D’après l’article du même titre écrit par Marie Courdent et publié dans le n° 211 de “Profession Sage-Femme”, février 2015.
Modifié et mis à jour en août 2026 par Julie Hamdan, animatrice LLLF, médecin généraliste diplômée DIULHAM, consultante en lactation certifiée IBCLC
et Marie Courdent, animatrice LLLF, infirmière-puéricultrice diplômée DIULHAM, consultante en lactation certifiée IBCLC.
L’infection mycosique du mamelon est une pathologie relativement fréquente. Elle reste parfois difficile à diagnostiquer et à traiter.
Des cas courants
Aurélie appelle de son lieu de vacances. Sa petite fille a 1 mois, elle n’avait jusqu’ici aucun souci avec son allaitement. Depuis deux à trois jours, elle ressent des douleurs à chaque tétée, avec des mamelons roses, des points rouges et des douleurs lancinantes dans les seins pendant et après les tétées. Avant l’accouchement, elle a présenté une rupture prématurée de la poche des eaux, a reçu des antibiotiques et avait une mycose vaginale en quittant la maternité.
Hélène vient en consultation d’allaitement avec sa fille de 1 mois qui a encore des difficultés à téter sans bout de sein en silicone. Dès qu’elle enlève son soutien-gorge, la couleur rose de ses mamelons et aréoles saute aux yeux. Elle confirme que les tétées sont très douloureuses : sur une échelle de douleur allant de 0 à 10, elle indique 10 ! Durant toute sa grossesse, elle a souffert d'infections urinaires, et chaque traitement antibiotique se compliquait d’une candidose vaginale.
Claire consulte car les tétées restent douloureuses, bien que la pédiatre IBCLC ait coupé le frein de langue de sa fille. Les sillons entre mamelons et aréoles semblent légèrement enflammés. Elle a mal durant toutes les tétées, et cela se prolonge durant une heure.
Ces mamans ont en commun d'avoir une candidose cutanée des mamelons et aréoles, qui a tardé à être diagnostiquée, d’où des douleurs pendant et après des dizaines de tétées. Néanmoins, attention aux surdiagnostics.
Observations
La candidose (alias mycose) cutanée des mamelons est une infection au champignon Candida Albicans. Son diagnostic peut être envisagé dès les premiers jours du post-partum, comme après un certain intervalle de temps, en présence de tétées douloureuses alors que la position du bébé au sein semble optimale. La douleur est la plupart du temps intense, dure toute la tétée et se poursuit après, parfois pendant plusieurs heures. La mère décrit des brûlures, qui peuvent irradier profondément dans les seins, comme des rayons de vélo, parfois jusque dans son dos ou son épaule. Le moindre frottement du mamelon par le bébé ou un vêtement est intolérable.
Les mamelons et l’aréole sont la plupart du temps érythémateux, roses vifs, inflammatoires, luisants, secs ou dépigmentés ; ces signes peuvent être minimes. Le bébé peut être porteur d’un muguet buccal ou d’un érythème fessier, il peut être irritable, se retirer sans cesse du sein car sa bouche est douloureuse. Parfois, il ne présente aucun signe clinique et est simplement porteur sain de Candida.
Pour affiner le diagnostic, il est intéressant de chercher des facteurs favorisants : crevasses du mamelon qui ont tardé à guérir, macération des mamelons (par exemple en cas de contact prolongé avec des coussinets humides), prise récente d’antibiotiques par la mère ou l’enfant, mycoses à répétition durant la grossesse, diabète maternel (gestationnel ou antérieur à la grossesse). Il est pertinent également de chercher des signes d’atteinte chez le bébé : érythème fessier d’allure mycosique ou muguet buccal. Ce dernier est défini par des plaques blanches disséminées dans la bouche du bébé, à l’intérieur de ses joues et lèvres. Une simple langue blanche, sans autre signe, n’est pas du muguet. Il s’agit souvent d’un petit "lac de lait séché" banal, qui peut partir avec des soins de bouche ou être laissé tel quel.
Un test simple permet souvent de confirmer l’origine mycosique des lésions et douleurs des mamelons : imbiber une compresse avec une solution de bicarbonate (une cuillère à café de bicarbonate de sodium dans un verre d’eau) ou de l'eau de Vichy Saint-Yorre, l’appliquer sur les mamelons et les aréoles après chaque tétée. Il est conseillé de prendre une compresse différente pour chaque sein et de faire un rinçage rapide par tamponnage, ce n'est pas la peine de "frotter". C'est un bon moyen de soulager la douleur en cas de candidose, car le bicarbonate est alcalin et “annule” l'acidité locale appréciée du champignon. Cette technique n'a aucun effet en l’absence de candidose et ne présente pas de risque particulier. De plus, ce test permet à la maman d’être soulagée en attendant la consultation médicale.
Une surinfection bactérienne sur une crevasse pourrait donner des symptômes cliniques assez semblables : l’analyse de la situation par un professionnel de santé doit pouvoir permettre un diagnostic différentiel.
Traitements de la candidose
Il est nécessaire de mettre en place en parallèle un traitement médicamenteux et non-médicamenteux, pour éviter les recontaminations.
Traitement non médicamenteux
Comme toujours en allaitement, il est impératif d’observer une tétée pour voir s’il est possible d’améliorer la prise du sein et éliminer une origine mécanique aux douleurs qui pourrait entretenir les lésions du mamelon et favoriser de nouvelles portes d’entrée aux germes présents naturellement sur la peau.
D’autres mesures d’hygiènes sont nécessaires :
- changer régulièrement les coussinets d’allaitement jetables pour éviter de garder les mamelons dans l’humidité. S’ils sont lavables, les laver à 60°C minimum,
- en cas de muguet chez le bébé, désinfecter tétines et sucettes en les faisant bouillir dix minutes en début de traitement, répéter l’opération au bout de quelques jours et les changer à la fin du traitement.
Avoir une hygiène rigoureuse permet d'éviter les récidives.
- en cas de candidose chez la mère ou le bébé, désinfecter de la même façon, s'il y a lieu, les bouts de sein et téterelles du tire-lait.
Traitement médicamenteux
La mère et le bébé seront traités simultanément si le bébé présente aussi des signes cliniques de candidose (muguet ou érythème du siège). En revanche, lorsque la mère présente des signes évoquant une candidose du mamelon et que le bébé est asymptomatique, un traitement antifongique n’est pas préconisé pour lui. En effet, la mycose n’est pas une maladie transmissible d’une personne à l’autre à proprement parler, mais un dérèglement de la flore locale, qu’elle soit buccale, cutanée, ou autre. De même, si seul le bébé a du muguet, il n'est pas nécessaire de traiter la mère.
Pour la mère, l’application d’un antifongique local azolé est préconisée en première intention : éconazole, miconazole ou autre. Les applications se font sur le mamelon et l’aréole après la tétée plusieurs fois par jour (2 à 4 fois en général, en fonction de la prescription médicale), pendant un temps suffisant pour éradiquer le champignon, en général au minimum 2 semaines. Il n’est pas recommandé de laver ou essuyer le sein avant la tétée suivante.
En cas d’allergie, le ciclopirox, compatible avec l’allaitement, est une alternative.
La "pommade tous usages" du pédiatre Jack Newman, qui associait historiquement miconazole, mupirocine, bétamétasone et parfois ibuprofène, est à réserver aux situations complexes.
Le violet de gentiane, autrefois utilisé dans cette indication, est aujourd’hui abandonné. Voir : Controverses autour du violet de gentiane : où en est-on en 2020 ?
L’échec du traitement local bien conduit doit amener à remettre en question le diagnostic initial de candidose cutanée : d’autres causes peuvent donner des tableaux similaires, infection bactérienne en tête, mais aussi eczéma ou autres dermatoses. Dans de telles situations, de nombreuses mères se sont vues prescrire du fluconazole par voie orale. Certaines y ont vu un bénéfice (parfois seulement partiel), ce qui a conduit à prescrire des traitements plus longs, ou répétés, avec la même molécule, chez de nombreuses mères ; la communauté scientifique s’accorde actuellement sur le fait que c’est l’activité antibiotique de cette molécule qui pourrait avoir été efficace chez ces mères, plutôt que son activité antifongique. Le traitement par fluconazole dans cette situation est donc aujourd’hui abandonné.
En 2026, l’existence d’infections plus profondes du sein dues à un champignon est toujours controversée. Le phénomène de dysbiose, ou dérèglement de la flore bactérienne lactée normale, est une piste actuellement privilégiée et qui pourrait donner des tableaux de mastites subaiguës ou chroniques, avec des douleurs chroniques, sans forcément de fièvre ou syndrome grippal. Ces tableaux pourraient donc également être dus plutôt à des bactéries qu’à des champignons. Il est toujours possible de réaliser un prélèvement bactériologique et fongique cutané, ou une analyse du lait maternel, même si les résultats peuvent être décevants : un résultat négatif ne doit pas empêcher la mise en place d’un traitement.
Pour l’enfant, en cas de muguet, la nystatine locale est préconisée en première intention, pendant deux à trois semaines, en badigeon après la tétée, avec un doigt et une compresse.
Enfin, en cas de terrain favorable ou de mycoses à répétition, il peut être pertinent d’explorer d’autres pistes telles que traitements probiotiques, extrait de pépins de pamplemousse, régime alimentaire pauvre en sucres raffinés et en levures (pain blanc, céréales soufflées, fruits secs...) pour ne pas "nourrir" les champignons.







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