formation de métiers qui interviennent dans le parcours des 1000 premiers jours. Avec 6 à 9 % des mères concernées, nous pouvons dire qu’il s’agit d’un phénomène prévalent qui ne doit plus être ignoré. Le RED représente une réelle difficulté d’allaitement et peut conduire à un sevrage précoce du nourrisson. Une prise en charge par le professionnel de santé peut éviter cela.
• Favoriser un environnement protecteur pour la dyade mère/bébé. L’objectif est de permettre le plus possible à la mère de mettre son cerveau au repos en limitant sa charge mentale et les situations de stress.
• Identifier les facteurs favorisant la diminution des symptômes du RED. L’objectif va être de mettre en lumière les activités qui procurent des sensations agréables à la mère. Ces suggestions sont censées lui permettre d’accéder à un moment de bien-être, de zenitude, de relaxation. On peut citer par exemple :
- L'utilisation d'écrans : télé, smartphone, tablette.
- L'utilisation de supports audio : radio, podcasts.
- Boire de l’eau/manger.
- Diminution de la charge mentale quotidienne.
- La relaxation.
Toutes ces situations permettent aux mères de décentrer leur attention de leurs symptômes, de focaliser leur attention sur autre chose, de la détourner au profit d’une sensation plus agréable. C’est ni plus ni moins l’idée selon laquelle la mère cherche à inhiber son néo-cortex et mettre son cerveau au repos.
• Proposer un soutien émotionnel et psychologique selon le degré d’intensité du RED. L’objectif est de donner à la mère la possibilité d’exprimer ce qu’elle ressent dans une atmosphère bienveillante, dépourvue de tout jugement, en utilisant la technique de la reformulation par exemple. Lui permettre de parler de ses sentiments de culpabilité, de honte… lorsqu’ils sont présents. Au regard des témoignages de mères, il semblerait judicieux de proposer une participation à des groupes de soutien qui seraient créés. Selon elles, une des meilleures aides est d’entendre le vécu d’autres mères concernées comme elles et d'échanger sur leurs ressentis. Il est fréquemment rapporté par ces mères que le simple fait d'en parler, de poser des mots sur ce qu'elles vivent suffit à apaiser et diminuer les symptômes.
RED et stress post-traumatique
Quand on étudie de plus près la piste de l'ocytocine, les recherches scientifiques tentent d'expliquer le mécanisme d'apparition du RED en faisant le parallèle avec celui du stress post-traumatique. Le RED serait la résultante d'une réponse émotionnelle "biaisée" à l'augmentation du taux d'ocytocine, semblable au mécanisme produit dans le corps lors du stress post-traumatique en réponse à un choc émotionnel.
Mon enquête (Annexe 2 plus bas) sur un échantillon de 53 femmes présentant ou ayant probablement présenté un RED montre que 52,8 % d'entre elles déclarent avoir subi un choc émotionnel (violences sexuelles/conjugales/familiales, décès) important par le passé, qui a fait émerger chez elles un stress inexistant auparavant. Bien que cette donnée ne nous permette pas de formuler d'hypothèse, ce simple chiffre suffit à rajouter un point de vigilance lorsque nous accompagnons une mère allaitante. D'une part, lorsque cette dernière présente un RED, il semble pertinent de se demander si elle subit un stress post-traumatique. D'autre part, lorsqu'une mère déclare avoir subi un choc émotionnel et semble présenter les symptômes d'un stress post-traumatique, il peut être intéressant de se demander si elle ne présente pas un RED.
Conclusion
Le RED est un problème d’allaitement qui a été identifié comme étant d'origine physiologique et non psychologique. Il est à différencier de la dépression du post-partum et de l’aversion pour l’allaitement. À ce jour, aucune preuve scientifique fiable ne nous permet de connaître précisément son étiologie, même si la piste hormonale de l’ocytocine et de la dopamine sont des explications très plausibles. Les quelques études de cas qui ont été menées et les connaissances scientifiques actuelles nous permettent d’affirmer que la prise en charge précoce du RED aurait un bénéfice considérable pour l'allaitement. Elle permettrait d'améliorer son expérience et de soutenir un allaitement plus long. Les professionnels de santé doivent être sensibilisés à ce problème d’allaitement encore trop peu connu et adapter leur prise en charge pour répondre aux besoins exprimés par la mère.
Bibliographie
• Heise AM, Wiessinger D. Dysphoric milk ejection reflex : a case report. Int Breastfeed J 2011 ; 6 : 6. Doss All 2012 ; 92 : 5-6.
• Ureño TL et al. Dysphoric milk ejection reflex : a case series. Breastfeed Med 2018 ; 13(1) : 85-8. Doss All 2018 ; 138 : 1-3.
• Uvnas-Moberg K, Kendall-Tacket K. The mystery of D-MER. What can hormonal research tell us about dysphoric milk ejection reflex ? Clin Lact 2018 ; 9(1) : 23-9. Doss All 2019 ; 150 : 2-5.
• Ureño TL et al. Dysphoric milk ejection reflex : a descriptive study. Breastfeed Med 2019 ; 14(9) : 666-73.
• Deif R et al. Dysphoric milk ejection reflex : The psychoneurobiology of the breastfeeding experience. Front Glob Womens Health 2021 ; 2 : 669826. Doss All 2022 ; 184 : 26-9.
• Liu H et al. Dysphoric milk ejection reflex : report of two cases and postulated mechanisms and treatment. Breastfeed Med 2023 ; 18(5) : 388-94. Doss All 2023 ; 199 : 5-9.
• Nguyen L et al. Dysphoric milk ejection reflex : characteristics, risk factors, and its association with depression scores and breastfeeding self-efficacy. Breastfeed Med 2024 ; 19(6) : 467-75.
• Dysphorie : la repérer, la soulager. Psychologie positive Magazine, 25 avril 2024.
Annexe 1. Activités semblant affecter le RED, avec leurs effets présumés sur la dopamine et l'ocytocine
Tableau extrait de l’article : Dysphoric milk ejection reflex : a case report. Heise AM, Wiessin-ger D. Int Breastfeed J 2011 ; 6 : 6.

Exploitation du tableau en Annexe 1
- La prise de pseudoéphédrine à raison de 60 mg/jour améliorerait les symptômes du RED, tout comme la prise de bupropion à une dose de 150 mg/jour. Ces deux thérapeutiques augmentent le taux de dopamine via l'augmentation du taux de prolactine.
- La prise de métoclopramide aurait aggravé les symptômes du RED. Cette thérapeutique diminue le taux de dopamine.
- Le stress aigu aurait aggravé les symptômes du RED en réponse à une diminution de la dopamine et une augmentation du taux d'ocytocine. À l'inverse, le tabagisme améliorerait les symptômes en réponse à une augmentation de la dopamine et une diminution de l'ocytocine.
- La consommation de chocolat et le stress modéré induirait une diminution des symptômes du RED en réponse à une augmentation de la dopamine et une augmentation de l'ocytocine.
Annexe 2. Enquête
Dans le but d'étayer mon article à l’aide d’une évaluation du vécu de mères, j'ai fait le choix d'élaborer un questionnaire et de le proposer à toutes les femmes qui ont vécu ou vivent actuellement l'expérience d'un réflexe d'éjection dysphorique. Grâce à des réseaux sociaux en lien avec l'allaitement maternel, j'ai pu recueillir 53 réponses.
Il convient de préciser que du fait d'un sous-diagnostic important, je n'ai pas pu m'adresser uniquement aux mères diagnostiquées. J'ai fait le choix d'ouvrir ce questionnaire à toutes les mères qui se reconnaîtraient dans le RED et de leur proposer de détailler leurs symptômes pour prendre ou non en compte leurs témoignages. Les réponses analysées ne permettront en aucun cas d'affirmer ou d'infirmer des hypothèses mais bien d'orienter les mères vers les ressources qui pourront les aider.
L'analyse des résultats met indiscutablement en évidence l'errance diagnostique dans laquelle se trouvent les mères allaitantes qui présentent un RED puisque 87 % d'entre elles n'ont pas eu de diagnostic de réflexe d'éjection dysphorique posé. Pour 71 % d'entre elles, c'est grâce à "elles-mêmes", à "leurs recherches" qu'elles ont découvert qu'elles souffraient d'un RED, et 9 % d'entre elles déclarent avoir compris qu'il s'agissait d'un RED grâce à la diffusion de ce questionnaire.
Lorsque l'on s'intéresse à l'accompagnement que ces mères ont reçu, 67 % d'entre elles déclarent qu'elles n'ont pas été accompagnées par un professionnel de santé et 55,3 % ne se sont pas senties "écoutées et soutenues" de façon générale dans leurs difficultés. Pour celles qui ont bénéficié d'un accompagnement (26,4 % d'entre elles), 18,9 % ont jugé cet accompagnement satisfaisant, 13,2 % peu satisfaisant et 24,5 % pas satisfaisant du tout. Les professionnels concernés étaient majoritairement des sages-femmes (24,5 %) et des consultantes en lactation (24,5 %).
Concernant la gestion du RED au quotidien, lorsqu'on demande aux mères concernées quels ont été les moyens mis en œuvre qui leur ont permis d'atténuer leurs symptômes, les réponses les plus prévalentes sont : "me valoriser, me dire que je donne le meilleur" ; "savoir que ça existe (...) que c'est commun" ; "me focaliser sur mon bébé, garder le contact" par le biais du regard principalement ; "boire de l'eau" ; "me distraire (...) diminution de la charge mentale".
Parmi toutes les mères interrogées qui présentent vraisemblablement un RED, seulement 6 % d'entre elles ont arrêté l'allaitement pour cette raison. Pour autant, leur expérience n'en a pas moins été éprouvante. Parmi celles qui ont poursuivi leur allaitement, elles déclarent que ce qui leur a permis de tenir c'est :
- leur propre volonté, l'amour pour leur bébé (34 %)
- les témoignages d'autres mères concernées (13,2 %)
- le soutien familial (18,9 %)
- le souhait de donner le meilleur à leur enfant avec un refus catégorique de passer à un lait industriel (7,5 %)
- le soutien du professionnel (5 %)
Lorsqu'on demande aux mères leurs suggestions pour améliorer leur accompagnement, vingt-huit ont donné leurs avis et pointé deux axes, à savoir :
- faire connaître le RED, en parler, dire que ça existe (60,7 %) via les cours de préparation à la naissance principalement.
- la formation des professionnels de santé (17,8 %)
Parmi toutes les femmes interrogées qui présentent ou sont susceptibles de présenter un RED, 52,8 % d'entre elles déclarent avoir subi un choc émotionnel important par le passé qui a fait émerger chez elles un stress inexistant auparavant.
Parmi ces chocs émotionnels, 39,2 % rapportent des faits de violences (obstétricales et/ou sexuelles et/ou familiales et/ou conjugales), 21,4 % évoquent un deuil en amont et/ou pendant la grossesse, 7 % verbalisent une situation d'abandon, et enfin 32,14 % affirment avoir vécu un choc important mais ne précisent pas le type.







Pour poser une question, n'utilisez pas l'espace "Commentaires" ci-dessous, envoyez un mail à la boîte contact. Merci